Pour un combat politique et autonome des Familles des migrant-e-s disparus
Le combat pour la vérité et la justice pour les Migrants disparus en mer et sur les frontières* est aujourd’hui emblématique de l’état du monde. Je voudrais aborder cette question à travers quatre points de vigilance : 1. Le combat pour la vérité et la justice pour les Migrants disparus n’est pas une question technique…
Le combat pour la vérité et la justice pour les Migrants disparus en mer et sur les frontières est aujourd’hui emblématique de l’état du monde.
Mon premier point focalise sur le combat pour la vérité et la justice à l’égard des Migrants disparus n’est pas une question technique mais avant tout politique. Pour cette raison, il faut faire attention aux mercenaires : experts, consultants, associations, organisations internationales, etc. qui vont s’engouffrer dans cette brèche, cette « opportunité » pour proposer leurs services, leurs projets, leurs « expertises ». Certains bien intentionnés nous font dévier de la vraie nature du problème, la dimension politique de chaque disparition. Evoquer l’ADN, les banques de données, la médecine légale, les collectifs des familles, etc. toutes ces questions techniques sont d’une extrême importance, mais elles ne sont pas l’essence de ce combat. En s’engageant dans ce combat, chaque expert, journaliste, associatif ou autre, doit être conscient de la dimension politique de cette lutte pour mettre des noms et des visages sur ces disparus. Ne l’oublions pas que cette affaire est du début jusqu’à la fin une question politique, imminemment politique.
Achille Mbempe l’a bien nommé : la Nécro-politique. Un permis à tuer.
Achille Mbempe l’a bien nommé : la Nécro-politique. Un permis à tuer : 48 000 morts entre 2004 et 2022. 9000 morts en 2024. C’est une politique planifiée, systématique, méthodique, pensée pour tuer les Exilés. Jeter des gens dans le désert en Lybie ou en Tunisie, c’est nommément les tuer. La Commission européenne est au courant des fais en signant des accords avec ces pays. Rappelons-le avec force : ces morts sont des morts politiques, ce sont des cadavres politiques.
Le génocide permanent contre les migrants, est également un laboratoire pour un autre génocide vécu en ,Live par l’Humanité celui du peuple palestinien.
Le génocide permanent contre les migrants est aussi un laboratoire à un autre génocide vécu en Live par l’Humanité celui contre le peuple palestinien : 64 000 morts en deux ans à Gaza. Un disparu est une affaire de politique, donc de choix décidés avec préméditation avec les décideurs politiques à Bruxelles, Genève, Tripoli ou Rabat ou des silences ou des compromissions.
La liberté de circulation est pourtant une condition fondamentale qui puisse mettre fin aux disparitions.
Mon deuxième point concerne les priorités d’une lutte, son axe stratégique. En tant qu’observateur des discours publics sur les migrations au Maroc, portés par des acteurs associatifs ou même publics, la question de la liberté de circulation n’est plus quasiment à l’ordre du jour ! La liberté de circulation est pourtant la condition essentielle pour mettre fin aux disparitions.
Désormais, le poids légitime de la cause des disparitions, prend tellement de places – au vu des pertes humaines extrêmement élevés – que nous sommes sur des luttes tellement défensives, trouver un corps, identifier, rapatrier, etc. L’horizon de lutte devient si limité, nous sommes conditionnés par le poids tragique de ces disparitions que nous ne pouvons plus nous projeter dans une perspective alternative.
Les architectes du régime migratoire mondial, arrivent à quadriller notre horizon de pensée et de luttes pour ne plus évoquer : la liberté de circulation, la mobilité, les migrations comme un fait humain naturel et historique.
Mon troisième point concerne la nécessité de faire le tri entre les alliés et les ennemies de cette cause.
Mon troisième point concerne la nécessité de faire le tri entre les alliés et les ennemies de cette cause. La cause de la disparition des migrants est une cause sans adversaire ! Qui peut être contre le combat des familles pour la vérité ? Certains vont montrer l’empathie et le soutien, du moins verbal ! Mais encore fois gardons bien en tête que beaucoup de ceux qui se disent aujourd’hui soutien de cette cause, peuvent aussi être ses principaux adversaires.
Par exemple de nombreux projets qui vont instrumentaliser les chiffres des disparitions pour en faire un épouvantail à l’adresse de la jeunesse africaine. Officiellement, ils sensibilisent contre les « migrations irrégulière » et vont brandir les chiffres des disparitions en mer pour dire attention à la migration, sans proposer d’alternatives à la jeunesse africaine, prise en étau par le régime frontalier européen
Deuxième exemple : ces organisations internationales qui produisent un tas de discours sympathiques sur les migrations/asile, mais dans les faits leurs politiques alimentent l’immigration irrégulière. Leurs actions est à l’opposé de leur raison d’être : leur alliance contredit leurs discours ; leurs projets visent plutôt à servir leur régime frontalier qu’à permettre une nouvelle vague de mobilité mondiale.
La lutte des familles n’est pas un fond de commerce pour quelque personne que ce soit, ce n’est guère un agrément que l’on distribue.
Enfin dernier point de vigilance, c’est l’importance d’une lutte autonome des familles des disparus. La lutte des familles n’est pas un fonds de commerce de qui que ce soit, ce n’est pas un agrément que l’on distribue. Les seules qui ont la légitimité de porter cette (….) ce sont les familles. C’est votre combat, nous ne sommes qu’un simple soutien, et appui. Enfin, le succès de cette lutte ne peut aboutir sans un combat unitaire, politique, médiatique indépendant. Un combat où les familles sont le cœur et la raison de ce mouvement.
* Ce texte est une partie de mon intervention lors du panel « Engagements pour les migrant·es disparu·es », du Carrefour de la migration, organisé par la Fondation Heinrich Boll- Rabat, le 8 novembre 2025.