Retrait des États-Unis de l’OMS : La santé n’est pas une marchandise 

Oms

Le retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) est décrit « comme acte impérialiste contre la justice sanitaire mondiale », dénonce Moulay Ahmed Douraidi défenseur des droits humains et analyste des politiques de santé et des droits humains dans une tribune.

| Par Moulay Ahmed Douraidi, Défenseur des droits humains et analyste des politiques de santé et des droits humains

Au début

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Le retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé n’est ni un simple désaccord institutionnel ni une critique technique d’une organisation internationale. Il constitue un acte politique impérialiste, révélateur d’un système mondial qui soumet la vie humaine à la logique du marché et transforme la santé, droit fondamental, en privilège de classe réservé à ceux qui peuvent payer.

Le discours qui consiste à faire porter à l’OMS l’entière responsabilité des échecs observés durant la pandémie de Covid-19 est un discours hypocrite et idéologiquement biaisé, destiné à absoudre l’impérialisme américain de sa responsabilité historique dans la destruction progressive de toute gouvernance sanitaire mondiale fondée sur les droits humains.

L’OMS n’a pas échoué par incompétence, mais parce qu’elle a été délibérément neutralisée par les puissances dominantes, au premier rang desquelles les États-Unis, afin de préserver les intérêts du capital pharmaceutique mondial.

Le retrait américain est une sanction politique, pas une réforme sanitaire

Depuis des décennies, les États-Unis utilisent leur poids financier pour imposer à l’OMS des priorités conformes à leurs intérêts géopolitiques et économiques. Le financement conditionnel, les pressions diplomatiques et l’influence directe des multinationales pharmaceutiques ont vidé l’organisation de toute autonomie réelle.

Lorsque l’OMS cesse d’être un instrument docile au service de ces intérêts, la réponse est brutale : le retrait, le chantage financier et la délégitimation publique. Ce retrait ne vise en aucun cas à améliorer la santé mondiale ; il vise à punir toute tentative de régulation multilatérale susceptible de limiter le pouvoir des États impérialistes et des entreprises transnationales.

Cette logique reflète une vision du monde profondément coloniale :

·       Les pays du Sud sont des zones sacrifiables,

·       Les vies humaines des variables d’ajustement,

·       Et la santé un produit soumis aux lois du profit.

Covid-19 : non pas une crise sanitaire, mais un crime systémique

La pandémie de Covid-19 a mis à nu une vérité insoutenable : le monde n’a pas échoué par manque de moyens, mais par choix politique.

Les vaccins ont été développés rapidement grâce à des financements publics massifs, puis confisqués par les pays riches, pendant que des milliards de personnes dans le Sud global étaient privées d’accès aux soins vitaux.

Les États-Unis ont joué un rôle central dans la défense acharnée des brevets, le blocage des dérogations à la propriété intellectuelle et la protection des profits des géants pharmaceutiques, transformant la pandémie en marché mondial de la mort.

Ce n’est pas un dysfonctionnement accidentel, mais la conséquence directe d’un capitalisme sanitaire mondialisé, où la valeur d’une vie humaine dépend de son pouvoir d’achat.

Une gouvernance sanitaire mondiale capturée par le capital

La crise actuelle révèle une contradiction structurelle :

·       L’OMS dispose d’une légitimité morale et juridique, mais aucun pouvoir contraignant, tandis que les multinationales pharmaceutiques et les institutions financières disposent d’un pouvoir réel sans aucune légitimité démocratique.

·       Dans ce système, la « souveraineté nationale » est instrumentalisée pour bloquer la solidarité internationale, le financement devient un outil de domination, et les populations vivant sous occupation, en situation de conflit ou de blocus sont reléguées hors du champ des priorités.

·       Il ne s’agit pas d’un échec de coordination, mais d’un ordre mondial inégalitaire, conçu pour reproduire les hiérarchies coloniales sous couvert de mondialisation.

La santé est un droit, pas une marchandise négociable

Le droit à la santé, tel que consacré par le droit international des droits humains, n’est ni une faveur accordée par les États, ni un produit commercial. Il constitue une obligation juridique et morale, impliquant :

·       Le respect du droit à la santé,

·       La protection contre les abus des entreprises,

·       Et la réalisation progressive de ce droit sans discrimination, par la coopération internationale.

La défense des brevets en période d’urgence sanitaire, le refus de considérer les vaccins et les technologies médicales comme des biens publics mondiaux, constituent une violation flagrante du droit à la vie et une forme de violence structurelle exercée contre les peuples les plus vulnérables.

Unissons-nous pour revendiquer que toute réforme sérieuse de la gouvernance sanitaire mondiale doit impérativement inclure :

·       La reconnaissance du droit à la santé comme une obligation juridique internationale contraignante.

·       L’indépendance financière et politique totale de l’OMS, libérée du chantage impérialiste.

·       La reconnaissance des vaccins et traitements essentiels comme biens publics mondiaux, en particulier en temps de crise.

·       La centralité des pays du Sud et des populations affectées par les conflits, l’occupation et les sanctions dans les politiques sanitaires mondiales.

·       Le renforcement du rôle des mouvements sociaux et de la société civile dans la surveillance et la reddition des comptes.

Une lutte contre un système, pas pour une institution

La lutte pour la santé mondiale n’est pas une question technique. C’est une lutte politique.  


La lutte pour la santé mondiale n’est pas une question technique. C’est une lutte politique contre un système impérialiste qui sacrifie les vies humaines sur l’autel du profit.

Contre un système impérialiste qui sacrifie les vies humaines sur l’autel du profit.

Tant que la santé sera gouvernée par le marché, tant que les États-Unis et leurs alliés protégeront les intérêts du capital pharmaceutique, tant que l’OMS restera financièrement dépendante des puissances dominantes, les prochaines pandémies seront non seulement plus meurtrières, mais plus injustes.

Tant que l’OMS restera financièrement dépendante des puissances dominantes, les prochaines pandémies seront non seulement plus meurtrières, mais plus injustes.

La santé n’est pas une marchandise.

Elle n’est pas négociable.

Elle est un droit.

Et sans lutte politique mondiale, ce droit restera une promesse vide.


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