L’ONU saisi sur le cas de Kholoud Mokhtari, cible de violences de genre
L’ONG Alkarama a soumis une communication urgente à la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence contre les femmes. L’organisation dénonce une campagne de représailles systématiques visant l’activiste Kholoud Mokhtari, dont l’engagement et la vie privée sont instrumentalisés par les autorités marocaines.
Scénariste, militante et mère de deux enfants, Kholoud Mokhtari subit depuis plusieurs années une pression croissante. Son tort ? Son militantisme pacifique et son soutien indéfectible à son époux, le journaliste Soulaimane Raissouni, dont la détention a été qualifiée d’arbitraire par l’ONU.
Au-delà de son combat politique, Mme Mokhtari est victime de violences spécifiquement genrées. Campagnes de diffamation, harcèlement numérique et atteintes répétées à sa dignité de femme et de mère sont utilisés comme des armes pour briser sa voix. Cette stratégie vise à délégitimer sa parole dans l’espace public en attaquant sa sphère privée.
« Ces violences, explicitement fondées sur le genre, ont cherché à discréditer sa parole, à l’atteindre dans sa dignité et à entraver la poursuite de son engagement. »
L’instrumentalisation de la vie privée
En documentant ce dossier, Alkarama met en lumière une réalité alarmante : l’utilisation de la surveillance et de l’intimidation pour réduire au silence les défenseuses des droits humains. Le cas de Mme Mokhtari illustre une imbrication dangereuse entre la restriction des libertés fondamentales et la discrimination sexiste.
« Le cas de Mme Mokhtari illustre l’instrumentalisation de la vie privée et du rôle de mère pour réduire au silence les femmes engagées. »
L’ONG a mobilisé plusieurs mandats onusiens — relatifs à la vie privée, à la liberté d’expression et à la discrimination — pour souligner la gravité de ces atteintes croisées qui placent la victime dans une insécurité constante.
L’échec des recours nationaux
Le silence des autorités marocaines face aux plaintes de la victime est au cœur de la saisine. L’absence d’enquêtes sérieuses ou de mesures de protection au niveau interne a rendu l’intervention des procédures spéciales des Nations Unies indispensable.
« Aucune enquête sérieuse n’a été engagée pour mettre fin aux atteintes aux droits de la victime, la plaçant dans une situation de vulnérabilité. »
Alkarama appelle désormais les experts de l’ONU à exhorter le Royaume du Maroc à cesser tout harcèlement, à garantir l’indépendance des enquêtes sur ces violations et à assurer une réparation effective pour les préjudices subis par Mme Mokhtari.