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Séisme Grand Atlas : Une reconstruction inachevée et contestée  

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Deux ans et demi après le séisme du 8 septembre 2023, le deuxième rapport de l’Observatoire du Programme de reconstruction post-séisme d’Al Haouz, porté par Transparency Maroc, dresse un constat sévère. Selon cette ONG, la reconstruction avance lentement, de manière inégale et souvent injuste, laissant des milliers de sinistrés dans la précarité.

Doté de 120 milliards de dirhams pour la période 2024-2029, le Programme intégré de reconstruction du Grand Atlas constitue l’un des plus importants plans publics jamais engagés au Maroc après une catastrophe naturelle. Le rapport de l’Observatoire, couvrant la période d’octobre 2024 à décembre 2025, repose sur une enquête menée auprès de 454 ménages dans les provinces les plus touchées, notamment Al Haouz et Chichaoua. L’objectif est clair : évaluer l’action publique et confronter les chiffres officiels à la réalité du terrain. Le constat général est sans ambiguïté : « le processus de reconstruction est inégal, lent et socialement inéquitable », constate TM dans son rapport réalisé en partenariat avec la Fondation Heinrich Boll, bureau de Rabat.

Une crise sociale post-séisme 


L’enquête met en évidence une dégradation profonde des conditions de vie des populations sinistrées. Ainsi, 42 % des personnes interrogées déclarent être sans emploi depuis le séisme, tandis que la moitié des ménages vivent avec moins de 1 000 dirhams par mois.

Les dégâts matériels sont massifs : 92 % des ménages déclarent des dommages à leur habitation et 57 % affirment que leur logement a été totalement détruit. Pourtant, un tiers des familles ne vivent toujours pas dans leur logement au moment de l’enquête.

La situation du relogement reste particulièrement préoccupante. Parmi les ménages non relogés, 89,5 % vivent encore dans des tentes ou des conteneurs. Au total, 209 familles continuent de vivre dans des conditions précaires, illustrant « un hébergement d’urgence prolongé bien au-delà des délais raisonnables ».

Une aide financière insuffisante et mal distribuée

Le rapport souligne également les limites du dispositif d’aide. Si l’aide d’urgence de 2 500 dirhams par mois constituait le principal soutien financier, seuls 68 % des ménages y ont eu accès. Pire encore, 33% des ménages interrogés ont été exclus de l’aide à la reconstruction.

Dans les 71 % des cas, les familles bénéficiaires mais non relogés encore évoquent des blocages administratifs. « La bureaucratie est devenue le premier obstacle au relèvement des populations sinistrées », souligne le rapport. Pour les non relogés, 89% parmi vivent sous les tentes, soit 209 ménages. 

Des incohérences dans les chiffres officiels interrogent également. Le taux d’effondrement total des habitations est passé de 32 % à 10 % quelques mois après le séisme, réduisant mécaniquement le nombre de bénéficiaires de l’aide maximale de 140 000 dirhams.

Des infrastructures et services publics encore défaillants


Les retards concernent également les services publics essentiels. Selon un communiqué du chef du gouvernement, 220 établissements scolaires restaient non opérationnels en septembre 2025 dans les provinces touchées. Dans le secteur de la santé, la province d’Al Haouz ne dispose que d’un seul hôpital de proximité de 45 lits.

Les infrastructures routières, bien que visibles, restent incomplètes et parfois dangereuses. Cette situation entretient l’isolement de territoires déjà fragilisés.

Le rapport mentionne également des cas graves liés aux conditions de vie précaires. En 2025, trois décès ont été enregistrés parmi des personnes vivant sous des tentes ou dans des conteneurs, une situation qualifiée de « négligence menant à des décès de citoyens marocains ».

Des cas de favoritisme, de clientélisme et d’abus d’autorité ont été signalés. 

Au-delà des retards matériels, l’Observatoire met en lumière des problèmes de gouvernance. Des cas de favoritisme, de clientélisme et d’abus d’autorité ont été signalés. Par ailleurs, le mouvement social des sinistrés a fait l’objet de poursuites judiciaires, dont la condamnation du coordinateur de la coordination des sinistrés à un an de prison ferme, Said Ait Mehdi. 

Le mouvement social des sinistrés a fait l’objet de poursuites judiciaires, dont la condamnation du coordinateur de la Coordination des sinistrés à un an de prison ferme, Said Ait Mehdi. 

Pour Transparency Maroc, le problème n’est pas financier mais structurel : « le programme n’est pas victime d’un manque de ressources, mais d’un déficit de vision, de gouvernance, de coordination et d’écoute ».

 « Le programme n’est pas victime d’un manque de ressources, mais d’un déficit de vision, de gouvernance, de coordination et d’écoute ».

Une reconstruction qui pose la question de la justice sociale

L’Observatoire, qui appelle à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire et à un contrôle de la Cour des comptes.


Le rapport conclut que la reconstruction ne peut se limiter à des chantiers et des dépenses publiques. Elle doit reposer sur la transparence, la justice sociale et la participation des populations concernées. « La reconstruction d’un territoire meurtri repose sur la dignité, la transparence et le droit des habitants à reconstruire leur avenir », souligne l’Observatoire, qui appelle à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire et à un contrôle de la Cour des comptes. Deux ans et demi après le séisme, le Grand Atlas reste ainsi un test majeur de la capacité de l’État à transformer une promesse politique ambitieuse en réalité sociale tangible.

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