À Gaza, l’IA témoin et complice d’un génocide
Aujourd’hui émerge un nouveau paradigme : l’image générée par intelligence artificielle. Ces représentations aseptisées, aux contours parfaits et aux émotions calibrées, opèrent une rupture fondamentale avec leurs prédécesseurs. La guerre à Gaza a été un laboratoire de cet usage.
La représentation visuelle de la guerre accompagne l’humanité depuis toujours. Des peintures rupestres aux fresques historiques, l’homme a constamment cherché à immortaliser les conflits. L’avènement de la photographie a marqué un tournant décisif : l’image est devenue témoignage direct, capture d’un instant réel. La vidéo a poursuivi cette tradition documentaire. Ces médiums, malgré leurs limites et leur subjectivité inhérente, conservaient une connexion tangible avec la réalité qu’ils représentaient.
Aujourd’hui émerge un nouveau paradigme : l’image générée par intelligence artificielle. Ces représentations aseptisées, aux contours parfaits et aux émotions calibrées, opèrent une rupture fondamentale avec leurs prédécesseurs. Elles produisent des visions épurées du conflit, où disparaissent progressivement le sang, les corps mutilés, les enfants blessés – bref, la vérité crue de la guerre.
Ces créations numériques, souvent partagées comme expressions de solidarité, accomplissent paradoxalement un effacement des réalités les plus brutales.
Ces créations numériques, souvent partagées comme expressions de solidarité, accomplissent paradoxalement un effacement des réalités les plus brutales. Elles offrent une distance confortable, permettant d’observer la tragédie sans confrontation véritable avec son horreur. Elles deviennent le refuge idéal pour qui souhaiterait témoigner sans véritablement voir ni ressentir.
Ces images fabriquées par l’IA ont envahi les réseaux sociaux. Des dizaines de millions de personnes ont partagé, par exemple, une image imaginée de Rafah avec le slogan “All Eyes on Rafah”, sans savoir qu’elle n’a jamais représenté la ville. Créée de toutes pièces, elle s’est imposée comme la représentation de la catastrophe, au détriment des vraies photos, des vraies douleurs.
Ces images volent à la cause palestinienne son espace visuel. Elles en assèchent le récit. Elles uniformisent la souffrance et la transforment en objet de consommation douce, sans aspérités.
En se substituant aux documents authentiques, ces images volent à la cause palestinienne son espace visuel. Elles en assèchent le récit. Elles uniformisent la souffrance et la transforment en objet de consommation douce, sans aspérités.
Elles simplifient, elles répètent, elles diluent.
Et dans ce processus, elles imposent une narration unique, celle qui convient aux plateformes, à leur logique commerciale, à l’Occident majoritaire.
Les images créées par l’AI ne naissent pas du néant. L’intelligence artificielle s’appuie sur ce qu’elle a appris : des milliers de représentations, des codes, des modèles. Elle en tire des images “acceptables”, souvent dépolitisées, vidées de toute violence frontale.
Ce processus, bien qu’automatique, est profondément politique. Il impose un filtre idéologique sur la manière de représenter les conflits. Il réduit l’espace de représentation à un consensus mou, déshumanisé, au service de l’inertie.
Ce n’est pas seulement un blanchiment de l’horreur : c’est une complicité.
En rendant l’atrocité plus facile à regarder, ces images participent à la mise en doute. Elles créent du soupçon. Si cette image est fausse, pourquoi pas les autres ?
Et soudain, c’est toute la réalité de l’extermination, du déplacement forcé, du nettoyage ethnique à Gaza qui est mise en question.
Créer une image avec l’IA, ce n’est pas seulement choisir de représenter une cause. C’est aussi, souvent lui enlever sa voix. C’est remplacer les cris, les corps, les témoignages réels par une esthétique creuse, froide, sans âme.
, c’est trahir leur réalité et déformer la vérité…Et cela rejoint, tristement, les dynamiques de certaines formes de militantisme occidental, où le soutien devient une confiscation du récit.
L’IA peut être un outil. Elle peut aider les photographes à trier, classer, archiver. Mais elle est aussi, et de plus en plus, une arme.
De nombreuses enquêtes ont mis en lumière l’usage direct de ces technologies par Israël pour mener des frappes plus rapides, plus étendues et d’une précision redoutable
D’ailleurs, de nombreuses enquêtes ont mis en lumière l’usage direct de ces technologies par Israël pour mener des frappes plus rapides, plus étendues et d’une précision redoutable avec, entre autres, le soutien notable de Microsoft, qui a épaulé Israël depuis le début de cette guerre.
L’intelligence artificielle, ici, n’illustre plus la guerre : elle la mène.
A suivre…