Boycott des élections : Annahj poursuit sa campagne malgré les arrestations

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La campagne de terrain menée par le Parti de la Voie démocratique des travailleurs (« Annahj ») pour appeler au boycott des élections a donné lieu à des interventions sécuritaires dans plusieurs villes. Le parti affirme poursuivre sa campagne.

Vague de répression généralisée 

Rabat : le parti fait état de l’arrestation de cinq militants après une intervention sécuritaire visant à empêcher sa campagne de terrain.


À Rabat, le parti affirme que sa campagne de communication a subi ce qu’il qualifie de « répression et harcèlement makhzéniens graves ». Selon un rapport de la jeunesse du parti, des personnes en civil et des éléments des forces de sécurité sont intervenus pour empêcher la distribution des tracts de la campagne et arracher les symboles du parti des mains des participants.

Le rapport évoque des militants et militantes « traînés au sol, battus et violentés » sur la voie publique, et signale des blessés, notamment parmi les femmes. Il fait aussi état de l’arrestation de cinq militants, conduits au commissariat puis relâchés, d’après la même source, après environ trois heures de détention et d’interrogatoire.

Khénifra : six militants arrêtés lors d’une campagne appelant au boycott des élections, selon le rapport de la jeunesse du parti.

À Khénifra, le rapport rapporte un récit similaire, indiquant que les militants du parti ont été empêchés de distribuer des tracts exposant sa position en faveur du boycott des élections. Il précise que six militants ont été arrêtés au cours de l’opération, puis libérés après avoir été interrogés au commissariat.

Fès : distribution de tracts de boycott ; les militants de la Voie démocratique ouvrière évoquent un encerclement sécuritaire ayant duré plus d’une heure.

À Fès, le parti explique que ses militants ont d’abord pu distribuer les tracts et échanger avec les citoyens sur sa position à l’égard des élections. Une fois l’activité terminée, ajoute le rapport, les forces publiques ont encerclé les participants face à la place de la mosquée Tajmaâti et les ont retenus sur place pendant plus d’une heure, sous prétexte de vérifier leur identité, avant de les laisser partir.

Le parti décrit l’accueil réservé à sa campagne par les habitants de la ville comme « positif ». Cette formulation traduit sa propre évaluation de la campagne, et le rapport ne contient aucune donnée indépendante permettant de la mesurer.

À Casablanca, les membres du parti ont pu, selon le même rapport, poursuivre leur activité dans le quartier de Derb Sultan, où ils ont distribué l’appel au boycott et discuté avec les citoyens de leur position sur les élections, malgré ce que le parti décrit comme une « mobilisation sécuritaire ».

Solidarité de défenseurs des droits humains 

La Voie démocratique des travailleurs présente ces faits comme « une entrave à son activité politique » et demande, selon le rapport de sa jeunesse, à « pouvoir exercer ses droits à la liberté d’expression, de réunion et de communication avec les citoyens »

Me Naoufal Bouamri : « Les élections supposent la participation comme elles supposent le boycott ».

Le rapport évoque également une « large condamnation de la part de la société et des défenseurs des droits humains », en citant des publications sur les réseaux sociaux de militants des droits humains, d’activistes et de journalistes qui ont critiqué la manière dont la campagne du parti a été traitée. Me Naoufal Bouamri, avocat et président de l’Organisation marocaine des droits humains, s’est ainsi exprimé en défense du droit des « boycotteurs » à organiser des campagnes publiques. Il a écrit dans une publication sur sa page Facebook : « Le choix démocratique consacré par la Constitution comme l’une des constantes de l’État et de la société exige que soit garanti, en son sein, le droit des organisations politiques et partisanes qui ne croient pas aux élections de promouvoir librement leur position politique, dans le plein respect de leur droit à faire connaître leur position partisane… sans qu’elles subissent le moindre harcèlement et sans que leurs militants et militantes soient interpellés… Cela s’applique au Parti de la Voie démocratique des travailleurs. Les élections supposent la participation comme elles supposent le boycott. ». 

Pour sa part, l’Association marocaine des droits humains (AMDH), qui compte parmi ses membres de nombreux militants et militantes du parti, a exprimé une solidarité sans équivoque. Son Bureau central a publié un communiqué de solidarité avec le parti. Dans un communiqué daté du 19 septembre dernier, l’association a estimé que ces pratiques « constituent une violation et une atteinte flagrante aux conventions internationales pertinentes en matière de droits humains, au premier rang desquelles la Déclaration universelle des droits de l’homme (articles 19 et 20) et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (articles 19 et 21), que le Maroc a ratifié et dont il s’est engagé à respecter les dispositions, ainsi qu’à la législation nationale elle-même, qui ne comporte aucun texte incriminant le fait de ne pas participer aux élections, d’appeler à la non-participation ou d’en exprimer les motifs par des moyens pacifiques ».

Ces développements s’inscrivent dans le cadre d’une campagne politique menée par le parti pour appeler au boycott des élections. Selon sa position déclarée, le parti considère que la participation au scrutin ne constitue pas une voie vers le changement politique qu’il recherche, et il emploie dans son discours l’expression « élections makhzéniennes » pour qualifier le processus électoral.

Pour rappel, les racines d’Annahj Addimocrati remontent au mouvement marxiste-léniniste marocain, dont l’un des principaux affluents est l’organisation « Ilal Amam » (« En avant »), fondée en 1970. « Annahj Addimocrati » est apparu comme organisation publique en 1995, après des années d’action politique clandestine et de répression ayant frappé ses militants. Lors de son cinquième congrès national, tenu en juillet 2022, il a annoncé son changement de nom pour devenir le « Parti de la Voie démocratique des travailleurs ». Le parti se présente comme « le parti de la classe ouvrière et des travailleurs », et lie son projet politique à la transformation de la structure du système politique, économique et social au Maroc.

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