Pour « L7assal » : De Taza dire NON à la normalisation
Une nouvelle voix marocaine opposée à la politique de normalisation avec Israël vient d’être condamnée à de la prison ferme.
Le Tribunal de première instance (TPI) de Taza, dans le centre du Maroc, a rendu son verdict le jeudi 26 mars 2026 dans l’affaire du jeune rappeur Souhaib Kabli, plus connu sous son nom de scène « L7assal ». Âgé de 20 ans, l’artiste avait été arrêté le 2 mars 2026 au terme d’un procès ayant duré 24 jours. Le tribunal a retenu le chef d’accusation de « manquement au devoir de respect et de considération envers une institution constitutionnelle », le condamnant à huit mois de prison ferme et à une amende de 1 000 dirhams.
Nouvelle ligne rouge
La normalisation et ses corollaires sont désormais érigés en nouvelles « lignes rouges ».
Cette condamnation résonne comme un « avertissement » adressé à ce jeune artiste ainsi qu’aux autres voix s’opposant à la normalisation. Son cas rappelle les procès de Redouane Kastit à Tanger (toujours en détention), d’Ismail Lghazaoui à Casablanca (libéré), ainsi que ceux de nombreux citoyens dans d’autres villes du Royaume. Le message des autorités — ou du moins d’une aile au sein de l’État — semble clair : la normalisation et ses corollaires sont désormais érigés en nouvelles « lignes rouges ». Ces milieux, connectés politiquement et diplomatiquement à l’État sioniste, tentent d’imposer à la société marocaine la loi du bâillon sur ce sujet.
Aujourd’hui, dire NON à la normalisation est un acte de résistance.
Aujourd’hui, dire NON à la normalisation est un acte de résistance. Souhaib résiste pacifiquement par le chant.
Souhaib résiste pacifiquement par le chant.
À l’opposé, son véritable ennemi — notre ennemi commun — est cet État d’apartheid qui tue, déplace et agresse des millions de personnes dans la région : en Palestine, en Iran, au Liban ou au Yémen.
À l’opposé, son véritable ennemi — notre ennemi commun — est cet État d’apartheid qui tue, déplace et agresse des millions de personnes dans la région.
Face à ces conflits, un État marocain digne ne peut rester neutre. Il lui faut choisir entre la barbarie sioniste et une paix réelle, loin de la pax americana imposée par Trump et son simulacre de « Conseil de la paix ».
Le propos de « L7assal » est tranché, il va droit au but sans craindre les mots, pointant du doigt le véritable décideur.
« L7assal » n’a commis qu’un seul « crime » : avoir dit non. À travers ses titres diffusés sur YouTube et Instagram, il portait la voix d’une large majorité de Marocains opposés à la politique de vassalisation de l’État vis-à-vis d’Israël. Le propos de « L7assal » est tranché, il va droit au but sans craindre les mots, pointant du doigt le véritable décideur.
Le rap comme acte de résistance
En cela, il reste fidèle à l’essence du rap underground et à la figure de l’artiste engagé, dont la raison d’être est de dénoncer les injustices. Ses ennuis judiciaires découlent sans doute de la republication, le 22 février dernier, de sa chanson « Non à la normalisation » au moment de l’annonce du prétendu « Conseil de la paix » dont le Maroc est membre. Ce titre avait pourtant été publié initialement le 25 septembre 2025.
Des centaines de jeunes sont emprisonnés à Casablanca, Rabat, Marrakech ou Nador, ou contraints à l’exil.
Ce jeune artiste, proche des milieux islamistes, illustre le destin d’une jeunesse mobilisée que l’État perçoit désormais comme une « classe dangereuse ». Le mouvement GENZ212 rappelle d’ailleurs avec force cette réalité. Aujourd’hui, la répression s’abat sur cette génération : des centaines de jeunes sont emprisonnés à Casablanca, Rabat, Marrakech ou Nador, ou contraints à l’exil pour avoir réclamé de meilleurs services sociaux et le respect des libertés publiques.
Le paradoxe de cette affaire est que Souhaib est originaire de Taza. L’État nous a longtemps répété que « Taza avant Gaza », suggérant que la ville bénéficierait prioritairement du développement économique et des libertés. Pourtant, Taza est devenue le symbole d’un paradigme de développement basé sur une fausse concurrence entre priorités nationales et défense des droits humains à l’international. Deux décennies plus tard, la ville est réprimée et la figure de Souhaib en est le symbole éclatant. Taza, ville quasi oubliée, voit aujourd’hui sa jeunesse muselée, à l’image de Gaza.
Mais Taza est aussi, comme Gaza, une ville de dignité capable de dire « NON ». Souhaib paie aujourd’hui le prix fort pour avoir composé un hymne à la souveraineté. L’espoir demeure néanmoins que justice soit rendue et que ce citoyen retrouve la liberté lors de la phase d’appel.
Dans le Maroc de 2026, il est inacceptable que l’on poursuive des individus pour leurs opinions ou leurs œuvres artistiques, même si celles-ci expriment une opposition radicale aux positions officielles. L’existence même de l’État n’est légitime que face à une société capable de critique, de révolte et de chant. Dans une configuration démocratique, les institutions doivent appartenir à la société ; et la société marocaine, dans sa grande majorité, dit : « Non à la normalisation ».