Les réfugiés soudanais protestent contre le HCR au Maroc
Le mouvement de protestation des réfugiés soudanais au Maroc se poursuit pour une deuxième semaine devant le siège du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) à Rabat. Délais de traitement de leurs dossiers et effondrement du système de soutien sont au cœur de cette colère de ces exilés. Les raisons d’une colère.
Le 12 janvier des réfugiés soudanais ont battu le pavé une nouvelle fois devant le siège du HCR à Rabat.
Le 12 janvier des réfugiés soudanais ont battu le pavé une nouvelle fois devant le siège du HCR à Rabat. C’est le troisième sit-in depuis le 23 décembre 2025. Ces réfugiés originaires du Soudan mais aussi de d’autres pays notamment du Yémen dénonce les conditions des réfugiés au Maroc et accuse le HCR de « manquements à ses responsabilités ». L’agence onusienne reconnaît ouvertement les « conditions difficiles » subies par ces populations, mais pointe du doigt un obstacle majeur : une crise de financement sévère.
C’est le troisième sit-in depuis le 23 décembre 2025.
« Echec du système de protection »
Le collectif « Border Résistance » avait adressé une lettre ouverte à Muriel Jurami, représentante par intérim du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Maroc, dénonçant ce qu’il qualifie de « conditions dangereuses et dégradées » vécues par les demandeurs d’asile et réfugiés dans le pays, en particulier ceux de nationalité soudanaise.
Le Maroc compte environ 18 463 demandeurs d’asile et réfugiés, dont plus de 2 300 Soudanais et Soudanaises, qui représenteraient la catégorie « la plus vulnérable et la plus exposée à la discrimination et à l’exclusion », selon Border Resistance « en raison d’échecs persistants en matière d’enregistrement, de protection et d’accès aux services essentiels »
Procédures d’enregistrement : des délais jugés “injustifiés”
Les demandeurs d’asile attendent jusqu’à six mois pour obtenir une simple attestation de demande.
La lettre indique que les demandeurs d’asile attendent jusqu’à six mois pour obtenir une simple attestation de demande, alors qu’ils risquent durant cette période d’être expulsés hors de Rabat, ce qui compromet le suivi de leur dossier.
Ils risquent durant cette période d’être expulsés hors de Rabat, ce qui compromet le suivi de leur dossier.
La durée d’attente pour les entretiens de détermination du statut atteindrait un an, laissant les demandeurs sans statut juridique clair, sans droit au travail et avec des restrictions à la mobilité, en contradiction avec le principe de protection temporaire.
Le collectif dénonce enfin l’absence de délivrance des cartes de réfugié par le Bureau marocain des réfugiés et apatrides (BRA), malgré des demandes déposées depuis mai, estimant que ce blocage expose les personnes à un risque permanent d’arrestation.
Effondrement de l’accès aux soins
L’organisation affirme également que le partenaire médical du HCR, l’Association marocaine de planification familiale, a cessé ses activités depuis plus d’un mois, privant entièrement les réfugiés de soins de santé.
Des personnes souffrant de maladies chroniques auraient dû interrompre leur traitement, tandis que d’autres souffrant de troubles psychologiques se retrouveraient sans suivi thérapeutique, faute d’alternative.
La lettre critique la décision du partenaire social « Orient-Occident » de réduire l’aide mensuelle de 800 à 500 dirhams, bien que la majorité des réfugiés se trouvent sans emploi et sans revenu. Ces coupes sont l’effet direct des coupures budgétaires depuis les décisions de l’administration Trump aux Etats-Unis qui avait décidé de réduire drastiquement son financement au système onusien.
Depuis cette austérité budgétaire, des femmes réfugiés en situation de risque n’auraient pas reçu leur soutien, tandis que des mineurs non accompagnés continuent de travailler dans des emplois précaires exposés aux abus.
Le collectif rapporte également que des réfugiés souffrant de troubles psychiques se retrouvent régulièrement devant le siège de l’organisation dans « des conditions humaines humiliantes ».
L’aide du mois de décembre aurait été versée avec près de deux semaines de retard, aggravant les difficultés de familles devant payer leurs loyers.
Arrestations et “déportations intérieures”
Le collectif accuse en outre les autorités marocaines d’arrestations arbitraires et de transferts forcés de réfugiés hors de Rabat, malgré la possession de documents de protection du HCR, en violation selon lui des engagements du Maroc au titre de la Convention de Genève (1951) et de son protocole (1967).
Selon des témoignages cités, certains réfugiés auraient été détenus et sommés de verser de l’argent pour être libérés, sans quoi ils seraient envoyés en bus vers d’autres régions.
La lettre du Collectif se conclut par plusieurs appels : « La fin des arrestations et des transferts forcés, l’accélération de l’émission des documents, la reprise immédiate des services sociaux et médicaux, l’arrêt de toute pratique discriminatoire envers les réfugiés soudanais ».