À Tiflet : « Pourquoi pas ? », le pari électoral d’une jeunesse de gauche

À Tiflet, « La dignité d’abord » dessine le socle politique de la campagne, tandis que « علاش لا؟ » (« Pourquoi pas ? ») en traduit l’ambition : convaincre qu’au-delà des désillusions électorales, une nouvelle génération peut encore porter les attentes de la ville et du pays au Parlement. Reportage.

Ce samedi 19 septembre, Omar Balafrej retrouve les rues de Tiflet, non comme candidat, mais en soutien aux jeunes de l’Alliance de la gauche.

Depuis la place Al-Maghrib Al-Arabi, le cortège s’élance. Vêtus de tee-shirts bleus frappés du logo de la FGD et d’écharpes jaunes nouées autour du cou, de jeunes militants brandissent des pancartes portant le slogan « Pourquoi pas ? ». Une grande affiche dévoile les visages des candidats de la liste de Tiflet. À leurs côtés défilent plusieurs figures de la gauche, dont Omar Balafrej, Omar El Hayani et Farouk Mehdaoui, ainsi que de nombreux bénévoles venus soutenir la campagne.

Ce samedi 19 septembre, Omar Balafrej a retrouvé les rues de Tiflet. L’ancien député n’y sollicite aucun mandat : il est venu prêter main-forte aux jeunes de l’Alliance de la gauche. Dans les cafés, il passe d’une table à l’autre, présente les candidats et s’efforce de convaincre les électeurs désabusés de donner sa chance à une nouvelle génération.

« Nous sommes sortis pour dire aux citoyens qui n’ont plus confiance dans la politique qu’il existe encore des jeunes honnêtes, capables de porter leur voix et leurs revendications » , Omar Balafrej.

Dans un café de Tiflet, les conversations ralentissent à l’entrée d’Omar Balafrej. Certains clients le reconnaissent immédiatement. D’autres continuent d’observer à distance cet ancien député qui, après plusieurs années de retrait, reprend la parole au milieu des tables.

Balafrej n’est pas venu prononcer un discours. Il se rapproche des clients, les salue et leur présente les jeunes qui l’accompagnent : Hamza Boulahdid, tête de liste de l’Alliance de la gauche dans la circonscription de Tiflet-Rommani.

« Voir ces jeunes s’engager donne beaucoup d’espoir pour ce pays », Omar Balafrej.

Il leur parle de leurs parcours, de leur engagement dans la ville et des raisons pour lesquelles il a choisi de les soutenir. Face aux citoyens qui disent ne plus croire aux élections, il défend l’idée qu’il est encore possible de trouver des candidats honnêtes, proches de la population et capables de porter ses revendications au Parlement.

 « Des jeunes qui donnent espoirs »

« C’est moi qui les ai appelés pour leur proposer de venir avec eux. Je les suis depuis longtemps et je les encourage », raconte Omar Balafrej à ENASS. L’ancien député confie avoir « toujours rêvé de voir des jeunes de petites villes consacrer leur temps, et parfois une partie de leur vie, au bien de leur ville et de leur pays ».

À Tiflet, il se dit venu de son plein gré, convaincu par les trois représentants de la liste et par leur capacité à porter la région. « Je n’ai participé à aucune campagne électorale, sauf celle-ci, où je suis venu bénévolement », insiste-t-il.

Dans les cafés et les rues, il ne se borne pas à appeler au vote : il s’emploie d’abord à dissiper la méfiance. Face à des citoyens qui se demandent pourquoi soutenir encore un candidat, ce que devient l’élu une fois le scrutin passé, ou à quoi bon voter quand les mêmes problèmes reviennent d’une élection à l’autre, il écoute les remarques, parfois sévères, puis revient à son argument principal : juger la liste sur les parcours et la présence de ses membres dans la ville, non sur les déceptions dont d’autres sont responsables. « Nous sommes sortis pour dire aux citoyens qui n’ont plus confiance dans la politique qu’il existe encore des jeunes honnêtes, capables de porter leur voix et leurs revendications », explique-t-il.

Cette apparition retient l’attention, car elle survient après un long éloignement de la scène politique. Sa dernière prise de parole remarquée remontait à des rencontres en ligne organisées sur Discord par la « GenZ ». Il y avait livré son analyse de la situation du pays et posé les conditions d’un éventuel retour : le règlement du dossier du Hirak du Rif et la libération de ses détenus.

Aujourd’hui, c’est un autre élan qui l’emporte. « Je ne peux pas voir des jeunes comme ça et ne pas venir les soutenir. Les voir donne beaucoup d’espoir pour ce pays. »

« La dignité d’abord »

A Tiflet la FGD a choisi de miser sur trois jeunes candidats, emmenés par Hamza Boulahdid, enfant de la région. Pour cette liste, l’enjeu est d’abord d’exister face à des partis mieux implantés, qui disposent de moyens électoraux bien plus importants.

« Notre message est simple : il existe une alternative et il reste de l’espoir », Hamza Boulahdid.

Hamza Boulahdid assure pourtant que sa candidature n’a rien de symbolique. La liste vise un siège et entend proposer une autre manière d’exercer le mandat parlementaire. « Notre message est simple : il existe une alternative et il reste de l’espoir », affirme-t-il.

À ses yeux, un député ne doit pas s’évanouir dans la nature une fois les résultats proclamés. Il doit rester accessible aux citoyens et se servir des outils parlementaires pour porter leurs préoccupations : questions au gouvernement, propositions de loi, contrôle des politiques publiques, plaidoyer.

Sous le slogan « La dignité d’abord », la gauche place les préoccupations quotidiennes des citoyen·nes marocain·es au cœur de sa campagne.

Ainsi, la campagne de la gauche est menée sous le slogan « La dignité d’abord ». À Tiflet, les candidats tentent de donner à cette formule un contenu quotidien. Ils parlent d’école publique, d’accès aux soins, de pouvoir d’achat, de transports et de services essentiels.

Pour Hamza Boulahdid, la dignité ne peut pas rester un principe abstrait. Elle se mesure à la possibilité de faire soigner un proche dans un hôpital public, de scolariser ses enfants dans de bonnes conditions ou de trouver un service administratif sans devoir mobiliser des relations personnelles. Elle passe également, selon lui, par la lutte contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts.

« Aucun développement réel n’est possible sans rompre avec la corruption et la rente », affirme le candidat.

Le programme promet ainsi de renforcer l’école et l’hôpital publics, de protéger le pouvoir d’achat et de réduire les inégalités sociales et territoriales.

 « Pourquoi pas ? »

Aux côtés du slogan national du FGD « La dignité d’abord », la liste de Tiflet-Rommani a opté pour une formule plus directe : « علاش لا؟ » ,« Pourquoi pas ? ».

Une question volontairement simple, qui entend bousculer la résignation installée chez une partie des électeurs, convaincus que les résultats sont joués d’avance et que leur vote ne changera rien.

Depuis le lancement de la campagne, la liste articule sa mobilisation entre présence sur le terrain et communication sur les réseaux sociaux. Des portraits y retracent le parcours universitaire, professionnel et politique de chaque candidat. Dans les quartiers, les membres de la campagne vont à la rencontre des habitants pour défendre l’idée qu’une autre voie est possible et que des jeunes engagés, libres et intègres peuvent contribuer au changement.

« Nous commençons par écouter avant de proposer nos réponses. Le changement devient possible dès lors que l’on refuse de croire que tout est joué d’avance », Hamza Boulahdid

Boulahdid insiste : cette proximité ne ne commence pas avec la campagne et ne s’achèvera pas avec elle. Elle prolonge un travail local fondé sur l’écoute et le dialogue. « Nous commençons par écouter avant de proposer nos réponses. Le changement devient possible dès lors que l’on refuse de croire que tout est joué d’avance », conclut-il.

À Lire aussi
  • « Le monde rural connaît un changement structurel à multiples facettes »

    Entretien avec Larbi Zagdouni, agroéconomiste Larbi Zagdouni dresse le cadre général qui explique le phénomène de la destruction de larges surfaces arboricoles au Maroc. Pour le professeur, il faut remonter au projet Millenium Challenge et ensuite au Plan Maroc Vert pour comprendre ce changement structurel dans l’agriculture au Maroc.  Avant le lancement du Plan Maroc…

    IMG 20260722 WA0000

    Tribunes

  • Sumud contre le fascisme

    Après Les racistes n’ont jamais vu la mer, le duo Yara El-Ghadban et Rodney Saint-Éloi reprend sa correspondance, s’attaquant cette fois au fascisme, racine du génocide à Gaza.

    Les fascistes n'ont jamais compté les étoiles
  • Les mille et une vies des Russes au Maroc

    Pauline de Mazières retrace l’épopée oubliée de la première génération de Russes installés au Maroc dans les années 1920-1930. Passionnant.

    Histoires de Russes au Maroc
  • Inscrivez-vous à la Newsletter des Sans Voix 


    Contre l’info-obésité, la Newsletter des Sans Voix