Le dessalement au Maroc : l’urgence d’un débat politique

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Le dossier réalisé par l’équipe d’ENASS.ma autour des différents enjeux du dessalement de l’eau de mer au Maroc tente d’expliquer les dynamiques de l’ombre. Une nouvelle industrie de l’eau prend forme dans le royaume, articulant capitaux privés marocains et internationaux, tout en reléguant au second plan les établissements publics historiques comme l’ONEE.

Conçu comme une introduction pour nos lecteurs, notre travail sur ce thème nous mène à deux constats majeurs et soulève trois questionnements urgents.

Le premier constat est que le dessalement est réduit, dans le débat public, à une simple question technique ou à une fatalité — l’unique voie possible pour résoudre le stress hydrique criant du pays. S’il est indiscutable que l’eau dessalée constitue une solution nécessaire pour le Maroc, sa mise en œuvre doit être débattue et explicitée par les décideurs, mais aussi observée de près par la société civile : opposition politique, universitaires et écologistes. Or, ce choix qui exige des investissements massifs et la mobilisation de ressources publiques stratégiques (énergie, foncier, etc.) est aujourd’hui dépolitisé. La technique a sa place, mais sans vision politique, elle navigue sans repères, au risque d’être instrumentalisée au profit d’intérêts économiques et politiques dominants, comme l’agrobusiness d’exportation ou le favoritisme régional.Comme le rappelle Mehdi Lahlou, l’un des experts interviewés dans ce dossier : « Le dessalement ne résout pas les besoins des 5 millions d’hectares irrigués par des moyens traditionnels, à savoir les eaux de pluie et les nappes phréatiques ».

« Une nouvelle industrie de l’eau prend forme au Maroc, articulant capitaux privés et internationaux tout en reléguant au second plan les établissements publics historiques comme l’ONEE. »

Quid également des villes de l’intérieur ? « Transporter l’eau dessalée vers Fès ou Meknès implique des coûts d’infrastructure et d’énergie insoutenables à court terme », prévient-il. Autant de questions éminemment politiques… que la classe politique esquive.

« Ce choix qui exige des investissements massifs est aujourd’hui dépolitisé, au risque d’être instrumentalisé au profit exclusif de l’agrobusiness d’exportation. »

Le second constat met en lumière une logique typiquement néolibérale, marquée par l’hégémonie des Partenariats Public-Privé (PPP). Ce n’est pas une surprise : l’ensemble du pays est désormais régi par ce modèle, de l’énergie à la santé, en passant par l’éducation. Pourtant, le financement et l’exploitation des nouvelles stations auraient pu privilégier un choix industriel national et souverain, garantissant un réel transfert de technologie vers les opérateurs publics. Au lieu de cela, l’argent public assume le financement et les risques, tandis que les profits et l’expertise sont captés par des consortiums privés nationaux et internationaux. Cet état de fait structure notre économie politique, mais il est essentiel de le nommer clairement. L’analyse économique reste incontournable, comme le souligne Mohamed Bazza : « Il est nécessaire d’adopter une approche d’évaluation économique pertinente de tout projet de dessalement avant sa mise en œuvre ».

« Derrière le modèle des PPP, l’argent public assume le financement et les risques du dessalement, tandis que les profits et l’expertise sont captés par les acteurs privés. »

Faute de débat démocratique, ces mégaprojets répartis sur tout le territoire — dont la valeur globale frôle les 200 milliards de dirhams — imposent trois interrogations cruciales : À qui profitent-ils réellement ? Qui les finance et selon quelles modalités ? Quelle est leur durabilité environnementale ? Notre dossier apporte des éléments de réponse à ces questions passées sous silence, notamment à travers l’analyse du consortium de la station de Casablanca et de la liste des bénéficiaires de celle de Chtouka, largement dominée par l’agrobusiness d’exportation.

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