Pourquoi je refuse de laisser ma génération abandonner les urnes
Les chiffres ne mentent pas : la Gen Z marocaine est loin des urnes. Elle est pourtant partout ailleurs : sur les réseaux sociaux, dans les débats, dans les mobilisations. Mais lorsqu’il faut glisser un bulletin dans une urne, beaucoup disparaissent.
Je comprends la défiance. Après des années de promesses oubliées et de responsables politiques qui semblent découvrir la jeunesse tous les cinq ans, il faudrait être naïf pour ne jamais douter.
Mais entre la colère et le bulletin de vote, il y a un fossé. Les 18-24 ans ne représentent qu’environ 4 % des inscrits sur les listes électorales pour les législatives de 2026, alors qu’ils constituent une part bien plus importante de la population.
Alors oui : « À quoi bon ? » ou « tahaja maghda tbdl » (rien ne changera).
Mais si je ne vote pas, les députés seront quand même élus. Les lois seront quand même votées. Quelqu’un choisira. Et ce quelqu’un ne sera simplement pas moi.
Je ne veux pas non plus que le vote devienne une marchandise. Quelques centaines de dirhams, quand on vit dans la difficulté, ce n’est pas rien. Le problème n’est pas celui qui accepte ; c’est un système où la précarité peut devenir une monnaie d’échange.
Je veux pouvoir choisir sur la base de programmes, de propositions et de parcours. Et surtout, je veux des institutions capables de demander des comptes à ceux que nous élisons.
C’est aussi pour cela que je pense qu’il est temps d’ouvrir un débat sur le renouvellement de notre Constitution et sur les pouvoirs du Parlement. Des décisions ont été prises par le passé sans que les citoyens puissent réellement demander des comptes : le prix des carburants, le Hirak du Rif, les poursuites contre des journalistes et des personnes pour leurs opinions, le blocage politique, la Commission spéciale sur le modèle de développement ou encore le changement d’heure.
Et pourtant, les Marocains n’ont jamais cessé de chercher des moyens de se faire entendre : boycotts, hashtags, chansons comme «Fi Bladi Dhalmouni», mobilisations… Puis, lorsque l’espoir s’amenuise, certains choisissent même de partir. Ce qui s’est passé à Sebta devrait aussi nous interroger.
Je ne demande donc pas à ma génération de croire aveuglément aux politiques. Je lui demande de ne pas abandonner sa voix.
« Goutte après goutte, le fleuve se remplit. »
La première goutte, pour moi, c’est de voter.
