Face à la colère des réfugiés soudanais, les réponses du HCR Maroc 

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Depuis près d’un mois, des réfugiés soudanais se relaient chaque lundi devant le siège du HCR à Rabat, dénonçant des délais de traitement de dossiers jugés trop longs, la dégradation des services de soutien et le sentiment d’être laissés pour compte. Interview avec Muriel Juramie, représentante par intérim du HCR au Maroc sur cette situation.

Confrontés à des conditions de vie difficiles, et à ce qu’ils considèrent comme des manquements de l’agence, ils interpellent l’ONU sur sa capacité à répondre aux besoins des populations les plus vulnérables.  Dans ce contexte tendu, ENASS a rencontré Muriel Juramie, représentante par intérim du HCR au Maroc, pour faire le point sur la gestion de la situation dans le pays, les principaux défis et quelles sont les mesures mises en place pour assurer les droits des demandeurs d’asile et réfugiés au Maroc.

ENASS : Face à la réduction des financements internationaux, comment le HCR continue-t-il à assurer ses missions au Maroc ?

 

Depuis 2025, le HCR a été confronté à une véritable crise humanitaire et financière, entraînant une réduction de 30 % de ses programmes à l’échelle mondiale. 


Muriel Juramie : Depuis 2025, le HCR a été confronté à une véritable crise humanitaire et financière, entraînant une réduction de 30 % de ses programmes à l’échelle mondiale, ainsi qu’une diminution équivalente de son personnel. Le bureau du Maroc n’a malheureusement pas été épargné : à partir de mars 2025, nous avons dû également prioriser plusieurs fois nos activités et réduire notre effectif de 30 %.

Cette situation a eu un impact direct sur notre capacité à soutenir les demandeurs d’asile et réfugiés les plus vulnérables.

Cette situation a eu un impact direct sur notre capacité à soutenir les demandeurs d’asile et réfugiés les plus vulnérables. Avec nos partenaires, qu’il s’agisse du secteur de la santé, de l’accompagnement psychosocial ou de l’insertion professionnelle, nous avons dû revoir et réduire tous nos programmes d’un tiers. Aujourd’hui, seuls les réfugiés les plus vulnérables peuvent bénéficier de nos services.

Concrètement, cela signifie que tous les réfugiés n’ont pas accès à l’ensemble de nos programmes. Nous encourageons donc ceux qui le peuvent à se tourner vers les services publics. Comme le prévoit la Stratégie nationale d’immigration et d’asile ; tous les demandeurs d’asile, les réfugiés et les migrants ont droit à l’inclusion dans les services publics, notamment en matière de santé, d’éducation et d’accès à l’emploi. 

ENASS : Lorsque vous parlez des personnes les plus vulnérables en matière d’accès à la santé, que recouvre exactement cette notion ? Par ailleurs, qu’en est-il des personnes atteintes de maladies chroniques, comme le diabète, qui peinent aujourd’hui à accéder à leurs médicaments ? Comment sont-elles prises en charge dans ce cadre ? 

Muriel Juramie : Les personnes atteintes de maladies chroniques font partie des catégories considérées comme vulnérables et, en principe, bénéficient des services de notre partenaire, l’Association marocaine de planification familiale (AMPF). Nous collaborons également avec les autorités pour intégrer les réfugiés et demandeurs d’asile dans les programmes nationaux de prise en charge des maladies chroniques.

En théorie, les réfugiés peuvent donc accéder à ces programmes. Cependant, comme je l’ai mentionné, nos financements ont été réduits de 30 % en 2025, ce qui a entraîné une diminution équivalente de tous nos programmes. Dans certains cas, certaines personnes peuvent malheureusement être touchées et ne pas pouvoir bénéficier de ce soutien complémentaire que le HCR offre en matière de santé. 

ENASS : Depuis près d’un mois, des demandeurs d’asile et réfugiés soudanais organisent des sit-in devant le HCR. Comment avez-vous réagi à cette mobilisation ? Un dialogue a-t-il été engagé avec eux ? Et quelles sont les prochaines étapes ? 

Muriel Juramie : Pour le HCR, la communication avec les communautés est essentielle. Nous menons des dialogues communautaires réguliers, quatre fois par an, avec différentes communautés depuis plusieurs années. Depuis 2024, face à l’arrivée d’un plus grand nombre de réfugiés soudanais, nous avons renforcé cette communication spécifiquement pour eux.

La communauté soudanaise au Maroc compte environ 5 000 personnes et est très hétérogène. 

Beaucoup de ces personnes viennent d’arriver au Maroc et n’avaient pas toujours connaissance des services disponibles, du fonctionnement de l’asile ou des types d’accompagnement existants. Certains ont vécu dans des camps et n’avaient donc pas la même compréhension de ce qu’ils pouvaient trouver ici. Pour répondre à cette diversité, nous avons organisé de nombreux dialogues communautaires avec plusieurs profils de Soudanais, en intégrant les nouveaux arrivants aux groupes des réfugiés plus anciens. La communauté soudanaise au Maroc compte environ 5 000 personnes et est très hétérogène : certaines viennent du Darfour, d’autres de Khartoum, certaines ont vécu plusieurs années dans des camps, d’autres sont passées par l’Égypte ou la Libye. Il n’existe pas de structure élue au sein de cette communauté, ce qui nous oblige à approcher différents profils pour transmettre l’information de manière la plus efficace possible. 

ENASS : Y a-t-il des particularités dans la manière dont les dossiers sont instruits selon les nationalités, ou le HCR applique-t-il exactement les mêmes critères pour tous ? 

Muriel Juramie : Le HCR ne fait pas de discrimination et traite tous les dossiers de la même manière. Cependant, certaines nationalités peuvent bénéficier d’une procédure dite “accélérée”, notamment celles issues de pays en guerre où le conflit est toujours actif. Les Soudanais font partie de cette catégorie, au même titre que les Centrafricains, les Sud-Soudanais ou les Yéménites.

Il faut préciser que la communauté soudanaise est relativement récente au Maroc. Leur arrivée a commencé autour de 2021-2022, et s’est intensifiée en 2023 avec la guerre civile. Cette communauté n’est donc pas encore aussi intégrée ni organisée en mécanismes de solidarité comme d’autres nationalités. Depuis 2024, le HCR a renforcé le nombre d’entretiens, de réunions et de dialogues communautaires, en incluant les réfugiés et demandeurs d’asile soudanais. L’objectif est de mieux les informer sur les services disponibles au Maroc, pour eux et pour les réfugiés en général, et d’améliorer ainsi la communication et le dialogue avec cette communauté. 



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