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Mounbir, crayon et Années de plomb

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Quatre ans de prison ferme pour des dessins du roi : le jeune graffeur Yasser Mounbir, 22 ans, rejoint la liste des artistes frappés par une répression devenue judiciaire. Des Années de plomb à l’ère Mohammed VI, la méthode a changé de forme, pas de fond. Editorial.

Dans la nuit du 30 au 31 octobre 2026, une partie des Marocains avait les yeux rivés sur le Conseil de sécurité de l’ONU et son vote sur le dossier du Sahara, décisif pour la suite d’un conflit régional qui n’a que trop duré. La Russie a mis son veto au projet américain et le mandat de la MINURSO n’a pas été renouvelé : à première vue, cette issue est défavorable au Maroc.

Au même moment, à minuit, un autre verdict était attendu au tribunal de première instance de Casablanca, chambre correctionnelle. La juridiction a prononcé une peine extrêmement sévère à l’encontre du jeune graffeur Yasser Mounbir, 22 ans : quatre ans de prison ferme et 40 000 DH d’amende, au terme d’un procès de 18 audiences, après une arrestation en juin 2026.

Son délit : « atteintes à des instances constitutionnelles », c’est-à-dire à la personne du roi, et « insulte envers des agents de la fonction publique », à travers des dessins et des caricatures. Ces dessins peuvent prêter à discussion, pour leur « maladresse » ou leur « mauvais goût », mais ce débat relève de la liberté de création et d’opinion. Il n’avait pas sa place dans un tribunal, avec le Code pénal pour grille d’évaluation. Ce travail artistique reste marginal et à contre-courant. Il fait écho au rap de L7a9ed, il y a une quinzaine d’années, ou à celui d’un autre jeune rappeur, L7assel, de son vrai nom Souhaib Qabli, qui vit à Taza et a été condamné pour sa dénonciation directe de la normalisation avec l’État d’apartheid.

Le procès de Mounbir s’inscrit dans la droite ligne des procès visant les jeunes artistes proches de la GenZ212. Avant lui, Hamza Raid, L7assel, Mehdi Black Wind et T-Flow ont subi une forme de punition sécuritaire et judiciaire, qui vise ce milieu artistique underground, qu’il soit installé au Maroc ou à l’étranger.

« Le dessin de Mounbir : Ce débat relève de la liberté de création et d’opinion. »

J’estime que cette nouvelle vague de répression doit être replacée dans son contexte. Les sorties provocantes de Mahmoud Archane, haut responsable de la police nationale durant les Années de plomb, ne sont pas étrangères à ce climat de régression. L’ancien commissaire, accusé à de multiples reprises de torture par des prisonniers politiques de cette période, cherche à se blanchir de ces accusations et trouve une validation auprès de la cheffe du gouvernement, qui ne répond pas à ses réprimandes au Parlement (voir notre édito « Le défi de Archane : oui, mais devant un juge »). 

Ce climat, installé à la fois par des acteurs des Années de plomb et par leurs relais médiatiques, facilite la mise en œuvre d’une politique pénale de répression des jeunes voix dissidentes, même minoritaires, même marginales.

Dans ce contexte, le parallèle s’impose entre la génération des Années de plomb sous Hassan II et celle de l’ère Mohammed VI et de la soi-disant « transition démocratique ». La première a connu les enlèvements, la pratique systématique de la torture, la détention dans des prisons secrètes, les procès de façade, les exécutions sommaires : l’ensemble des pratiques décrites dans les rapports de l’Instance équité et réconciliation (IER) comme dans les mémoires d’anciens prisonniers politiques.

Les (très) jeunes prisonniers politiques de l’ère Mohammed VI ont droit, eux, à une convocation devant la police judiciaire, à une détention sous la supervision du parquet, à un procès officiellement équitable : bref, à tout le formalisme qui sauve les apparences. Un « respect » déguisé que des officines comme le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) ou la Délégation interministérielle aux droits de l’Homme (DIDH) peuvent répéter à Genève ou auprès des « partenaires » du Maroc.

« La liste est longue, un crayon ne suffira pas à l’écrire sur les murs d’une seule prison marocaine. »

Sur le fond, ce sont les mêmes pratiques, sous une forme judiciaire. À la place de la torture comme outil systémique pour briser des vies, la nouvelle ère fait de la prison un système pour faire plier les embryons de résistance et toute contestation. Bien sûr, en cas de révolte majeure, comme ce fut le cas dans le Hirak du Rif, les anciennes pratiques sont remises en service : la torture et les mauvais traitements subis par les détenus de cette région sont de notoriété publique.

« Sur le fond, ce sont les mêmes pratiques qui traduisent la répression sous une forme judiciaire. »

Yasser Mounbir s’ajoute à la longue liste des victimes de la répression politique dans ce pays, aux côtés de Saida El Menbhi, Saida El Alami, Nasser Zefzafi ou Abdelhak Chbada. La liste est longue : un crayon ne suffira pas à l’écrire sur les murs d’une seule prison marocaine.

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