Sebta: Ces Marocains morts en mer  abandonnés de l’autre côté de la frontière

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À Sebta, les enterrements se succèdent au cimetière de Sidi Embarek. Ce jeudi, 12 corps de migrants marocains ont été inhumés, dont neuf victimes identifiées de la tragédie de Tarajal de 30 et 31 juillet dernier. Pour leurs familles, le dernier adieu se fait de l’autre côté de la frontière…

Ce jeudi, 12 personnes y ont été enterrées, dont neuf victimes de la tragédie du poste-frontière de Tarajal.

Les douze personnes avaient toutes perdu la vie à Ceuta. Parmi elles figurait la seule femme dont le corps avait été retrouvé dans la zone. Malgré l’identification des victimes, le Maroc n’a pas accepté le rapatriement de leurs dépouilles, contraignant les autorités espagnoles à procéder à leur inhumation à Ceuta.

Des corps identifiés mais impossibles à rapatrier


Parmi les 12 personnes enterrées jeudi après-midi, neuf avaient perdu la vie lors de la tragédie des 30 et 31 juillet à Tarajal et ont depuis été identifiées. Leur inhumation intervient après plusieurs jours durant lesquels des corps non identifiés avaient déjà été enterrés au cimetière de Sidi Embarek.

9 migrants identifiés : il s’agit d’Ayoub Kellout, Abdel Salam Hassani, Tabakout Nourdine, Salma Maghouh, Ibrahim El Hangari, Abdelmoumen Zerioul, Younes Ihouf, Yassine Oustane et Mounir Douch.

Selon le média El Faro de Ceuta, il s’agit d’Ayoub Kellout, Abdel Salam Hassani, Tabakout Nourdine, Salma Maghouh, Ibrahim El Hangari, Abdelmoumen Zerioul, Younes Ihouf, Yassine Oustane et Mounir Douch. La Guardia Civil espagnole a établi leur identité grâce aux empreintes digitales et à des analyses ADN.

« Toutes les familles avaient été informées de l’identification des corps et savaient qu’il s’agissait de ressortissants marocains. »

La même source explique que : « toutes les familles avaient été informées que les autorités espagnoles avaient réussi à identifier les corps de leurs proches. Elles savaient donc qui étaient les personnes décédées et, dans ces dossiers, qu’il s’agissait de ressortissants marocains. » Pourtant, les demandes des familles visant à récupérer les dépouilles et à les enterrer au Maroc n’ont pas abouti. 

Les demandes de rapatriement et d’inhumation au Maroc n’ont pas abouti.

Les cérémonies d’inhumation organisées jeudi après-midi ont rassemblé de nombreux proches des victimes. Plusieurs familles ont dû traverser la frontière pour accomplir leur dernier devoir envers leurs proches, à Sebta, faute de pouvoir les enterrer de l’autre côté de la frontière.

Les tombes des dix hommes inhumés dans cette série portent les numéros allant de 5488 à 5499. Celle de Salma, l’unique femme parmi les douze personnes enterrées aujourd’hui, porte le numéro 5498.

Plus de 90 corps enterrés en quelques jours 

Le cimetière de Sidi Embarek a accueilli, en quelques jours, les dépouilles de plus de 90 personnes dont la majorité non identifiée, enterrées dans le cadre d’inhumations collectives.


Ainsi, depuis vendredi dernier, le cimetière de Sidi Embarek a accueilli, en quelques jours, les dépouilles de plus de 90 personnes dont la majorité non identifiée, enterrées dans le cadre d’inhumations collectives. Les cérémonies se sont déroulées en présence du personnel du cimetière, des personnes habituellement chargées des rites funéraires et d’agents des services de santé. Ces enterrements constituent l’une des dernières étapes, et sans doute l’une des plus cruelles, d’un drame migratoire dont les conséquences continuent de peser sur les familles.

Face à cette situation, l’Association marocaine des droits humains (AMDH) hausse le ton. Dans un communiqué daté du 20 août, l’association dénonce des enterrements précipités, menés au nom de l’expiration des délais légaux de conservation des corps, alors même que les procédures d’identification n’ont pas été menées à leur terme.

Pour l’AMDH, « priver les familles de la possibilité d’identifier, de récupérer et d’enterrer dignement leurs proches constitue une violation d’un droit humain fondamental, qu’aucune considération administrative ne saurait justifier ».

Pour l’AMDH, « priver les familles de la possibilité d’identifier, de récupérer et d’enterrer dignement leurs proches constitue une violation d’un droit humain fondamental, qu’aucune considération administrative ne saurait justifier ». L’association n’hésite pas à parler d’une “nouvelle tragédie humaine” qui vient s’ajouter au drame déjà vécu par ces familles.

Dans un courrier adressé en urgence au ministre des Affaires étrangères, l’association réclame l’arrêt immédiat de toute nouvelle inhumation à Sebta, ainsi que la prolongation des délais légaux pour permettre l’identification des corps. Elle demande par ailleurs « le recours aux analyses ADN afin de confronter les dépouilles aux échantillons prélevés auprès des familles de victimes, en parallèle d’une mobilisation urgente des canaux diplomatiques et consulaires pour organiser le rapatriement digne des corps vers le Maroc ». L’association plaide enfin pour l’ouverture de canaux de communication directs et transparents avec les familles des victimes, afin de les tenir informées de l’évolution du dossier.

L’AMDH précise que « des copies du courrier ont également été transmises au ministère de la Justice, au Conseil national des droits de l’Homme et à la Délégation interministérielle aux droits de l’Homme », ces institutions étant appelées à assumer pleinement leurs responsabilités. L’association enfonce le clou : la responsabilité de l’État marocain “ne s’arrête pas aux frontières du territoire national”.

Du côté administratif, la situation reste bloquée : l’Espagne assure avoir bouclé les formalités nécessaires au rapatriement des corps, mais celles-ci n’auraient toujours pas été validées côté marocain. Pendant ce temps, des familles désespérées multiplient les appels sur les réseaux sociaux, en quête d’informations sur leurs proches disparus.

Au-delà des morts et des disparus en mer, la section de Nador de l’association documente en parallèle le calvaire des migrants toujours présents sur place, à Sebta. Marocains ou d’autres nationalités, ces derniers font l’objet de poursuites incessantes et de violences sévères de la part des autorités espagnoles, en particulier militaires, provoquant chaque jour des blessures de gravité variable. L’association affirme « continuer à documenter ces abus par des photos, régulièrement diffusées sur les réseaux sociaux de l’association ».

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