L’AMDH : « Les drames migratoires interrogent l’État marocain et l’UE »
À l’occasion du 18 décembre, Journée internationale des migrants, l’Association marocaine des droits humains (AMDH) tire la sonnette d’alarme sur la multiplication des violations des droits fondamentaux des migrants à travers le monde. Elle met en cause les politiques sécuritaires européennes et la responsabilité de l’État marocain face aux drames humains récents. Les détails.
L’association revient sur la mort d’au moins neuf migrants subsahariens dans la zone de Ras Asfour, dans la province de Jerada
L’AMDH a tenu un sit-in le 18 décembre devant le siège du parlement à Rabat pour dénoncer la situation des personnes en migration dans le monde et au Maroc. En présence de membres dirigeants de l’association et membre du Comité thématique des migrations, l’ONG a rappelé l’Etat marocain et l’Union européenne à leurs responsabilités. L’AMDH est revenue notamment sur la mort d’au moins neuf migrants subsahariens dans la zone de Ras Asfour, dans la province de Jerada, début décembre. Un drame qui relance la question du droit à la vie et à l’accès aux soins pour les migrants. L’AMDH rappelle également le massacre de 2022 au poste-frontière de Barrio Chino, à Melilla, et dénonce l’absence de vérité et de reddition des comptes.
Le Pacte européen sur la migration dans le viseur
Dans son communiqué à cette occasion, l’AMDH dresse un tableau sombre de la situation internationale. Guerres, conflits armés, crises économiques, sociales et environnementales continuent, selon elle, de pousser des milliers de personnes sur les routes de la migration forcée. En l’absence de mécanismes de protection internationale efficaces, ces déplacements se traduisent par des drames humains récurrents : morts et disparitions le long des routes terrestres et maritimes, dans un climat de silence et de « complicité internationale ».
L’association critique vivement le « Pacte européen sur la migration et l’asile », accusé d’institutionnaliser une approche sécuritaire et répressive.
L’association critique vivement le « Pacte européen sur la migration et l’asile », accusé d’institutionnaliser une approche sécuritaire et répressive. Ce cadre viserait, selon l’AMDH, à accélérer les expulsions et refoulements, notamment des migrants originaires des pays du Sud, tout en renforçant l’enfermement, la criminalisation et le racisme institutionnel. L’externalisation des politiques migratoires vers les pays du Sud, transformés en gardiens des frontières européennes, et l’élargissement du rôle de l’agence Frontex sont également pointés du doigt.
La montée des discours hostiles aux migrants
L’AMDH alerte par ailleurs sur la banalisation d’un discours politique ouvertement hostile aux migrants, nourri par la progression de la droite et de l’extrême droite en Europe et en Amérique. Des prises de position appelant à la fermeture des frontières, aux expulsions massives et à la criminalisation de la migration constitueraient, selon elle, une violation manifeste du droit international et des conventions relatives aux droits humains.
Revendications de l’AMDH
Selon les chiffres officiels cités, plus de cinquante personnes ont trouvé la mort en 2025 en tentant de rejoindre Sebta par la mer, tandis que des centaines sont portées disparues. Malgré ces risques, les tentatives de migration se poursuivent, y compris parmi des mineurs.
Face à cette situation, l’AMDH appelle notamment à l’adoption d’une nouvelle loi marocaine sur la migration et l’asile, conforme aux engagements internationaux du pays, à l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les drames récents et au respect effectif des droits fondamentaux des migrants, au Maroc comme en Europe.