A Rabat, récit de de deux jours de répression de GenZ 212

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Les 27 et 28 septembre 2025, plusieurs villes marocaines ont été le théâtre d’une mobilisation de jeunes réunis sous la bannière du collectif “GenZ 212”. Une génération née avec Internet, qui a choisi les réseaux sociaux pour s’organiser et qui ce soir-là voulait descendre dans la rue afin de réclamer deux droits élémentaires : apprendre…

À Rabat, le rendez-vous était fixé à 18h. Mais bien avant, dès 17h, l’avenue Mohammed V avait déjà pris des allures de camp retranché : policiers en uniforme et en civil, fourgonnettes stationnées aux quatre coins, barrages improvisés. 

Une jeunesse face à la répression 

À 17h30, aux abords de l’hôtel Balima, la scène devient répétitive : des jeunes arrivés seuls ou par petits groupes sont contrôlés, sommés de présenter leur carte nationale, parfois embarqués sans explication. La presse nationale et quelques correspondants étrangers observent, mais eux aussi sont rappelés à l’ordre : cartes de presse vérifiées, identités scrutées, présence questionnée.

À l’heure dite, les premiers jeunes tentent timidement d’apparaître. Ils n’ont pas le temps de se rassembler. Les forces de l’ordre dispersent, interpellent, courent dans tous les sens. Les arrestations s’enchaînent, du haut de l’avenue jusqu’au cinéma Renaissance. Dans la confusion, un jeune réussit à crier : « Nous sommes pacifiques et vous nous opprimez ! Nous ne sommes pas des criminels. Nous voulons un Maroc de justice, d’hôpitaux, d’éducation ! Est-ce trop demander pour un pays qui s’apprête à accueillir la Coupe du monde ? » Autour de lui, des sifflets éclatent, des voix scandent « liberté, dignité, justice sociale », avant que la police n’intervienne à nouveau.

Parmi les personnes arrêtées figurent des visages connus : l’avocat Farouk Elmahdaoui, élu à Rabat pour la Fédération de la gauche, appréhendé alors qu’il passait devant le Parlement ; plus tard dans la soirée, le militant Abdelhamid Amine, ex-président de l’AMDH, interpellé alors qu’il voulait simplement donner une déclaration à la presse. Ce 27 septembre, être jeune, militant, ou simplement marcher dans le centre de Rabat suffisait pour être arrêté.

Un participant, avant d’être lui aussi conduit de force vers une fourgonnette, prend le temps de déclarer aux caméras : « Ce n’est pas normal qu’on construise des stades géants alors que nos hôpitaux manquent de tout et que notre école publique s’effondre. Nous demandons des droits fondamentaux, et on nous répond par la répression. » Un sourire aux lèvres, il est aussitôt saisi par quatre agents. Dans un geste théâtral, il lève la main en signe de victoire, sous les huées et les protestations des journalistes sommés de s’éloigner.

La chasse aux manifestants se poursuit jusque tard dans la soirée, du Parlement jusqu’à Bab El Had, en passant par le boulevard El Joulan où militants et proches réclament la libération de leurs camarades.

Le lendemain, 28 septembre, la contestation rebondit en ligne. Les réseaux sociaux s’embrasent d’indignation et appellent à de nouveaux rassemblements à 16h, dans plusieurs villes du pays. Les points de rendez-vous changent, comme pour déjouer l’anticipation policière. Mais le bras de fer semble déjà lancé : entre une jeunesse qui refuse de se taire et des autorités qui entendent maintenir coûte que coûte le contrôle de la rue.

28 septembre : la violence monte d’un cran

Le lendemain, dimanche 28 septembre, le rendez-vous était donné à 16h sur la place Bab El Had. À l’arrivée, la presse est déjà sur place. Mais la tension est palpable : policiers en uniforme et en civil encerclent la place, fourgonnettes alignées aux abords. Les consignes fusent à l’adresse des journalistes : « Mettez un gilet, un signe distinctif… » ; « Pas d’images sans autorisation ». Chaque caméra levée, chaque téléphone brandi attire aussitôt un agent exigeant des justifications.

Quelques minutes plus tard, les premières arrestations tombent. En un quart d’heure, près de douze jeunes sont interpellés. Le silence s’installe pendant plus d’une demi-heure, avant que le même scénario ne se répète un peu plus loin, vers la place El Joulan. Là encore, la police occupe le terrain, en civil comme en uniforme. À 17h, les premiers groupes de jeunes tentent timidement de se rassembler. Les fourgonnettes redémarrent aussitôt, les agents courent dans tous les sens, arrachent les manifestants et les entassent dans les véhicules. Un jeune crie en anglais : « I DID NOTHING! I AM JUST PROTESTING FOR MY RIGHT! ». Ses mots se perdent dans le bruit des portières qui claquent.

Puis, par vagues, d’autres jeunes affluent. Les slogans résonnent : « Liberté, dignité, justice sociale ! ». La police charge à nouveau. Arrestations brutales, coups, cris. Un jeune arrêté esquisse malgré tout un sourire, lève la main en signe de victoire avant d’être emmené. D’autres sont saisis jusque dans les cafés alentour : un jeune, assis, une cigarette à la main est pris sans explication malgré ses protestations.

Vers 19h, un grand groupe parvient à se rassembler devant le Parlement. Les forces de l’ordre encerclent, resserrent l’étau, poussent pour disperser la foule. Une jeune fille hurle : « Ne me touche pas ! Nous crions pour toi, pour vos enfants, pour nos frères et sœurs ! Si c’était ta fille, accepterais-tu qu’on l’arrête, qu’on la frappe ? Nous sommes vos enfants, nous voulons un Maroc meilleur, un Maroc de justice ! ». À ses côtés, une femme entonne aussi des slogans. Quelques instants plus tard, la répression s’abat : coups, répressions, nouvelles interpellations.

Dans une ruelle adjacente, deux jeunes sont acculés. « Laisse-moi ! Je n’ai rien fait ! » hurle l’un, tandis que son ami tente de résister à quatre policiers lancés à leurs trousses. Une porte s’ouvre, ils sont poussés à l’intérieur. Quelques minutes après, le jeune réapparaît, une trace rouge de gifle sur le cou. Il crie : « Vous êtes des hagara ! Vous m’avez agressé alors que je ne manifestais pas ! Vous faites semblant que vous avez rien fait devant les caméras, mais vous m’avez tabassé, Heguara! ». Malgré ses protestations, il est embarqué vers le poste de police de Bab El Had, puis transféré au commissariat à  El Joulan.

Partout en ville, les mêmes scènes se répètent : slogans jaillissant d’un coin de rue, poursuites, arrestations. La soirée s’étire ainsi, rythmée par les charges policières et les cris des jeunes de la Génération Z qui, malgré la répression, scandent inlassablement : « Liberté, dignité, justice sociale ! ».

Au cœur des slogans, un grief implacable s’impose : des milliards engloutis dans la Coupe du monde 2030 et les méga-projets, alors que les hôpitaux manquent de lits, les écoles de professeurs, et les jeunes de perspectives. La vie quotidienne se heurte à l’explosion des prix, au chômage des diplômés, aux inégalités qui fracturent l’accès aux droits les plus élémentaires. Derrière ces cris, une vérité brute se dessine : avant les stades et les vitrines, c’est la dignité et les services de base qui doivent être financés. Car un peuple sans soins, sans éducation et sans justice sociale n’applaudira jamais dans les gradins…

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