Marocains du monde : Les partis prudents sur la participation politique

WhatsApp Image 2026 09 22 at 18.05.59

Sur le dossier des Marocains du monde, les programmes des partis politiques convergent sur plusieurs revendications, mais les modalités de la représentation politique ne sont pas portées par plusieurs partis. Lecture dans les programmes de neuf partis politiques.

À J-1 des élections législatives au Maroc, les Marocains du monde occupent une place marginale dans la majorité des programmes des partis. Nous avons analysé neuf programmes de partis politiques (RNI, PAM, Istiqlal, PPS, Haraka, USFP, PJD, Alliance de gauche et Parti marocain libre). Verdict : La grande majorité de ces partis focalisent sur le volet économique ou social délaissant la dimension de la participation politique ou la réforme des institutions en charge du dossier des MRE. Seuls l’USFP, le PJD et l’Alliance de gauche se distingue par une vision claire pour le volet politique et affiche des ambitions pour la réforme institutionnelle. 

Une diaspora composante de la Nation 

Mais derrière un vocabulaire largement consensuel, les différences apparaissent lorsqu’il s’agit de participation politique. Sur les neuf formations examinées, seules quelques-unes avancent des mécanismes précis de représentation électorale. La question de la mise en œuvre de l’article 17 de la Constitution demeure, dans la plupart des programmes, moins détaillée que celle de l’investissement ou des services.

Le premier point de convergence est sémantique autant que politique. Plusieurs partis présentent désormais les Marocains du monde comme « une composante durable de la société marocaine » et non plus seulement comme une population à accompagner pendant les périodes estivales.

Le Mouvement populaire (MP), qui a livré une des copies les plus abouties et détaillés parmi les partis dit « administratifs » (proche des cercles du pouvoir)  veut ainsi passer d’une politique centrée sur « la gestion des périodes de retour au pays » à une politique faisant des Marocains du monde des « partenaires permanents du développement et de la prise de décision nationale ».

Le même déplacement apparaît dans les propositions de l’Alliance de gauche, qui présente les MRE comme un capital « humain, économique et culturel stratégique », et dans celles de l’USFP, qui veut mobiliser leurs compétences dans les technologies, l’industrie et la recherche scientifique.
Cette approche se retrouve aussi dans les propositions du Parti marocain libre, qui réclame l’intégration des MRE dans « l’ensemble des politiques publiques et des projets de développement », ainsi que dans celles du PJD, qui associe participation, identité, compétences et amélioration des services.
Derrière cette convergence se dessine une première tendance : les MRE sont de plus en plus présentés comme un capital humain et économique à mobiliser, et pas uniquement comme des expéditeurs de devises. Quid du volet politique ? 

Article 17 : le principal angle mort des programmes ?

Visuel elections

C’est sur ce terrain que les écarts deviennent les plus visibles. L’article 17 de la Constitution de 2011 reconnaît aux Marocains résidant à l’étranger les « droits de pleine citoyenneté », notamment le droit d’être électeurs et éligibles. Il prévoit explicitement la possibilité de candidater aux élections au niveau des listes et des circonscriptions locales, régionales et nationales, et renvoie à la loi la définition des modalités d’exercice du vote et de la candidature depuis les pays de résidence.

Or, dans les programmes examinés, la question de la traduction concrète de cette citoyenneté électorale reste relativement peu développée. L’USFP constitue l’une des exceptions les plus explicites : il propose « des circonscriptions électorales spécifiques aux Marocains du monde ». L’Alliance de gauche va plus loin dans le diagnostic. Elle relève l’absence de représentation parlementaire directe et propose, à l’horizon 2031, la création de circonscriptions électorales à l’étranger. Elle souligne également le maintien du vote par procuration après les discussions sur les lois électorales de 2025.

Le Mouvement populaire, lui, propose un « dialogue national » sur la participation politique des MRE et la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles relatives à leur participation aux institutions consultatives et aux instances de gouvernance.

Le PJD évoque pour sa part la « participation politique et institutionnelle » et une représentation transparente et démocratique au sein des institutions consultatives, mais sans détailler, dans l’extrait étudié, un mécanisme de représentation parlementaire directe.

L’article 17 est beaucoup plus précis que plusieurs des programmes qui prétendent pourtant renforcer la participation politique des MRE.

Autrement dit, l’article 17 est beaucoup plus précis que plusieurs des programmes qui prétendent pourtant renforcer la participation politique des MRE.

Autre convergence forte : la réforme de l’architecture institutionnelle consacrée aux Marocains du monde. 

Autre convergence forte : la réforme de l’architecture institutionnelle consacrée aux Marocains du monde. L’USFP, le PJD et le Mouvement populaire proposent tous, avec des formulations différentes, de revoir ou d’achever le cadre institutionnel, notamment autour du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger et de la future Fondation Mohammed VI pour les Marocains résidant à l’étranger. Les programmes des neuf partis focalisent sur les questions économiques et d’investissement. 

L’USFP, le PJD et le Mouvement populaire proposent tous, avec des formulations différentes, de revoir ou d’achever le cadre institutionnel. 

Investissement, transferts et compétences : le grand terrain de consensus

Les programmes des neuf partis focalisent surtout sur les questions économiques et d’investissement. 


Le point commun concerne l’économie. L’Istiqlal propose une « Charte des Marocains du monde », des solutions numériques nationales pour les transferts, des tarifs bancaires transparents et un guichet unique pour l’investissement. Son dispositif prévoit également « un dirham public pour trois dirhams investis » afin d’orienter l’épargne des MRE vers l’investissement productif dans les régions.

L’USFP avance un fonds destiné à soutenir les investissements des MRE dans les régions et un « passeport de l’investisseur marocain à l’étranger ». Le parti propose également une plateforme mondiale des compétences marocaines, permettant notamment la participation à distance des experts établis à l’étranger.
Le Mouvement populaire reprend cette logique sous une autre forme avec une « Dar Al Mouhajir » dans chaque région, chargée notamment d’accompagner l’investissement, les démarches administratives, l’orientation juridique et la mise en relation des compétences avec les universités et les entreprises.

Le PPS se limite à un objectif général de mobilisation de l’épargne détenue par les Marocains du monde, tandis que le RNI les intègre parmi les bénéficiaires d’un fonds de prêts productifs sans intérêts.

Le consensus est donc particulièrement fort sur l’épargne, l’investissement, le transfert de compétences et la simplification administrative. Il l’est moins lorsqu’il s’agit de transformer cette contribution économique en pouvoir politique.

Une diaspora, un poids économique considérable

Le Maroc compte plus de six millions de Marocains résidant à l’étranger, répartis dans plus de 100 pays, selon le département chargé des MRE. Le HCP recensait déjà près de 5,1 millions de MRE immatriculés dans les consulats en 2021, soit environ 14 % de la population résidant au Maroc, tout en précisant que ce chiffre ne couvre pas l’ensemble des personnes d’origine marocaine vivant à l’étranger.

Son poids économique est particulièrement visible à travers les transferts. Ceux-ci ont atteint 122 milliards de dirhams en 2025, contre 119 milliards en 2024, selon l’Office des changes. À fin juillet 2026, ils s’élevaient déjà à 74,8 milliards de dirhams, en hausse de 8,1 % sur un an.

Ces chiffres permettent de comprendre pourquoi l’investissement, l’épargne et les transferts occupent une place aussi importante dans les programmes électoraux. Mais ils posent également une autre question : à une communauté dont le poids démographique, économique et culturel est aussi important, les partis proposent-ils une place politique à la même hauteur ? Dans les programmes examinés, la réponse reste partielle : la participation est largement reconnue comme objectif, mais sa traduction en représentation élective et en accès effectif au vote et à la candidature depuis l’étranger demeure encore inégalement définie.

À Lire aussi
  • Entre le Maroc et la Grèce, une entente sur les migrations

    Le 7 septembre 2026, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères était en visite à Athènes pour rencontrer son homologue grec, Giorgos Gerapetritis. La partie grecque, connue pour une politique migratoire dure s’est montrée élogieuse à l’égard du Maroc, un soutien bienvenu pour Rabat dans le contexte de post-Sebta. Les détails.

    Greece maroc

    Actualités

  • Migration : Rabat rompt le silence sur la crise de Sebta

    Dans une déclaration officielle diffusée le 10 septembre, le ministère des Affaires étrangers du Maroc dresse le bilan de sa relation avec l'Espagne.

    Bourita 850x560

    Actualités

  • Sebta : Tardón met le Maroc au cœur de l’enquête judiciaire. 

    La justice espagnole ouvre une enquête « pour atteinte à l'intégrité territoriale » de l'État après l'entrée massive des 30 et 31 juillet à Sebta. La juge María Tardón met en cause un rôle actif des forces de sécurité marocaines dans le franchissement de la frontière. De son côté, le gouvernement déclassifie 40 documents sur les événements. …

    Actualités

  • Inscrivez-vous à la Newsletter des Sans Voix 


    Contre l’info-obésité, la Newsletter des Sans Voix