De quel genre de guerre s’agit-il ? Et dans quel but ?
La guerre d’agression israélo-américaine contre l’Iran a enflammé les réseaux sociaux du monde arabe, donnant lieu à des échanges verbaux virulents qui font écho aux flammes qui s’élèvent sur le terrain. Ce conflit a révélé des alliances tranchées et une profonde incompréhension de sa nature et de ses objectifs.
| Ali Anouzla traduit Ahmed Benseddik
L’opinion publique est désormais divisée entre partisans, qui y voient l’occasion d’éliminer un rival historique et un vieil ennemi religieux, et opposants, qui la considèrent comme une agression flagrante contre un État souverain et une violation manifeste des principes du droit international.
Au sein du camp pro-israélien, on trouve un large éventail de partisans de la normalisation des relations avec Israël et de sionistes qui ne cachent pas leur parti pris envers Israël, qu’il soit motivé par l’intérêt personnel ou l’idéologie, et qui n’hésitent pas à clamer leur hostilité envers la cause palestinienne. À leurs côtés, on trouve des salafistes idéologiquement rigides et dogmatiques qui perçoivent l’Iran à travers un prisme sectaire étroit, considérant toute attaque contre ce pays comme une victoire pour leur propre identité doctrinale. S’ajoute à cela une opinion publique influencée par la propagande occidentale, qui ne voit en l’Iran que son système politique et son bilan en matière de droits de l’homme, réduisant le pays à l’image de son régime théocratique et ignorant les complexités géopolitiques, les rapports de force et les dimensions stratégiques.
À l’inverse, un autre camp se forme en faveur de l’Iran, mais il ne s’agit pas d’un bloc monolithique. Certains le soutiennent aveuglément par allégeance idéologique au régime, tandis que d’autres sont motivés par le principe de rejet de toute agression contre la souveraineté des nations et de la logique d’imposer sa volonté par la force. D’autres encore voient dans la position de Téhéran sur la question palestinienne une justification suffisante pour le soutenir contre Israël. Entre ces deux camps, les questions fondamentales se perdent et les considérations de principe se mêlent aux conflits politiques, aux divergences sectaires et aux passions idéologiques.
Loin de tout ce tumulte, les questions les plus importantes à se poser sont peut-être les suivantes : À qui appartient cette guerre ? Quelles sont ses véritables justifications ? Et quels sont ses objectifs cachés ? Répondre à ces questions permet d’adopter la bonne position et de ne pas perdre de vue l’objectif, afin qu’aucune partie ne soit victime de tirs amis qui infligeraient des pertes encore plus importantes que les conflits qui ravagent actuellement la région. Lorsque nous observons la rhétorique américaine des premiers jours de cette guerre, nous la trouvons contradictoire ; tantôt elle prétend viser la destruction du programme nucléaire et des capacités balistiques, tantôt le renversement du régime et l’instauration de la démocratie, et tantôt elle nie les deux. Cette incohérence dans le discours officiel laisse penser que ce qui est déclaré ne reflète pas nécessairement la véritable intention, et que les objectifs sous-jacents dépassent largement le cadre des déclarations publiques destinées au grand public.
Déclarer la guerre sans autorisation claire du Congrès ni soutien international témoigne d’une tendance à mener une politique étrangère unilatérale.
Aux États-Unis, il est difficile de dissocier cette guerre des calculs politiques, personnels, psychologiques et géostratégiques du président Donald Trump. Déclarer la guerre sans autorisation claire du Congrès ni soutien international témoigne d’une tendance à mener une politique étrangère unilatérale. Son déclenchement, dans un contexte électoral délicat, lui confère une dimension tactique intérieure : s’agit-il de détourner l’attention des crises internes, notamment l’affaire Epstein, ou de se présenter à nouveau comme un « leader qui décide », un « sauveur » et un « artisan de la paix » dans un monde turbulent, après avoir mis fin à sept guerres d’un seul coup ? Même lorsqu’il déclenche un nouveau conflit, il prétend agir pour la paix. Ce n’est pas un hasard si cette guerre a été déclarée en année électorale, moins de neuf mois avant les élections de mi-mandat, dans un contexte où Trump craint de perdre sa majorité et de devenir un président en fin de mandat. Sur le plan stratégique, la lutte pour l’énergie et l’équilibre des pouvoirs mondiaux, en particulier face à la Chine, demeure un élément incontournable de toute analyse d’un contexte où géographie et économie sont étroitement liées.
S’agit-il de détourner l’attention des crises internes, notamment l’affaire Epstein, ou de se présenter à nouveau comme un « leader qui décide », un « sauveur » et un « artisan de la paix » dans un monde turbulent, après avoir mis fin à sept guerres d’un seul coup ?
L’objectif stratégique à long terme de Trump semble être de contrôler les plus importantes réserves et la plus grande production pétrolière mondiale. Après s’être emparé du pétrole vénézuélien, et s’il parvient à contrôler également celui de l’Iran, en plus de celui de son propre pays, il contrôlera plus de 33 % des réserves mondiales et 25 % de la production actuelle, ce qui lui permettra de remporter la victoire dans sa course existentielle contre la Chine, premier et dernier objectif de ses guerres, de Caracas à Téhéran.
L’objectif stratégique à long terme de Trump semble être de contrôler les plus importantes réserves et la plus grande production pétrolière mondiale.
Mais réduire cette guerre à sa seule dimension américaine reste une analyse incomplète, car il s’agit avant tout de la guerre d’Israël, et plus précisément de celle de son Premier ministre, le criminel de guerre Benjamin Netanyahu, recherché par la justice internationale. Il est parvenu à entraîner le président Trump dans cet enfer pour atteindre ses objectifs personnels, psychologiques et géostratégiques. Cet homme est confronté à des défis politiques et judiciaires internes, et la guerre a toujours été, dans l’histoire israélienne, un moyen de remodeler le paysage politique intérieur et de rallier le front derrière le pouvoir.Sur le plan personnel, toutes les guerres que Netanyahu a déclenchées sans jamais les terminer ne sont que des manœuvres pour se maintenir au pouvoir et échapper aux poursuites judiciaires qui le visent dans son pays. Ce n’est pas un hasard si cette guerre survient lors d’une année électorale cruciale pour son avenir, où il cherche à se faire réélire Premier ministre, ce qui lui garantirait quatre années supplémentaires et lui permettrait d’échapper à toute sanction. Sur le plan psychologique, l’arrogance du pouvoir et sa soif de sang, alimentées par un quart de siècle de guerres, l’ont conduit à se percevoir comme le héros historique d’Israël, combattant et vainquant les géants sur tous les fronts, un roi dont le nom mérite d’être immortalisé sur le prétendu temple. Sur le plan stratégique, il ne cache pas son ambition de remodeler l’équilibre des forces au Moyen-Orient afin de consolider la supériorité militaire et politique de son pays, d’affaiblir ses adversaires directs et indirects et d’imposer sa présence de l’Euphrate au Nil.
Mais réduire cette guerre à sa seule dimension américaine reste une analyse incomplète, car il s’agit avant tout de la guerre d’Israël, et plus précisément de celle de son Premier ministre, le criminel de guerre Benjamin Netanyahu, recherché par la justice internationale.
L’ensemble de ces éléments révèle que cette guerre n’est pas un événement spontané, mais bien un maillon d’une longue chaîne de guerres et de conflits s’étalant sur plusieurs décennies, depuis la première attaque israélienne contre le réacteur nucléaire irakien au début des années 1980, et avant cela, les guerres expansionnistes menées depuis l’occupation de la Palestine historique et les agressions subséquentes contre l’Égypte, le Liban, la Syrie et la Jordanie. Elle résulte également d’une accumulation de choix stratégiques opérés depuis la fin de la Guerre froide, des choix visant à démanteler et à restructurer les équilibres de puissance régionaux. Cela a commencé avec la politique de « double endiguement », mise à l’épreuve lorsque Washington a encouragé, financé et armé la guerre Iran-Irak pendant huit ans afin d’opposer les deux plus grandes puissances stratégiques de la région. Cette politique s’est poursuivie avec la guerre du « chaos créateur », débutant par la première guerre contre l’Irak, puis la seconde, et culminant avec les guerres civiles menées par procuration par des cellules terroristes, des milices mercenaires et des groupes séparatistes, de l’Irak et de la Syrie au Yémen au sud et au Soudan à l’ouest.
Sur le plan personnel, toutes les guerres que Netanyahu a déclenchées sans jamais les terminer ne sont que des manœuvres pour se maintenir au pouvoir et échapper aux poursuites judiciaires qui le visent dans son pays.
Il s’agit d’une guerre où le personnel et le psychologique s’entremêlent au stratégique, l’interne au régional, le déclarer au secret, l’éthique et la morale à l’opportunisme et à la trahison, les principes à l’intérêt personnel, le pragmatisme au réalisme, et l’émotion à l’idéologie. La comprendre exige de transcender les slogans, de maîtriser ses émotions et de dépasser l’idéologie afin de déconstruire les intérêts et de saisir les motivations. Ce n’est qu’alors que nous pourrons consciemment déterminer notre position et empêcher le cap de dévier, à une époque où les voix se mêlent et où les appels à l’unité sont assourdissants.
Comprendre cette guerre exige de transcender les slogans, de maîtriser ses émotions et de dépasser l’idéologie afin de déconstruire les intérêts et de saisir les motivations
Au cœur de tout cela se trouve une question fondamentale, le noyau du conflit, son commencement et sa fin : la cause palestinienne. Elle constitue l’axe central où convergent les lignes de conflit et autour duquel gravite une lutte d’influence, la définition de la résistance et l’avenir de la région. Considérée sous cet angle, cette guerre dissipe une grande partie du brouillard, la situation s’éclaircit et le discours s’élargit pour englober ce qui se passe de Gaza au Liban, en passant par la Syrie et l’Irak, jusqu’à Téhéran et le Yémen. L’affaiblissement de toute force considérée comme soutenant les Palestiniens s’inscrit dans un contexte plus large visant à anéantir les derniers vestiges de l’esprit de résistance dans le monde arabe, ouvrant la voie à la création d’un Grand Israël, s’étendant de Jérusalem jusqu’à la terre de Bilqis.
Au cœur de tout cela se trouve une question fondamentale, le noyau du conflit, son commencement et sa fin : la cause palestinienne.
S’aligner aveuglément sur un camp ou l’autre ne suffit pas à construire une position cohérente. Il faut d’abord définir les orientations : le critère est-il le sectarisme ? Ou les positions sur les libertés individuelles ? Ou le principe de rejet de l’agression et des abus de pouvoir ? Ou la place de la cause palestinienne dans l’ordre des priorités ? Faute de réponse claire, nous tournons en rond dans des débats stériles et menons des guerres virtuelles qui nous épuisent tandis que la situation dans la région se modifie sous nos yeux.