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Avoir vingt ans à Gaza

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Un premier recueil de la jeune poétesse gazaouie Dana Flaifl vient d’être traduit en français. Poignant.

Un premier recueil de la jeune poétesse gazaouie Dana Flaifl vient d’être traduit en français. Poignant.

« Je broie de la poésie dans la meule de ma mémoire ». À vingt ans, quand le silence est un refuge perturbé par les drones, le deuil et l’horreur, Dana Flaifl cherche dans l’écriture, de poèmes et de nouvelles, un lieu où être, dans sa dignité, où dire, se dire. Et se reconstruire, en posant son regard sur ce qu’il reste de son monde, en y formulant ses rêves. Si jeune et si chargée de souffrances, elle est déjà reconnue comme une voix forte de la poésie palestinienne de Gaza, et plusieurs de ses poèmes ont été publiés dans des revues, notamment Arablit.

« Poème de non-retour »

Dana Flaifl

Dans ce recueil épuré, Dana Flaifl pleure son père et son pays détruit. « Ne me demande pas comment je vais », écrit-elle dans le premier poème « Plus personne », empli de désarroi et de lassitude. « Ma peine est longue / comme cette nuit qui se tisse dans mon âme ». Le pays en ruine est « un pays qui me blesse et m’abrite », où « rien ne peut me sauver de cette asphyxie ».

À vingt ans, elle rêve d’une vie normale et imagine « le long chemin pour être sauvée / Interminable ». « À chaque fois que les larmes coulent / Elles inondent la ville de leur amour ». Quand la tristesse est inguérissable, le poids de l’histoire ne s’allège qu’à la mort, chargeant les survivants, déboussolés de tant de pertes. Si Dana Flaifl dit l’épuisement quand la mort est partout, le passé détruit et le futur si lointain, sa poésie laconique, elle, réitère avec force la volonté de vivre et de remettre des couleurs dans la vie.

Cette publication en français n’est pas qu’une évidence littéraire : c’est aussi un acte de solidarité. Les éditions Fidel Anthelm X, anciennement Intime Conviction, initiées par un groupe de poètes et d’artistes, dont Julien Blaine, qui voulaient « inventer une poésie qui déborde partout [et] s’immisce en tous lieux du mystique au politique », ont rassemblé six poèmes en arabe avec leur traduction et une œuvre d’Ahmed Ashour. Sur ses réseaux sociaux, l’autrice les propose en contrepartie des dons qu’elle sollicite pour aller faire ses études en France avec sa sœur.

Et vous, vous lisez quoi ?

Kenza Sefrioui

Tout ce que j’ai c’est l’écriture. Avec elle je résiste
Dana Flaifl, traduit de l’arabe par Rouba Hassan puis par Lotfi Nia et Frédérique Guétat-Liviani
Fidel Anthelme X, 24 p., environ 130 DH
À commander ici.

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