Editeur en Afrique : bâtisseurs de ponts dans l’ombre

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Qui fait vivre les livres quand les auteurs ont posé leur plume ? Au Festival du livre africain de Marrakech (FLAM), trois éditrices du Maroc, de France et du Nigéria ont levé le voile sur un métier de l’ombre, exigeant et engagé. Entre ancrage local et ambition continentale, elles dessinent une autre vision du livre…

La première rencontre du FLAM, animée par Rodney Saint-Éloi, poète et éditeur haïtien, trois éditrices venues du Maroc, de France et du Nigéria ont partagé leur vision d’un métier souvent invisible, mais profondément engagé.

« On ne voit que les auteurs. Derrière eux, les éditeurs restent des acteurs de l’ombre, presque sans corps. C’est pourtant à eux que revient la tâche de faire vivre les livres — et, avec eux, des pans entiers de cultures et d’identités », introduit Rodney Saint-Éloi. 

« Éditer en Afrique, ce n’est pas seulement créer des livres. C’est créer les espaces et les conditions pour que ces livres vivent. »

Leila Chaouni

A la thématique « Editer et préserver : Les défis du livre en Afrique » Leila Chaouni, fondatrice de la maison d’édition Le Fennec au Maroc, répond par une formule toute en clarté : « Éditer en Afrique, ce n’est pas seulement créer des livres. C’est créer les espaces et les conditions pour que ces livres vivent. » Pour elle, l’édition est avant tout un acte d’amour ancré dans le local : elle édite pour les Marocains, partageant avec ses lecteurs des coups de cœur, construisant une complicité.

Ysabel Saiah Baudis, éditrice française spécialisée dans le monde arabo-musulman, défend une vision similaire : montrer le bon, le bien, faire le lien entre les peuples. « Éditer, c’est un engagement au même titre qu’écrire », dit-elle.

« Nous sommes déconnectés entre nous Africains. Nous ne faisons pas assez pour nous reconnecter et nous parler. »

Lola Shoneyin

C’est peut-être Lola Shoneyin, éditrice nigériane, qui a porté les mots les plus forts. Venue pour la première fois en Afrique du Nord, elle confie trouver cela « tragique » : « Nous sommes déconnectés entre nous. Nous ne faisons pas assez pour nous reconnecter et nous parler. » La fracture linguistique — entre espaces francophones et anglophones — demeure un mur que peu s’emploient encore à abattre.

« Éditer, c’est un engagement au même titre qu’écrire. »

Ysabel Saiah Baudis

Lola Shoneyin a commencé à éditer à 23 ans, avec la conviction de publier des autrices, sans véritable expérience, si ce n’est la fouge de jeunesse. Depuis douze ans, elle travaille à reconstruire un écosystème éditorial au Nigéria, en s’adressant à l’ensemble de l’espace anglophone africain — Ghana et au-delà. Sa question est radicale : « Tu sers qui ? Ton pays ? Ton continent ? ». Et d’y répondre : « Nous avons perdu les processus de fabrication du livre. Nous perdons la main — surtout quand on imprime en Inde ou en Chine », avertit-elle.

Lola Shoneyin se voit moins comme une entrepreneuse que comme une passeure des savoirs : « « Il faut que les éditeurs africains apprennent des uns et des autres, c’est une priorité. » Son projet : connecter l’Afrique à elle-même, trouver des alliés sur le continent, partager les littératures et les histoires. Pourquoi ne traduit-on pas entre Africains ? Ce gap entre francophones et anglophones, dit-elle, « c’est un devoir de le réduire ». Mais elle le reconnaît : « « Mon premier devoir reste envers ma propre population. C’est une bataille. » Une bataille culturelle, et une vision portée par des femmes qui font, dans l’ombre, le travail essentiel.

Mention IA : Cet article a été révisé par l’IA générative Claude.

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