Hirak de Figuig : Les femmes cœur du mouvement

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À l’occasion du 8 mars, de nombreuses organisations féminines, civiles et syndicales se sont mobilisées massivement à Rabat. En tête du cortège, les femmes de Figuig ont tenu à rappeler que leur oasis reste menacée par une privatisation de l’eau, capable de bouleverser l’équilibre social et écologique de toute la région. Reportage.

Ce dimanche 8 mars 2026, Rabat a accueilli, une large coalition d’organisations civiles, féministes et syndicales pour commémorer la Journée internationale des droits des femmes. Plusieurs dynamiques régionales et nationales ont convergé : la coordination marocaine de la Marche mondiale des femmes, des représentantes du mouvement « pour le droit à l’eau» de Figuig, ainsi que les travailleuses de l’usine « Sicome–Sicomex » de Meknès. Des délégations venues de nombreuses villes marocaines ont également rejoint la mobilisation.

Au milieu de cet élan collectif, les femmes de Figuig, enveloppées dans leur hâïk, ont convergé vers Rabat pour faire entendre leur voix.

Au milieu de cet élan collectif, les femmes de Figuig, drapées de leur hâïk, ont convergé vers Rabat pour faire entendre leur voix.

De Figuig à Rabat : une lutte continue

« Nos ancêtres ont tiré cette eau de leurs mains, de leur sueur et de leur courage, certains y ont laissé la vie. Nous ne permettrons pas qu’une société étrangère prenne le contrôle sans notre accord»

Yamina


Depuis Figuig, une trentaine de femmes ont fait le déplacement jusqu’à Rabat. Yamina, l’une des participantes, raconte avec émotion :« Nos ancêtres ont tiré cette eau de leurs mains, de leur sueur et de leur courage, certains y ont laissé la vie. Nous ne permettrons pas qu’une société étrangère prenne le contrôle sans notre accord. »

Elle poursuit :« Si nous sortons aujourd’hui, c’est parce que la douleur nous y oblige. À Figuig, les femmes ne descendent pas habituellement dans la rue, nos visages restent cachés. Mais cette fois, nous sommes là pour défendre l’eau de notre oasis et l’héritage de nos ancêtres». 

La crise remonte à 2023, lorsque le conseil communal a voté l’adhésion de la ville à la Société régionale « orient distribution ».

La crise remonte à 2023, lorsque le conseil communal a voté l’adhésion de la ville à la Société régionale « orient distribution ». Cette décision, après avoir été rejetée puis réintroduite dans une séance ultérieure, ouvre la voie à une gestion déléguée de l’eau potable à une entreprise multiservices.

La tension politique devient telle que neuf élus démissionnent pour dénoncer l’imposition de cette décision. Puis, en un geste inédit, des militants du mouvement se présentent aux élections partielles et remportent tous les sièges vacants avant de démissionner à leur tour pour protester contre l’absence de pouvoir réel dans la gestion des ressources.

Dans cette région où l’eau est un héritage, un lien social, une mémoire partagée, ce vote a été vécu comme une rupture violente. La réaction ne s’est pas fait attendre, les habitantes et habitants de Figuig ont lancé un mouvement continu : des marches,  des sit-in, deux fois par semaine, été comme hiver. Un mouvement qui entre aujourd’hui dans sa troisième année.

Depuis le premier jour, ce sont les femmes de Figuig qui ont tenu le front du mouvement.

Depuis le premier jour, ce sont les femmes de Figuig qui ont tenu le front du mouvement. Elles ouvrent les marches, portent les slogans, construisent les solidarités locales. Elles ont transformé les ruelles de l’oasis en espace de résistance. Elles sont la colonne vertébrale du mouvement.

Lors des manifestations, toutes arborent le « hâïk », ce vêtement blanc ancestral. Bien plus qu’un simple habit, il incarne depuis longtemps la résistance au colonialisme, tant au Maroc qu’en Algérie. Ce tissu raconte une histoire de continuité : la défense d’un territoire, d’une dignité et de la souveraineté sur l’eau.

«Ce sit-in s’inscrit dans la continuité d’une lutte qui dure depuis plus de deux ans : une seule revendication, refuser la privatisation de l’eau. Nous rejetons qu’une société régionale prenne en main notre ressource»

Fatiha Kadi,de la coordination locale du Hirak de Figuig

Fatiha Kadi, de la coordination locale du Hirak de Figuig, explique que «ce sit-in s’inscrit dans la continuité d’une lutte qui dure depuis plus de deux ans : une seule revendication, refuser la privatisation de l’eau. Nous rejetons qu’une société régionale prenne en main notre ressource. Si nous sommes dans la rue, c’est pour défendre notre droit à l’eau, à la dignité et à la vie. »

De sa part, Fatima Tamni, députée de la Fédération de la gauche démocratique,venue à la marche en portant elle aussi le « hâïk » de Figuig explique que la mobilisation de Figuig est une continuité historique :« La présence des femmes de l’oasis n’est pas symbolique. Elle est profondément ancrée. À Figuig, les femmes ont toujours été les garantes de la vie, de la gestion collective de l’eau, et de l’équité dans sa distribution. »

«L’État doit assumer sa responsabilité. L’eau est un droit fondamental et universel. L’accès équitable doit être garanti. »

Fatima tamni, députée de la Fédération de la gauche démocratique

Et d’ajouter:« le mouvement de l’oasis, qui dépasse aujourd’hui deux ans d’existence, incarne une leçon politique : défendre un bien commun nécessite du courage, de la persévérance et un attachement profond à la justice sociale et l’État doit assumer sa responsabilité. L’eau est un droit fondamental et universel. L’accès équitable doit être garanti. »

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