L’AMDH : Quatre défis pour l’avenir

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Lors du congrès de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), ENASS.ma a demandé à Khadija Riyadi et Ahmed El Hayej, deux ex-présidents d’ONG, leurs perspectives sur les principaux défis posés à cette association. Voici leurs réponses.

« L’avenir de notre ONG dépend des réponses à apporter aux nombreux défis auxquels nous sommes confrontés ainsi que l’ensemble du mouvement de défense des droits humains », rappelle Khadija Riyadi, présidente emblématique de l’AMDH entre 2007 et 2013 et lauréate du Prix des droits de l’homme des Nations unies. « La séance inaugurale de notre congrès, a posé ces défis sur la table », précise la première femme à occuper le poste de présidente au sein de la plus ancienne association des droits de l’homme au Maroc. Nos deux interlocuteurs se rejoignent dans le diagnostic des défis à venir : Le défi d’un environnement international défavorable à la défense des droits humains ; le défi de la réinvention du discours des acteurs nationaux en matière de défense des droits humains ; le défi national de s’opposer à la répression des défenseurs des droits humains ; et enfin le défi interne des moyens et ressources.

Défi #1 : La valeur des droits humains en berne

« Le défi principal est le recul international du référentiel des droits humains et leur universalité », s’inquiète Ahmed El Hayej, ex-président de l’AMDH (2013-2019). « Aujourd’hui, sur le plan international, nous assistons au   reniement de la part des Etats promouvant jadis ce référentiel. Le rapport de force est en train de basculer en faveur des tenants d’une scène internationale sans discours sur la défense des droits humains », analyse-t-il. Ceci se traduit par l’arrivée de chefs d’Etat comme Trump aux Etats-unis très peu soucieux du respect des droits humains. La Commission européenne au sein de l’Union européenne ne fait plus de cette question une priorité dans son agenda, ce qui pèse sur son voisinage immédiat, dont le Maroc. 

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Défi #2 : Faire face à la répression de l’AMDH

« L’AMDH est depuis dix ans sous un blocus des autorités marqué par le refus de ces mêmes autorités de nous concéder le droit d’accès aux salles et espaces publics ».

Riyadi

« L’AMDH est depuis dix ans sous le blocus des autorités marqué par le refus des autorités de nous donner notre droit d’accès aux salles et espaces publics. Les reçus des sections sont rarissimes car les autorités locales refusent toujours de délivrer ces documents à nos 90 sections à travers le pays. Quant aux financements nous n’en parlons pas, ils sont inexistants. A tout cela s’ajoute le blocus médiatique ». Ce blocus avait démarré depuis un fameux discours de Mohamed Hassad, ex-ministre de l’Intérieur au parlement en 2015 « sonnant le glas » aux associations jugées « critiques » par les autorités. Depuis, une répression est subie par un nombre grandissant d’ONG et d’activistes de la société civile au Maroc. La dernière association à subir cette restriction du droit d’association est La Ligue marocaine pour la défense des droits humains (LMDDH), association pourtant jugée « modérée » et proche du parti de l’Istiqlal. Elle n’a pas été épargnée du rouleau compresseur de l’Intérieur qui continue à refuser de délivrer son reçu de renouvellement à cette ONG  et  à son bureau exécutif depuis onze mois. 

Pour El Hayej, ce contexte a un effet sur l’action des ONG : « Dans l’ensemble, la situation n’est pas confortable pour les défenseurs des droits humains. Le mouvement de défense des droits humains souffre d’un rétrécissement de ses marges de manœuvres et d’action. Ces attaques coïncident avec le recul continu des libertés publiques et des droits. Cette situation nous impose de faire plus d’efforts pour être du côté des victimes de violations des droits humains de tout bord. Ces victimes peuvent être atteintes dans leur droit à la liberté d’expression, au travail, au rassemblement, et à l’organisation, l’accès à la santé, à l’éducation, etc. », insiste-t-il. 

Et Riyadi de poursuivre : « Cette résistance nous donne de l’espoir pour continuer dans les années à venir. Nous continuerons ainsi à travers avec l’ensemble des populations touchées par cette vague de répression et de paupérisation, que ce soient les jeunes, les femmes, les personnes en migration ». Ce climat difficile impose à l’AMDH de renouveler son discours. 

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Défi #3 : Adapter son discours aux nouvelles réalités socio-politiques

« Le défi principal est le recul international du référentiel des droits humains et leurs universalités ».

El Hayej

L’AMDH a connu en dix ans une baisse de ses adhérent-e-s. Ils sont passés de 8000 à 5000 membres. « Le premier facteur est la répression et le manque d’espaces de rencontres publics avec nos sympathisants », regrette Said Tbel, membre du Bureau central sortant de l’AMDH. Plusieurs membres dirigeants de l’AMDH déplorent aussi les difficultés dans le renouvellement dans l’association. « L’AMDH a besoin d’adapter ses instruments, ses structures, son discours face aux défis cités plus haut, et aux nouvelles réalités », souhaite Riyadi. Même son de cloche de Ahmed El Hayej : « C’est le défi le plus important à mon sens, celui de faire souffler un vent nouveau dans notre manière de penser, d’agir et de faire. Il faut revoir nos méthodes pour pouvoir atteindre nos objectifs et de nouveaux publics ». Pour innover et créer de nouvelles méthodes de travail, l’association a besoin de moyens financiers et humains, ce que l’AMDH ne détient pas en raison de blocus des autorités.

« Le défi est d’innover dans notre manière de penser, d’agir et de faire. Il faut revoir nos méthodes pour pouvoir atteindre nos objectifs et de nouveaux publics ».

El Hayej 

Défi #4 : Trouver de nouvelles ressources

« L’association est basée actuellement dans son fonctionnement sur l’auto-financement ».

El Hayej 

« Aujourd’hui comme par le passé, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. L’association est basée actuellement dans son fonctionnement sur l’auto-financement. L’AMDH avait bénéficié à une période de financement venant d’acteurs de la coopération internationale (ambassades, fondations internationales, etc.), mais en raison de la pression des autorités, l’AMDH ne fait plus appel à ces financements. « Contrairement à cette période récente où nous avions quelques soutiens à travers des projets, actuellement l’association fonctionne quasi exclusivement sur ses propres ressources, basées sur les adhésions de ses membres », précise El Hayej. Ces difficultés financières se ressentent au niveau des équipes administratives de l’association qui demeurent très réduites (une à deux personnes) au niveau national. Sur le plan régional et local, ces équipes sont absentes ainsi que la possibilité de louer des espaces de travail dans chacune des villes. 

Malgré ces nombreux défis et leur lenteur dans la vie de l’association, « nous demeurerons attachés à nos valeurs et principes que sont : la globalité, l’universalité, la démocratie, l’indépendance, l’enracinement populaire, le progressisme. Ces valeurs dessinent l’avenir de l’AMDH », conclue Riyadi, avec un pessimisme de la réalité et un optimisme de la volonté. 

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