Après la CAN, la spirale de la désinformation et des discours de haine
La finale de la Coupe d’Afrique des nations a été suivie d’une vague de fausses informations et de discours xénophobes sur les réseaux sociaux au Maroc et au Sénégal. Des rumeurs non vérifiées, parfois relayées par des figures médiatiques, ont contribué à attiser les tensions communautaires.
Des rumeurs non vérifiées, parfois relayées par des figures médiatiques, ont contribué à attiser les tensions communautaires.
Au lendemain de la finale de la CAN, une rumeur annonçant le décès d’un stadier marocain, prétendument agressé par un supporter sénégalais, circule massivement sur les réseaux sociaux. Publiée le 19 janvier sur un compte Twitter, cette fausse information est rapidement reprise par des comptes influents au Maroc et à l’étranger, malgré l’absence de confirmation officielle.
Désinformation virale après la finale
Le 20 janvier, ENASS.ma a pu confirmer auprès de sources judiciaires que l’information est fausse. Puis la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) dément formellement l’information. Le stadier est hospitalisé dans un état stable à l’hôpital universitaire Mohammed VI de Rabat. Mais la rumeur a déjà produit ses effets, alimentant une campagne de haine en ligne.
Le 19 janvier, un scénario similaire se produit avec la diffusion d’une autre fausse information annonçant la mort d’un ressortissant sénégalais au Maroc, prétendument victime d’une agression. Là encore, la DGSN dément, indiquant avoir découvert à Salé le corps sans vie d’une personne d’origine subsaharienne, sans traces de violence. L’information, pourtant fausse, se propage largement sur les réseaux sociaux sénégalais.
Appel à la responsabilité des médias
Le RMJM appelle les journalistes et les rédactions marocaines et sénégalaises à respecter les règles de déontologie, à lutter activement contre la désinformation liée aux questions migratoires
Face à ces dérives, le Réseau marocain des journalistes des migrations (RMJM) dénonce, dans un communiqué publié le 20 janvier, des campagnes de haine et de xénophobie visant les communautés marocaines et sénégalaises dans les deux pays. Le Réseau pointe la responsabilité de certains médias ayant amplifié ces discours.
Le RMJM appelle les journalistes et les rédactions marocaines et sénégalaises à respecter les règles de déontologie, à lutter activement contre la désinformation liée aux questions migratoires et à déconstruire les discours racistes et xénophobes, plutôt que de les relayer sans vérification.
Un révélateur de tensions profondes
“Cette situation souligne l’urgence de renforcer la lutte contre la désinformation, de promouvoir le dialogue interculturel et de préserver le vivre-ensemble”
La plateforme Migrapress estime que cette séquence n’a pas créé les tensions, mais les a révélées. Selon son analyse, le match Maroc–Sénégal a servi de catalyseur à des frustrations sociales et symboliques préexistantes, inscrites dans une dynamique ancienne de stéréotypes, de rumeurs et de théories du complot visant les migrants.
Pour Migrapress, cette situation souligne l’urgence de renforcer la lutte contre la désinformation, de promouvoir le dialogue interculturel et de préserver le vivre-ensemble, afin d’éviter que des événements ponctuels ne dégénèrent en fractures durables.