Les journalistes à Gaza : Tuer pour effacer la vérité

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Depuis le début de la guerre à Gaza, plus de 220 journalistes ont été tués par Israël, ciblés à chaque couverture de terrain, dans une tentative échouée de faire taire la vérité. Tribune.

Le 16 avril 2025, Fatima Hassouna, photographe à Gaza, a été tuée, accompagnée de 11 membres de sa famille.

Le 16 avril 2025, Fatima Hassouna, photographe à Gaza, a été tuée, accompagnée de 11 membres de sa famille. Ils l’ont tuée parce qu’ils ont peur. Peur de la vérité. Parce que la vérité les menace, parce qu’ils sont les véritables terroristes. Fatima rêvait grand. Elle rêvait d’un monde meilleur, depuis Gaza, sa belle Gaza.

Fatma rêvait de faire voyager ses histoires à travers le monde. Elle était si heureuse à l’idée que son film allait être présenté à Cannes. Elle avait défié toutes les contraintes, toutes les horreurs, pour documenter Gaza, pour dire l’indicible : le génocide, les assassinats, l’effacement de tout un peuple.

Elle n’a jamais cédé. Ni à la peur, ni à la mort. Elle croyait à la puissance de son objectif, à la force de ses mots. Elle rêvait, cette jeune fille aux yeux remplis de lumière.

Elle n’a jamais cédé. Ni à la peur, ni à la mort. Elle croyait à la puissance de son objectif, à la force de ses mots. Elle rêvait, cette jeune fille aux yeux remplis de lumière. Je me souviens de ce qu’elle racontait à notre ami Mohammed : elle voulait faire une exposition sur les photos de la mer. Elle avait même trouvé un nom pour son projet. Elle voulait juste que son travail touche le monde.

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Fatma voulait tout. Être tout à la fois. Elle voulait créer, transmettre, raconter. Elle voulait vivre. Elle voulait faire entendre Gaza. Et même quand tout s’effondrait autour d’elle, elle n’a jamais cessé d’y croire. Jusqu’à son dernier souffle.

Quand j’écoute l’un de ses derniers vocaux, la rage me monte. Une rage brûlante contre ce monde hypocrite, malade, complice. Un monde qui tolère ce génocide, qui regarde ailleurs depuis un an et plutôt, depuis 76 ans.

Fatma ne voulait pas mourir dans l’oubli. Elle avait demandé à ses amis de parler d’elle, de ne pas la laisser s’éteindre en silence.
Elle disait :

« Je suis heureuse que mes photos voyagent à travers le monde, qu’elles soient vues, qu’elles vivent peut-être plus longtemps que moi. C’est ce qui me rassure. »

Fatma a été tuée. On ne l’oubliera pas, cette “Fatim” comme ses proches l’appelaient affectueusement. Comme Mohammed me confiait quand je lui ai demandé de la décrire : “Elle était rêveuse.” Nous ne pardonnerons jamais son assassinat.

Ni le sien, ni celui de plus de 200 journalistes tués. Ni celui des 50,000 morts et plus de 115,000 blessés à Gaza. Ni celui des otages torturés et tués dans différentes prisons.

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Nous n’oublierons pas ces corps brûlés jusqu’à la mort devant nos propres yeux, diffusés en direct sur nos plateformes numériques dont notre confrère Ahmad Mansour, brûlé vifs sur sa chaise. Nous n’oublierons pas les 15 travailleurs humanitaires du Croissant-Rouge palestinien délibérément ciblés.

Nous n’oublierons pas les cris du père de notre confrère Mohamed Mansour : “Ehki” – “Parle”, disait le père de notre confrère Mohamed Mansour. 

Nous n’oublierons pas les cris du père de notre confrère Mohamed Mansour : “Ehki” – “Parle”, disait le père de notre confrère Mohamed Mansour, assassiné avec le journaliste Hossam Shabat. Il tendait un micro à son fils mort, en pleurant :

“Parle encore. Dis-leur. Dis-leur ce que nous vivons.”

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Je regardais cette scène, le cœur brisé. Et une seule question me hantait :
Mais à qui parler, à qui raconter et à quoi cela serviraiil ?
À ce monde sourd ?
À ce monde qui détourne les yeux ?
À ce monde complice ?

Alors oui, parlons.
Parlons-en au nom de ce peuple qui compte 51000 martyrs hormi ceux sous les décombres.
Au nom de Hind, de Youssef, de RouhElrouh, de Hamza, Ismail, Mustapha, Mahmoud, Islam, Fatim, Assame, Hassan, Ibraheem, Samer, Ismael, Salim, Alaa….

Parlons-en encore. et encore et Toujours.
Parcequ’ils   ne pourront jamais tuer la mémoire.
Parce qu’ils ne pourront jamais éteindre nos voix.

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