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À Sebta : 67 morts, un silence d’État

Une nouvelle vague de hrig sans précédent a submergé Sebta cette semaine, laissant derrière elle un bilan macabre. Face à l’ampleur du drame, l’État marocain a fait un choix : celui du silence.

Et voici la « saison 3 », avec son lot de drames, de mises en scène, de complots supposés, de répression, de buzz et de marchands de crise. Une fois de plus, nous assistons, amers, au départ par milliers de jeunes Marocains vers la ville occupée de Sebta. Après les tristes épisodes de 2021 et 2024, les Marocains observent, abasourdis, des scènes dignes d’une guerre : un peuple jeune qui fuit son royaume, des familles entières — femmes et enfants compris — prenant la mer au péril de leur vie. Ces scènes chaotiques disent à elles seules l’état d’un pays à la dérive, celui d’un État qui a définitivement abandonné sa jeunesse.

Le mandat du gouvernement sortant reposait sur une promesse centrale : l’emploi pour les jeunes et la confiance restaurée envers la politique et la chose publique. Cinq ans plus tard, le pays touche le fond. La jeunesse le clame haut et fort : « Nous partirons tous, et que le dernier n’oublie pas d’éteindre la lumière. » Une boutade devenue slogan de la génération Z marocaine.

Il est encore difficile, à ce stade, d’identifier avec précision les instigateurs de cette nouvelle vague. Les théories les plus farfelues circulent comme autant d’hypothèses crédibles. L’heure est au constat, factuel et limpide.

Sur le plan des chiffres, il s’agit de la plus grande opération de hrig de l’histoire du Maroc et de l’Espagne. En l’espace de six jours, 60 000 Marocain·e·s ont traversé vers la ville occupée. 48 300 ont été refoulés par l’Espagne (au 31/07, 18h). Et ce chiffre terrible : 67 Marocains ont perdu la vie dans ces traversées depuis le début de la semaine. Ces données émanent toutes du ministère espagnol de l’Intérieur. À ces 67 morts s’ajoutent plus de 1 000 décès survenus lors des traversées à la nage entre Fnideq et Sebta depuis le début de l’année 2026 — une donnée terrible, passée sous silence. Les morgues de Sebta débordent de corps de jeunes Marocains morts en mer.

Sur le plan de la communication, l’État marocain a choisi un silence de mort. Pas un mot, pas un chiffre. En 2021, le ministre des Affaires étrangères était monté au créneau pour défendre la position marocaine. En 2024, les services de sécurité et les autorités provinciales du Nord avaient assuré la communication de crise. En 2026, c’est silence radio — un choix du « zéro com’ » pleinement assumé.

Le monde place le Maroc au centre de l’actualité ; les officiels marocains, eux, choisissent le mutisme. Silence gêné ? Silence révélateur ? Difficile à justifier. Les 60 000 candidats à l’exil sont bien marocains, la terre de départ l’est tout autant. La responsabilité du Maroc est engagée — d’abord envers ses citoyens, ensuite envers son « allié » espagnol, lui-même sous le feu des critiques de la galaxie fasciste, de Trump à Meloni en passant par Bardella. L’État marocain, de son côté, semble observer cette crise avec un silence de vainqueur. Si ce calcul existe, il est dangereusement erroné : le Maroc perd au change. 1 057 citoyens morts noyés, sacrifiés sur l’autel d’enjeux de pouvoir et de désir de puissance.

Paix aux âmes de nos enfants devenus haraga. Pensées fortes à leurs familles. Vérité pour les disparus.

Lire aussi: De Oujda à Sebta : mobilisation contre les crimes migratoires

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