Ben Smim : Entre manne financière et défis de transparence
À la tête de la commune rurale de Ben Smim (Province d’Ifrane), Achour Lahssini gère un dossier sensible : l’exploitation de la source d’eau par l’unité industrielle locale. Entre un budget dopé par les taxes et une réelle difficulté à contrôler les volumes extraits, le président de la commune livre un diagnostic sans concession sur…
Pour la petite commune de Ben Smim, l’exploitation de l’eau de source n’est pas qu’un détail géographique, c’est le poumon économique de la collectivité.
Une manne financière vitale mais dépendante du climat
Achour Lahssini, qui apporte son expertise de cadre de la Trésorerie Générale du Royaume (TGR), est catégorique : « Ce projet est d’une très grande valeur ajoutée pour la commune. » Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les recettes liées à la taxe sur l’eau (0,10 DH par litre) constituent désormais « 80 % de nos recettes ».
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« L’année 2025 a été difficile, marquée par la sécheresse […] nos recettes sont tombées à 10 millions de DH. »
Cependant, cette dépendance expose la commune aux aléas climatiques. L’année 2025 en a été la preuve flagrante. « L’année 2025 a été une année difficile marquée par la sécheresse et même un arrêt momentané de la production, nos recettes ont baissé à 10 millions de DH », confie le président, loin des 15 millions atteints lors des années fastes. Malgré ce recul, la commune affiche un excédent budgétaire de 8 MDH, contre seulement 200 000 DH avant le début de l’exploitation.
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L’opacité des déclarations : le « maillon faible »
Le point de friction majeur réside dans la vérification des volumes réellement embouteillés. Faute de moyens techniques et humains, la commune doit se contenter des chiffres fournis par l’entreprise. « À mon arrivée à la présidence de la commune, nous recevions que des déclarations globales des litres d’eau extraites, sans autres détails », regrette Achour Lahssini.
« Dans l’état actuel de nos ressources humaines, je ne dispose pas du personnel pour effectuer ce travail de comparaison des déclarations. »
Le président pointe du doigt une faiblesse structurelle commune à de nombreuses municipalités rurales : l’impossibilité de croiser les données de production avec les bilans fiscaux. « Dans l’état actuel de nos RH, je ne dispose pas du personnel pour effectuer ce travail de comparaison », admet-il avec franchise. Une situation de blocage aggravée par le silence de l’administration fiscale : « Nous avons adressé des demandes à la direction régionale des impôts à Fès et la DGI au niveau national […] Malheureusement, nos demandes sont restées sans réponse. »
Durabilité : l’équilibre fragile de l’écosystème
Si l’exploitation actuelle se concentre sur la source émergente, l’inquiétude grandit quant à l’avenir des nappes souterraines. Pour Achour Lahssini, la vigilance est impérative pour éviter une catastrophe écologique dans cette région forestière. « Il faut rester vigilant car si on touche à la nappe phréatique c’est toute la forêt de Ben Smim qui est menacée », prévient-il, tout en précisant s’exprimer ici avec ses « inquiétudes de simple citoyen ».
« Si on touche à la nappe phréatique, c’est toute la forêt de Ben Smim qui est menacée. »
Sur le plan social, le président défend toutefois le bilan de l’usine, soulignant que « l’ensemble des douars de la Commune bénéficie de l’impact positif sur l’emploi », même si certains postes techniques nécessitent un recrutement national.
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Fort de ses nouveaux excédents budgétaires, Ben Smim tente de rattraper son retard en infrastructures. Avec un taux de raccordement à l’eau et l’électricité de 97 %, la commune se tourne désormais vers l’aménagement urbain. Face aux critiques sur l’état du centre, Achour Lahssini rappelle qu’un budget de « 2,5 MDH pour un aménagement à partir du budget de la commune » a été débloqué, incluant une nouvelle route d’accès pour désenclaver les douars environnants.