Livreurs Glovo : “Une première victoire et la lutte continue “
A Casablanca, des dizaines de livreurs de la plateforme Glovo dénoncent des conditions de travail insoutenables, marquées par l’exploitation, le mépris de leur sécurité, et une répression syndicale. Malgré une forte présence policière, ces travailleurs persistent dans leur combat pour la reconnaissance de leurs droits et la dignité.
Ce lundi 28 juillet, des dizaines de livreurs affiliés à la société “Glovo” ont organisé une manifestation devant le siège social de Casablanca. Ces travailleurs ont dévoilé les dures conditions de travail qu’ils vivent au quotidien, souvent invisibles aux clients impatients ou aux passants pressés.
Exploitation et mépris des vies humaines
Pour la deuxième fois en une semaine, les livreurs de “Glovo” au Maroc ont mené une action de protestation sur le terrain. Après l’interdiction d’une marche de motards en direction du siège de cette multinationale, les jeunes travailleurs ont tenu un sit-in devant les locaux de l’entreprise, au cœur du pôle financier casablancais, lourdement sécurisé par les forces de l’ordre.
Les manifestants, regroupés sous la bannière de l’Union Marocaine du Travail (UMT), ont dénoncé des conditions de travail marquées par un niveau choquant d’exploitation et un mépris total pour leur vie et leur dignité. Ils ont scandé des slogans contre la “hogra” (humiliation) et la modification de la carte du Maroc sur l’application de l’entreprise, revendiquant leur droit syndical et une amélioration de leurs conditions professionnelles, sous le cri de ralliement :
“Non à la remise en cause de l’unité territoriale du pays, pour le droit à l’organisation syndicale et à la négociation.”
Dans une déclaration à ENASS, le secrétaire général du bureau syndical des livreurs a annoncé une “première victoire” avec la correction de la carte du Maroc sur la plateforme numérique publique et la publication d’un communiqué officiel de la société au Maroc à ce sujet.
Malgré une forte présence policière visant à limiter la circulation des livreurs en moto, ces derniers ont tenu bon. Ils portaient leurs gilets jaunes professionnels et casques, certains masquant leur visage pour éviter les représailles de l’entreprise à l’encontre des militants syndicaux, un droit garanti par la Constitution marocaine.
Les manifestants brandissaient des pancartes telles que :
“Combien de martyrs faudra-t-il pour qu’on bouge ?”, avec la photo d’un jeune décédé en service.
« Les accidents mortels, sont « ignorés » par la société, qui traite les victimes avec un mépris cruel ».
Ils ont raconté à ENASS que les risques de leur métier, en particulier les accidents mortels, sont « ignorés » par la société, qui traite les victimes avec un mépris cruel, ne s’intéressant qu’à la livraison des commandes, même au prix de la vie des travailleurs.
Un livreur expérimenté raconte les injustices quotidiennes qu’ils subissent :
« Ils nous mettent dans des situations conflictuelles avec les clients. Parfois, on a trois commandes en même temps, chacune dans un endroit éloigné. On ne peut pas informer le client du vrai délai, et il est interdit d’expliquer qu’on a plusieurs livraisons à gérer ».
Il a aussi dénoncé la maigre indemnisation des distances parcourues et les manœuvres techniques de la société pour empêcher même ces faibles compensations.
« Si quelqu’un meurt, un autre le remplace simplement. Et l’adhésion à un syndicat est interdite ».
Salah Eddine, livreur pour “Glovo”, raconte :
« Les compensations sont très faibles. Trois jeunes sont morts en travaillant, et personne ne s’en soucie. Tout ce qui compte, c’est que la commande arrive au client. La dignité du travailleur ne vaut rien, nous ne sommes que des numéros. Même en cas de décès à cause d’un accident de travail, il n’y a ni assurance ni message de condoléances. Si quelqu’un meurt, un autre le remplace simplement. Et l’adhésion à un syndicat est interdite ».
« L’exploitation et l’esclavage, en 2025 ? Nous exigeons la reconnaissance et le respect de notre travail
« L’exploitation et l’esclavage, en 2025 ? Nous exigeons la reconnaissance et le respect de notre travail. Nos demandes sont légitimes : la réintégration des collègues suspendus pour leur engagement syndical, moi y compris, en tant que président du bureau syndical que l’entreprise cherche à évincer. Notre boycott se poursuit jusqu’à ce que la maison mère espagnole présente des excuses et régularise notre situation », déclare Hamouda, un autre livreur, avec amertume.
