Le FLAM : depuis Marrakech, imaginer d’autres possibles
Le Festival du Livre Africain de Marrakech (FLAM) revient pour une 4ᵉ édition du 23 au 25 avril prochain. Placée sous le signe de la maturité et de la résistance, cette édition s’impose comme un rendez-vous culturel nécessaire en cette période trouble.
C’est un Mahi Benebine souriant qui a présenté à la presse, en cette matinée du 9 avril, les détails de la programmation du FLAM 2026. Le célèbre artiste-peintre et romancier marocain arbore aujourd’hui la casquette de président-fondateur du festival. Il se confie sur la raison d’être de cet événement dédié à la littérature et à la culture africaines : « J’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux artistes et écrivains du continent, mais c’était souvent dans des villes européennes.
« Ce festival est une manière de rencontrer mes voisins chez moi. » Ce chez-soi, c’est l’Afrique, le Maroc et Marrakech.
Ces rencontres n’avaient jamais lieu chez moi, ni chez eux. » Et d’ajouter : « Ce festival est une manière de rencontrer mes voisins chez moi. » Ce chez-soi, c’est l’Afrique, le Maroc et Marrakech. La ville ocre sera, le temps de trois jours, la capitale de la culture africaine, avec plus de trente écrivains venus d’Afrique, des Caraïbes (Haïti) et d’Europe. Cette édition s’imprègne du tempo politique du moment : « C’est une édition plus engagée », décrit Benebine.
Imaginer de nouvelles formes de vie
« La véritable menace aujourd’hui réside dans l’atrophie de notre aptitude à imaginer de nouvelles formes d’organisation sociale, à remettre en question les normes établies. »
Hanane Essaydi, directrice artistique du festival, revient sur les ambitions et le choix du thème : « Cette édition s’ouvre dans un contexte mondial marqué par des tensions inédites. Les fractures et les conflits se multiplient et atteignent des niveaux de brutalité effarants. L’horizon est obscurci par le retour de la grande nuit — celle de la haine et de la violence. ».
Le FLAM propose un pas de côté pour relire, écrire et penser ce contexte brutaliste. « Loin d’être un luxe, un simple divertissement ou une forme d’évasion, la littérature, au même titre que les autres expressions artistiques, représente une “arme miraculeuse” contre l’affaissement moral, politique et social », poursuit Essaydi, l’une des fondatrices du FLAM.
Le festival propose une « bifurcation » par les imaginaires : « L’imaginaire nous permet non seulement d’habiter le monde, mais aussi de le transformer. La véritable menace aujourd’hui réside dans l’atrophie de notre aptitude à imaginer de nouvelles formes d’organisation sociale, à remettre en question les normes que l’on nous présente comme inéluctables », s’inquiète Essaydi, également professeure universitaire spécialisée dans les littératures et épistémologies du Sud global. Pour répondre à ces ambitions, l’équipe du FLAM a réuni de grands noms de la littérature africaine ainsi que de nouveaux talents.
Azell, Chamoiseau, Mabanckou, Taubira et les autres
La ville ocre sera, le temps de trois jours, la capitale de la culture africaine, avec plus de trente écrivains venus d’Afrique, mais aussi des Caraïbes (Haïti) et d’Europe pour les écrivains diasporiques.
« Nous sommes ravis de cette édition : beaucoup d’auteurs demandent à participer, ce qui est un signe de succès », se réjouit Benebine. La diversité linguistique et culturelle s’élargit encore, avec la présence d’auteurs francophones, arabophones et anglophones.
Parmi les invités majeurs : Yanick Lahens (Haïti), Grand Prix de l’Académie française 2025, donnera la leçon inaugurale ; Patrick Chamoiseau (Martinique), Prix Goncourt 1992, sera le « grand témoin ».
Seront également présents Christiane Taubira, Alain Mabanckou, Boris Boubacar Diop, Rodney Saint-Éloi, Driss Ksikes, Hajar Azell, Mustapha Fahmi, Ali Benmakhlouf et Soundouss Chraibi. Rendez-vous au Centre Les Étoiles de Jamaâ el-Fna du 23 au 25 avril prochain.