Affaire de pédophilie : L’Église répond…
Cristóbal Cardinal López Romero, archevêque de Rabat, répond aux questions de ENASS.ma, à la suite de la publication de l’enquête sur les abus sexuels d’un prêtre catholique au sein de la paroisse de Casablanca.
L’abbé Antoine est soumis depuis mars 2025 à six « mesures conservatoires » d’une durée d’un an, renouvelables durant trois ans.
Les décisions prononcées par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi à Rome sur l’affaire « Antoine Exalmens » confirment la gravité des faits révélés par ENASS.ma. L’abbé Antoine est soumis depuis mars 2025 à six « mesures conservatoires » d’une durée d’un an, renouvelables durant trois ans.
Mesures de Rome
« Le père Antoine a été entendu par la police judiciaire en France, à la demande du Procureur de la République. »
Le prêtre accusé d’abus sexuels contre des mineurs est invité à « poursuivre un accompagnement et un suivi thérapeutique constructifs sur le plan psychologique ; [et à] poursuivre un accompagnement spirituel ». Le prêtre est suspendu et n’est plus autorisé à « célébrer aucun sacrement en public, et [à] ne pas faire valoir publiquement la qualité de prêtre ».
L’abbé Antoine est interdit aussi « d’entretenir aucun contact avec des personnes mineures sans la présence d’une autre personne majeure ». Ni « d’entrer et [d’]être en relation avec les personnes migrantes qu’il accompagnait dans le cadre de sa mission pastorale au Maroc ».
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Il est également « assigné à résidence dans la communauté Jésuite de Saint-Étienne pour la durée des investigations et des décisions judiciaires en France et au Maroc ». Il s’agit de mesures classiques prises à l’encontre des nombreux prêtres accusés dans des affaires de violences sexuelles à travers le monde.
« Je tiens à redire, avec gravité et compassion, que toute situation d’abus ou d’atteinte à la dignité humaine blesse profondément l’Église. »
Face à la gravité des faits, le Cardinal Cristóbal López Romero déclare à ENASS.ma : « Je tiens à redire, avec gravité et compassion, que toute situation d’abus ou d’atteinte à la dignité humaine blesse profondément l’Église et contredit son message. C’est pourquoi nous avons mis en place une cellule d’écoute ouverte à toute personne souhaitant parler, témoigner ou être accompagnée. » Mais quid de l’enquête judiciaire ?
Une enquête judiciaire en France
« Dès que les faits ont été portés à notre connaissance, nous avons engagé les démarches prévues par le droit de l’Église et coopéré pleinement avec les autorités civiles compétentes, au Maroc comme à l’étranger. »
L’information importante à retenir est qu’une enquête est ouverte par le Procureur de la République. Pour le chef de l’église catholique au Maroc, l’affaire est considérée avec fermeté : « Dès que les faits ont été portés à notre connaissance, nous avons engagé les démarches prévues par le droit de l’Église et coopéré pleinement avec les autorités civiles compétentes, au Maroc comme à l’étranger, en leur transmettant les résultats de notre enquête », poursuit le Cardinal López Romero.
ENASS.ma avance que le père Antoine a pris la fuite dès le dépôt de la plainte en mai 2024 au niveau du Parquet général de Casablanca. Une affirmation que l’Église à Rabat dément : « Il est totalement inexact d’affirmer que le Père Antoine serait en fuite. Il est actuellement assigné à résidence, en connaissance des autorités religieuses et civiles, et a été entendu par la police judiciaire en France, à la demande du Procureur de la République. Il demeure à la disposition des autorités compétentes. »
Sur les autres faits, le Cardinal López Romero reste prudent : « Pour le moment, il ne nous est pas possible de commenter d’autres aspects de cette situation, par respect pour les personnes concernées et parce que nous ne disposons pas nous-mêmes du contenu des enquêtes actuellement menées par les autorités judiciaires. »
Enfin, le Cardinal López Romero annonce à ENASS.ma dans sa réponse : « Nous avons également pris en charge la scolarisation, l’hébergement, les frais de vie et le suivi psychologique de la seule victime mineure que nous connaissons. »
Seul bémol : La même institution, dont un des membres a été l’abuseur et l’accusé principal, peut-elle avoir la charge de la protection de la victime ? Problématique !
Une prise en charge qui questionne le rôle des autres parties dans ce dossier : le HCR au Maroc (la victime mineure est demandeur d’asile), les instances marocaines de protection de l’enfance, le parquet au Maroc…