Le 11 juin, une journée de répression « ordinaire »

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Ce mercredi 11 juin 2026, deux prétoires sont ouverts simultanément — à Casablanca, à Rabat. Deux dossiers, deux logiques de répression. Ensemble, ils posent une même question : que vaut, au Maroc, la liberté d’expression quand elle dérange ?

Deux procès, deux villes, un même fil rouge : la répression des voix qui dérangent. En une semaine, le Maroc a aligné neuf affaires à caractère politique. L’État pénal avance. La Constitution, elle, attend.

À Casablanca, ce sont des jeunes qui comparaissent. Arrêtés lors des manifestations de la GENZ212, dans ce que les médias ont baptisé les « Incidents de l’autoroute », ils sont poursuivis pour avoir occupé la rue. Leur crime : s’être mobilisés. Une répression de la jeunesse mobilisée et l’étouffement des voix contestataires, même si elles sont minoritaires et isolées. En une semaine, neuf affaires à caractère politique. Le système judiciaire se mobilise là où la Constitution protège.

« Farouk Mahdaoui a défendu son quartier. Il comparaît. Au Maroc, l’engagement citoyen a un coût pénal. »

À Rabat, c’est Me Farouk Mahdaoui qui siège côtés accusés. Avocat, élu de la Fédération de la gauche démocratique au Conseil municipal, il s’est opposé au projet de démolition du quartier L’Océan. Les procédures judiciaires se sont multipliées — avec une coïncidence troublante — au rythme de ses prises de parole publiques.

La semaine précédente, le 4 juin, c’était six procès à caractère politique ou civil tenus le même jour : les jeunes de l’autoroute, Mahdaoui, le blogueur Hassan Daoudi en appel, le journaliste Hamid Mahdaoui, et la demande de libération provisoire de Me Mohamed Ziane — rejetée. Me Ziane est le plus vieux détenu d’opinion du pays.

Entre reports, confirmations de peine et refus, le système judiciaire se mobilise sur des dossiers qui n’ont, fondamentalement, pas leur place dans un tribunal.

Le traitement pénal choisi est celui de la criminalisation de l’acte d’expression des opinions et des idées — surtout si elles sont critiques. 

« La Constitution garantit la liberté d’expression. La pratique judiciaire, elle, la criminalise. »

Ces procès s’inscrivent à rebours de l’esprit et du texte de la Constitution de 2011. Son article 25 est pourtant explicite : « Sont garanties les libertés de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes leurs formes. » Une garantie constitutionnelle, et une pratique pénale qui lui tourne le dos.

On ne peut clore ce recensement sans évoquer la situation de Maâti Monjib. L’universitaire et militant des droits humains a de nouveau tenté, ces derniers jours, de quitter le territoire national en tant que simple citoyen marocain. Il en a été empêché. La liberté de circulation — droit humain élémentaire — lui est refusée.

« Maâti Monjib n’a pas pu quitter le territoire. Citoyen marocain — mais pas tout à fait libre. »

Son cas condense, à lui seul, l’état des droits humains dans le pays. Monjib concentre à travers son cas la situation des droits humains au Maroc et le peu d’égard que lui réservent les autorités. 

Il est urgent que la société civile, les intellectuels, les universitaires, les milieux culturels et politiques cessent de regarder ailleurs. Avant qu’il ne soit tard…

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