Carnet d’été : La Méditerranée entre circulation et enfermement   

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Durant cette année 2025, j’ai eu la chance de visiter des villes situées sur le bord de la Méditerranée. C’était un tour entre Algerisas, Marseille, Palerme, Tanger et Fnideq. Dans ces villes-frontières créés autour de la circulation, l’enfermement prend désormais le dessus. Chronique.

Tanger Med n’est pas un port, mais une forteresse. Barbelés, grillages, chiens de garde, agents de sécurité sous leurs différentes formes, un accès est filtré.

À Algerisas comme à Tanger, la circulation des personnes et des marchandises à raison d’être de géants portuaires en concurrence (Tanger Med et le port d’algerisas). Dans ces espaces logistiques, la mondialisation « heureuse » se maintient sous très haute surveillance. Tanger Med n’est pas un port, mais une forteresse. Barbelés, grillages, chiens de garde, agents de sécurité sous leurs différentes formes, l’accès est filtré. La ligne de séparation entre le « Premier monde » et le Tiers monde est visible, nette et violente. À une exception près…

La ligne de séparation entre le « Premier monde » et le Tiers monde est visible, nette et violente.

Les Marocains du monde (MdM) jouent, chaque été, aux trouble-fêtes dans ce monde de la circulation méditerranéenne et ses normes eurocentrées. Le joyeux chaos créé par le passage de plusieurs centaines de milliers de Marocains, déstabilise le système frontalier européen. L’Etat marocain s’y adapte et leur dit un Marhaba intéressé. Les Espagnols et les Européens les accueillent à contre-cœur. 

Les Marocains du monde (MdM) jouent chaque été aux trouble-fêtes. Bienvenu dans le monde de la circulation méditerranéenne et ses normes eurocentrées.

 

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L’arrivée à Algerisas en Espagne ne permet en aucun cas de percevoir le changement entre le port de Tanger Med et celui de cette petite localité espagnole, tournée vers la mer. Algésiras est une ville-passage des marchandises, des véhicules et camionneurs. Le contrôle frontalier est plus souple mais reste lent. Le temps d’attente peut s’avérer exténuant pour les familles marocaines traversant pour le sud ou le centre de l’Europe. 

Une autre escale méditerranéenne pour moi était Marseille. Ville ouverte sur la mer, ville ouverte sur le monde, ville diversifiée avec une population multiculturelle, méprisée et stigmatisée. Marseille c’est la Méditerranée des pauvres, du moins la partie où sont « parquées » les classes populaires racialisées. Marseille est la ville des « Indésirables ». Marseille est la ville de l’insécurité, à l’image de sa Méditerranée, mer insécure et meurtrière. Arriver à Marseille serait le signe d’être un survivant, ou un rescapé. 

Marseille serait à l’image de la Méditerranée des pauvres, du moins la partie où sont « parquées » les classes populaires racialisées.

C’est la raison pour laquelle la France et l’Europe la dénigrent la révulsent Marseille est considérée comme étant une ville du Tiers monde, aux infrastructures du « Premier monde ». Marseille est une belle ville. Une cité séduisante comme son terrain mythique, le Vélodrome. Marseille est un vestige colonial où les descendants des ex-colonisés trouvent un refuge, une halte en attendant de poursuivre leur chemin dans le « Vrai » Vieux continent.  

Ma troisième halte en Méditerranée était la ville sicilienne de Palerme, un coup de cœur. Sur les marges de la Méditerranée, une ville tient tête au régime frontalier. Elle continue de recevoir des migrants qui échouent à Lampedusa. Ces derniers créent leur système de solidarité et d’entraide. Bien sûr, rien n’est parfait dans cet espace urbain liminaire pour les primo-arrivants. Le racisme monte crescendo comme ailleurs en Europe. Mais à Palerme, on sent et on observe une dynamique différente de celle qu’on retrouve dans plusieurs villes européennes. À Moltivolti, un restaurant multiculturel où siègent une dizaine d’associations qui travaillent avec les migrants, donnent le tempo de cette dynamique, de ses espoirs et ses difficultés.   

Cet été encore, la ville de Fnideq s’est transformée en forteresse.

Sur « notre Méditerranée », celle entre Tanger et Fnideq, la mer est devenue une grande barricade. Les jeunes marocains sont poussés plus loin des côtes pour ne pas tenter la traversée à la nage vers Sebta. Cet été encore, la ville de Fnideq s’est transformée en forteresse. Les violences aux frontières maritimes se multiplient. Le jeune marocain tabassé par des membres de la marine royale continue de panser ses blessures. La hiérarchie militaire promet « l’ouverture d’une enquête ». En attendant les résultats…bien entendu.           

Rappelons un chiffre essentiel : En 2024, plus de 2 316 migrants sont morts ou ont disparu en Méditerranée, selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), faisant de cette année une période particulièrement meurtrière pour les traversées migratoires en mer. Et ces chiffres restent inopportunément une valeur minimale. 

Deuxième chiffre essentiel : Sur les côtes marocaines, ils étaient au nombre de 700 migrants, dont des Marocains et des Algériens à avoir perdu la vie sur les routes méditerranées vers l’Espagne (Route de la mer d’AlBoran et la Route Algérienne). 

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