Au Rif, la jeunesse se noie aux portes de l’Europe

Migrant health issues
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Un nouveau drame de l’émigration irrégulière vient d’endeuiller les côtes maroco-espagnoles. Près de Grenade, la mer a rendu les corps de jeunes Rifains, confirmant les sombres prévisions d’une année 2026 déjà meurtrière pour les migrants et la crise sociale et politique profonde dans cette région du pays.

Tout commence le 15 mars, au large de Motril. Le service maritime de la Guardia Civil repêche trois corps sans vie. Ce n’est que le prélude d’une sinistre série : durant la semaine du 16 mars, les découvertes se multiplient sur le littoral de Grenade. À Gualchos-Castell de Ferro, un riverain découvre le corps d’un homme en état de décomposition avancée. Au total, sept dépouilles ont été retrouvées en dix jours, probablement liées au naufrage d’une embarcation sur la plage de Cambriles, comme l’ont rapporté les médias espagnols Granada Hoy. 


Les familles des disparus exigent « la vérité sur les circonstances de cette tragédie ».  

Selon le média local Al Akhbar55, ces jeunes étaient originaires d’Aghbala et de Ben Taib. Face à l’horreur, les familles des disparus exigent « la vérité sur les circonstances de cette tragédie », qui illustre une fois de plus l’impasse socio-économique frappant le Rif, depuis la répression du Hirak de 2015-207. 

Haddad de l’AMDH Nador : « La migration dans le Rif et l’ensemble de l’Orientation se poursuit par toutes les voies possibles.

« La migration dans le Rif et l’ensemble de l’Orientation se poursuit par toutes les voies possibles. Cette tendance concerne à la fois les jeunes mais surtout aussi les mineurs. Cette situation est liée certainement à la crise actuelle, chômage et manque d’opportunités pour la jeunesse de cette vaste région », observe Said Haddad, président de la section de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Nador, joint par téléphone par ENASS.ma. Et d’ajouter : « Ces formes de migrations sont multiples. Nous avons recensé des cas de migration par voie maritime, ceux qui tentent l’assauts de la barrière et ceux qui essaient de rejoindre à la nage Melilla ». 

D’ailleurs, la même semaine de ce drame, dix-sept personnes marocaines, dont trois mineurs, ont pu être secourues, le sort des autres rappelle la dangerosité extrême de la traversée et aussi la dynamique migratoire depuis ces zones rifaines. 

L’OIM : « Un échec mondial » 

OIM :  « La poursuite des pertes en vies humaines sur les routes migratoires constitue un échec mondial qui ne peut être considéré comme normal ». 


Ces événements font écho aux alertes de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Avec au moins 7 667 morts ou disparus en 2025, la tendance ne faiblit pas en 2026. Si les arrivées en Italie ont chuté de 61 % au début de l’année, la mortalité, elle, reste alarmante : 606 décès ont déjà été enregistrés en Méditerranée au 24 février.

Pour Amy Pope, Directrice générale de l’OIM, cette hécatombe n’est pas une fatalité mais un « échec mondial ». Elle pointe du doigt l’absence de voies de migration sûres et régulières, qui contraint les plus vulnérables à se jeter dans les bras des trafiquants. Tant que la protection des individus ne sera pas une priorité, la Méditerranée continuera d’engloutir les rêves d’une jeunesse en quête d’avenir.

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