« Les effets sont dévastateurs » : le cri d’alerte aux carrières

Trente carrières encerclent la province d’El Hajeb. Hind Rahimi, pneumologue à l’hôpital provincial depuis huit ans, décrit les conséquences sanitaires des carrières et regrette l’absence de prise en charge adaptée.
| Propos recueillis par Naima Cherii
Pas moins de 30 carrières encerclent aujourd’hui la province d’El Hajeb, soumettant l’ensemble de la région à une pression d’extraction sans précédent.
Silicose : le prix humain des carrières
Au quotidien, des nuages de poussières toxiques étouffent à huis clos ouvriers et riverains.
Au quotidien, des nuages de poussières toxiques étouffent à huis clos ouvriers et riverains, dans une indifférence institutionnelle quasi générale. Une crise environnementale et sanitaire majeure dénoncée depuis des années par les habitants.
Ce constat alarmant est corroboré par le corps médical. Hind Rahimi, pneumologue en poste depuis huit ans à l’hôpital provincial d’El Hajeb, confirme la gravité de la situation. Elle qualifie les effets de cette pollution atmosphérique de « dévastateurs » pour l’ensemble de la population, des plus jeunes aux plus âgés.
« La poussière de ces carrières cause la silicose »
Sur le terrain, la menace est constante. Si des pathologies comme l’asthme reposent sur des prédispositions génétiques ou allergiques, la silicose, elle, est directement causée par l’exposition continue aux poussières minérales. « La poussière de ces carrières cause la silicose », alerte sans détour la pneumologue.
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Dr Hind Rahimi décrit une maladie respiratoire chronique pouvant évoluer vers une fibrose pulmonaire. Une détérioration irréversible où le poumon subit une forme de cirrhose, voire se transformer en tumeur. Le tableau clinique ne s’arrête pas là : l’exposition aux microparticules expose également les riverains à des risques accrus de tuberculose, de rhinite allergique, de conjonctivite et de lésions cutanées.
Respirer coûte jusqu’à 15 000 dirhams
Au-delà de la crise sanitaire, le drame est d’abord professionnel et social. Selon la pneumologue, les travailleurs, fortement exposés, développent progressivement une insuffisance respiratoire chronique grave au point de devenir dépendants à l’oxygène. Cette détérioration entraîne un impact cardiaque lourd et ruine définitivement leur capacité à travailler, plongeant des familles entières dans la détresse économique et sociale. Les victimes se retrouvent alors transformées en personnes en situation de handicap, incapables de subvenir à leurs besoins, explique le médecin.
Mais le cœur du problème réside dans l’absence d’une prise en charge médicale adaptée. « Le problème c’est qu’au Maroc il n’y a pas une prise en charge de ces gens », dénonce la pneumologue.
Elle souligne que le diagnostic de la silicose survient souvent trop tard, généralement une fois que les ouvriers ont déjà pris leur retraite. Pour détecter ces lésions à un stade précoce, un suivi médical rigoureux est pourtant indispensable : le médecin du travail devrait imposer une radiographie thoracique une à deux fois par an.
Pour survivre, ces patients oxygéno-dépendants doivent acheter leur propre extracteur d’oxygène.
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Pire encore, les malades sont livrés à eux-mêmes sur le plan financier. Pour survivre, ces patients oxygéno-dépendants doivent acheter leur propre extracteur d’oxygène. « Un extracteur coûte 10 000 à 15 000 dirhams. C’est très cher. Et ce n’est pas à la portée de ces gens dont la plupart sont issus d’un milieu modeste », s’indigne la pneumologue Hind Rahimi.
« Un extracteur coûte 10 000 à 15 000 dirhams. C’est très cher. Et ce n’est pas à la portée de ces gens dont la plupart sont issus d’un milieu modeste », pneumologue Hind Rahimi.
Malgré l’ampleur de cette crise sanitaire et la détresse grandissante des populations riveraines de ces carrières, le sujet demeure le grand absent du débat public. Alors que les urnes s’apprêtaient à recueillir les bulletins et que les discours politiques s’éteignaient dans le paysage poussiéreux d’El Hajeb, la réalité du terrain, elle, demeure inchangée.
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Entre les nappes phréatiques épuisées par le rendement à outrance, le vacarme destructeur des carrières et l’ombre permanente de la fraude fiscale, la fracture entre les promesses d’avenir et le quotidien des habitants ne s’est jamais autant creusée, déplorent des acteurs locaux.
Propos recueillis par Naima Cherii









