GenZ212, Zefzafi et l’establishment

Enass media edito

GenZ212 ou les neuf jours qui ont changé le Maroc. C’est ainsi que je peux résumer la séquence démarrée les 27 et 28 septembre jusqu’au 5 octobre, marquée par des manifestations dans plusieurs villes marocaines. Oui GenZ212 a pu changer le Maroc en si peu de temps ! Mais comment ?

Une réponse policière qui a créé la sidération et a mis à nu la nature policière de l’Etat. 

Portrait salah enass

Le cri d’une jeunesse violement réprimée durant plusieurs jours. Une réponse policière qui a créé la sidération et a mis à nu la nature policière de l’Etat depuis plus d’une décennie. C’était une démonstration de force de « l’Etat policier ». Depuis trois décennies, il y eut des violences inédites dans des manifestations au Maroc. Blessés, morts et dégâts matériels importants dans plusieurs villes. Cette poussée de violence urbaine demeure énigmatique par ses origines et sa gestion. A la fin de la 1ère semaine de mobilisation, GenZ212 a gagné une respectabilité nationale et mondiale. Le mouvement, et malgré ses actions symboliques et son organisation sur le terrain qui laisse à désirer, réussit à rassembler la jeunesse marocaine. En plus des manifestations annoncées, des jeunes de plusieurs endroits dans le pays sortent et expriment leur ras-le-bol. Le pays  est sous une chape de plomb depuis au moins l’année 2015. Cette  obstruction aux libertés publiques,  fut renforcée lors de la répression du Hirak du Rif, puis celle de Jerada. S’ajoutera ensuite la série de « procès politiques » contre les journalistes (Bouachrine, Radi et Raissouni) et les activistes (Aouaj, Alami et la liste est longue etc.) On peut citer en l’occurrence les défenseurs de la cause palestinienne (Kastit, Laghzaoui, etc.).Par conséquent, le moment que nous vivons peut être considéré comme précieux. Il faut capitaliser dessus pour dissoudre cette « approche sécuritaire » pour qui régner et gouverner dans des secteurs qui ne la concernent pas : notamment la politique, les médias, l’économie, l’associatif, etc. 

On ne peut tourner la page sans la libération de Nasser Zefzafi et ses cinq camarades. 

Le premier pas pour mettre fin à cette approche passe par la libération des prisonniers politiques. Ceci est une revendication populaire, citoyenne, soutenue par un nombre de partis politiques. On ne peut tourner la page sans la libération de Nasser Zefzafi et ses cinq camarades encore détenus dans la Prison de Tanger. Ce serait un acte symbolique et nécessaire pour vraiment tourner la page. Je rappelle que les revendications du Hirak du Rif et celles de Jerada s’accordent aujourd’hui avec celles de GenZ212 : Un hôpital public, gratuit et de qualité ; une école publique gratuite et de qualité. C’est pourtant simple ! 

Dans ce deuxième acte qui démarre cette semaine, la jeunesse aura fort à faire. 

Pour répondre à ses revendications, l’Etat et l’ensemble de l’establishment (politique, médiatique, sécuritaire, etc.) jouent la carte de la cooptation et font profil bas. « Oui, la jeunesse a le droit de s’exprimer ». Les télés publiques ouvrent leurs chaines (aux premiers degrés) à la jeunesse de ce pays pour enfin s’exprimer librement. L’establishment a peur. Il veut amadouer la jeunesse et se positionner comme la seule alternative. Dans ce deuxième acte qui démarre cette semaine, la jeunesse aura fort à faire : maintenir les sorties pacifiques quotidiennes ou même hebdomadaires ; s’assurer d’une mobilisation pour élargir le mouvement à d’autres franges de la population ; se préserver de toutes les tentatives de récupération de l’establishment. 

Et Bravo aux Jeunes ! Continuez à nous faire rêver !

À Lire aussi
  • À Ksar El Kébir, le Grand exode 

    Alors que le barrage Oued El Makhazine affiche un taux de remplissage record de 140 %, les autorités ont intensifié l’évacuation des 120 000 habitants de Ksar El Kébir. Entre incertitude et logistique d'urgence, la ville s'apprête à affronter un scénario de crue historique.

    WhatsApp Image 2026 01 30 at 20.56.57

    Actualités

    4 février 2026
  • À bord des « Khatafa », des harceleurs en roue libre

    Quand le salaire ne suffit pas à payer le transport, les solutions informelles deviennent un piège, exposant les femmes à des violences invisibles, banalisées et largement impunies. Immersion de Chaymaa Rihani

    Enass media pres1 mmml

    Reportages

    2 février 2026
  • Séisme : Enquête sur les Oubliés du Grand l’Atlas… « Un échec d’État »

    Une enquête du média Raseef22 et le média marocain « Hawamich » révèle que « 70% des sinistrés ont reçu une aide incomplète pour la reconstruction de leurs maisons ». Enquête sur comment le gouvernement marocain a échoué à l’épreuve de la gestion du séisme du Grand Atlas.

    Screenshot 2026 01 29 at 16.00.53

    Enquêtes

    28 janvier 2026
  • Inscrivez-vous à la Newsletter des Sans Voix 


    Contre l’info-obésité, la Newsletter des Sans Voix