Procès et détentions : la GENZ212 face à la justice
Entre reports d’audience et poursuites judiciaires, les affaires liées au mouvement « GENZ212 » continuent d’alimenter le débat sur les libertés publiques, tandis que les familles des détenus restent confrontées à une lourde épreuve humaine.
Depuis le début du mois de juin, les procès impliquant les jeunes de la « GENZ212 » se succèdent. Entre reports d’audience et attente de nouvelles comparutions, ce dossier continue d’alimenter une controverse sans fin et de générer de profondes souffrances. Les familles des détenus supportent le poids de l’épreuve humaine, les personnes poursuivies subissent la privation de liberté, tandis que l’espace public reste marqué par les restrictions des libertés et par un débat national et international sur les droits humains.
Les procès des jeunes de « GENZ212 » se poursuivent à Casablanca, entre reports successifs et attentes de nouvelles audiences.
Le brûlant dossier de « l’autoroute »
L’audience concernant les jeunes arrêtés à la suite des événements survenus sur l’autoroute de Casablanca est prévue pour le jeudi 4 juin. Ces faits coïncidaient avec les appels à manifester lancés par les jeunes de la « GENZ212 ».
Le juge d’instruction près la Cour d’appel de Casablanca a déjà décidé de renvoyer devant la justice 24 jeunes arrêtés dans le cadre des manifestations et des incidents ayant accompagné le blocage de l’autoroute.
Les prévenus sont poursuivis pour des chefs d’accusation criminels liés à « l’entrave à la circulation des véhicules dans le but de perturber ou d’empêcher le trafic », conformément à l’article 591 du Code pénal. Parmi eux figurent 18 majeurs, dont trois sont poursuivis en liberté provisoire tandis que les autres restent en détention. Concernant les mineurs, ils sont au nombre de six : deux sont poursuivis en liberté et quatre sont maintenus en détention.
Les faits remontent au 28 septembre de l’année dernière, lorsque des vidéos montrant des jeunes manifestants, dont certains masqués, ont circulé sur les réseaux sociaux. Ces derniers protestaient sur l’autoroute, provoquant une interruption temporaire de la circulation. Les forces de sécurité sont alors intervenues pour procéder à des arrestations immédiates, puis à d’autres interpellations ultérieures. À l’origine, la mobilisation avait commencé sous la forme d’un rassemblement de protestation sur la place Sraghna à Casablanca.
Le dossier de l’autoroute et l’affaire de la militante Zineb Kharoubi demeurent au cœur de l’actualité judiciaire liée au mouvement.
Reports après reports
Le tribunal de première instance d’Aïn Sebaâ à Casablanca a décidé, le lundi 1er juin, de reporter au 15 juin l’examen du dossier de la militante Zineb Kharoubi, à la demande du parquet.
La défense de Kharoubi a présenté plusieurs exceptions de procédure, tandis que le parquet a sollicité un délai supplémentaire afin de préparer sa réponse à ces arguments.
L’affaire de cette jeune Marocaine résidant en France a débuté lorsqu’elle a été interpellée à l’aéroport de Marrakech le 12 février 2026. Elle a ensuite été remise en liberté, avant que le parquet ne décide, le lendemain, de la poursuivre en état de liberté pour « incitation à commettre des délits par le biais des médias numériques », en raison de publications diffusées sur les réseaux sociaux.
Depuis la première audience tenue le 23 février dernier, le dossier Kharoubi a connu une série de reports : à la demande de sa défense, en raison des congés de l’Aïd Al-Fitr, de sa présence en France où elle est liée par des obligations professionnelles, ou encore à la demande du parquet. L’évolution de cette affaire est désormais attendue à la mi-juin.
Selon plusieurs rapports d’organisations de défense des droits humains, environ 1 400 personnes auraient été arrêtées dans le contexte des manifestations liées à ce qui est désormais appelé le mouvement « GENZ212 ».
Ce mouvement est né sur la plateforme Discord, où des jeunes se retrouvaient initialement autour des jeux vidéo et des salons de discussion. Il a pris une autre dimension après la diffusion de l’information concernant le décès de huit femmes enceintes au service de maternité de l’hôpital Hassan II d’Agadir.
Des appels à manifester se sont alors multipliés dans plusieurs villes du Maroc, transformant cette mobilisation en un mouvement ayant bénéficié d’une large couverture médiatique internationale. Les revendications ont progressivement évolué, passant de l’amélioration des services de santé et d’éducation à des demandes de départ du gouvernement dirigé par Aziz Akhannouch. Le mouvement a également accueilli sur ses plateformes de nombreux débats réunissant des personnalités politiques et des défenseurs des droits humains autour de questions liées à la gouvernance, à la corruption, aux libertés publiques et aux droits humains.