La CAN au Maroc : Entre la joie sportive et les défis douloureux

Can ali anouzla

La Coupe d’Afrique des Nations, organisée par le Maroc, s’est achevée, un tournoi marqué par des réussites et des échecs. Parmi les nombreux points positifs, le Maroc, pays hôte, a fait preuve d’une préparation et d’une organisation exemplaires, témoignant d’un grand professionnalisme à tous les niveaux.

| Par Ali Anouzla, directeur du média Lakome2 

| Traduit par Ahmed Benseddik

Parmi les nombreux points positifs, le Maroc, pays hôte, a fait preuve d’une préparation et d’une organisation exemplaires, témoignant d’un grand professionnalisme à tous les niveaux.

Cela s’est traduit par une qualité irréprochable, des six stades accueillant les matchs aux infrastructures sportives, hôtelières et routières, sans oublier l’enthousiasme des supporters qui ont vibré tout au long de la compétition. Ces points positifs ne se sont pas limités à l’organisation ; ils ont également concerné le niveau technique du tournoi. Le football africain a affiché une nette progression en termes de qualité des joueurs, d’encadrement et de stratégies tactiques, prouvant ainsi que le football continental n’a plus rien à envier à de nombreux championnats occidentaux et internationaux. Cette progression confère au continent une visibilité technique accrue sur la scène mondiale.

Malgré ce tableau idyllique, des moments plus sombres sont également apparus, notamment lors de la finale, lorsque l’entraîneur sénégalais a eu un comportement antisportif en ordonnant à ses joueurs de quitter le terrain pour protester contre un penalty accordé à l’équipe marocaine. L’affaire aurait pu être réglée calmement par un dialogue avec l’arbitre ou par un recours devant les tribunaux sportifs, évitant ainsi ce chantage flagrant qui a failli transformer la finale en scandale, voire en désastre pour la réputation du football africain. Dans ce contexte, la manière dont la star marocaine Brahim Diaz a tiré le penalty, semblant vouloir éviter de provoquer l’équipe adverse et ses supporters, a soulevé des interrogations quant à la nature intentionnelle ou non de son geste, sauvant ainsi le match et le tournoi d’une catastrophe plus grave.

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Cela a préservé l’image du football africain sur la scène internationale et a mis un terme à l’un des tournois les plus réussis du continent, évitant un résultat potentiellement plus dramatique s’il avait marqué, ce qui était pourtant certain s’il avait eu l’intention de marquer.

Il apparaît donc clairement que la tristesse ressentie par de nombreux Marocains après la défaite de leur équipe en finale ne se limitait pas au regret de ne pas avoir remporté une coupe tant attendue, depuis près d’un demi-siècle. Ce sentiment était double, car cette défaite a peut-être épargné au pays et au football africain une crise plus grave, notamment après les tentatives de chantage de la part de l’entraîneur sénégalais et ses supporters, qui ont tenté d’envahir le terrain par la violence et les émeutes. Dans ce contexte, une victoire aurait facilement pu devenir un sujet de discorde, source de nombreuses critiques et d’attaques injustes contre le Maroc et ses joueurs, malgré le fait que son équipe figure parmi les meilleures d’Afrique et du monde arabe, et parmi les dix meilleures au monde selon le dernier classement FIFA. Ainsi, le Maroc a perdu la coupe, mais il a renforcé sa réputation, sa crédibilité et son image internationale de pays hospitalier et ouvert, et de public faisant preuve d’un grand esprit sportif et d’un enthousiasme sans égal.

Quant aux reproches à faire à ce tournoi, de nombreux problèmes ont émaillé la rencontre, principalement dus au comportement négatif de certains citoyens de pays arabes, notamment égyptiens. Les déclarations provocatrices du sélectionneur égyptien ont suscité l’indignation du public marocain, révélant l’incapacité de cet homme à gérer la situation. Il a tenté de transformer l’événement sportif en une manifestation provocatrice, ne serait-ce que temporairement, afin de masquer ses échecs sur le terrain. Cependant, sa stratégie s’est retournée contre lui lorsque ses compatriotes égyptiens, des journalistes et des intellectuels lui ont rappelé ses précédentes provocations, ses excès théâtraux et son bilan parsemé d’échecs, qui auraient dû mettre un terme à son mandat à la tête de l’équipe nationale égyptienne.

Le plus inquiétant était l’escalade des tensions entre supporters algériens et marocains, ce qui était prévisible compte tenu des tensions politiques persistantes entre les deux pays. 

Cependant, le plus inquiétant était l’escalade des tensions entre supporters algériens et marocains, ce qui était prévisible compte tenu des tensions politiques persistantes entre les deux pays, de l’absence de tout canal de communication et de la fermeture de toutes les frontières terrestres, maritimes et aériennes. Malgré cela, on espérait que le tournoi serait l’occasion de rapprocher les deux peuples, comme le fait souvent le football, en étant un vecteur de joie et non un instrument d’animosité et de préjugés. Malheureusement, c’est l’inverse qui s’est produit. Certains médias et utilisateurs des réseaux sociaux, dans les deux pays, ont attisé les braises d’un nationalisme chauvin, déclenchant une véritable guerre médiatique qui a révélé les aspects négatifs du paysage médiatique et le mauvais caractère de certains journalistes, intellectuels et influenceurs, devenus des semeurs de discorde et des instigateurs de conflit.

On espérait que le tournoi serait l’occasion de rapprocher les deux peuples, comme le fait souvent le football, en étant un vecteur de joie et non un instrument d’animosité et de préjugés.

Parmi les images choquantes relayées par les médias internationaux et les réseaux sociaux, on a pu voir des supporters algériens descendre dans la rue à minuit pour célébrer la victoire du Sénégal, non par joie, mais par dépit et pour narguer le Maroc. Ce qui rend la situation encore plus troublante, c’est que les autorités ayant autorisé ces célébrations « spontanées » continuent d’interdire toute manifestation de solidarité avec Gaza. Cela soulève une question inquiétante quant à la manipulation politique de l’opinion publique, orientée au gré des caprices du pouvoir. Comment expliquer autrement l’absence de telles manifestations spontanées durant les deux années de guerre génocidaire à Gaza ?

Tous ces comportements négatifs soulèvent des questionnements quant à la volonté d’instrumentalisation politique et médiatique du football dans certains pays, notamment dans les contextes autoritaristes. Ce tournoi a révélé une différence significative entre les pays qui jouissent d’un minimum de traditions démocratiques, où les supporters et les médias considèrent les matchs comme un jeu source de joie qui s’achève avec la fin des journées, et les pays autoritaires qui ont transformé les matchs de leurs équipes nationales en une arène de guerres politiques, chauvines et médiatiques, où supporters, joueurs et médias deviennent des instruments pour régler des différends politiques et alimenter des préjugés chauvins et identitaires meurtriers.

Par conséquent, les appels chauvins lancés par certains médias et « intellectuels » marocains après la défaite de leur équipe, réclamant une rupture avec l’Afrique et le monde arabe, manquent de sagesse et ignorent que le football était à l’origine un vecteur de joie et de bon voisinage. Un match dont l’issue n’a pas été favorable à notre équipe ne doit pas nous faire oublier qui nous sommes, quelle est notre identité et la position que nous occupons, celle qui nous a permis de nous élever aux yeux des autres et de gagner le respect du monde entier. Il est essentiel que nous maintenions un équilibre entre l’enthousiasme sportif et un attachement sincère à nos valeurs nationales et continentales.

En résumé, la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc a révélé deux facettes contrastées : d’un côté, la capacité du Maroc à organiser un événement avec méticulosité et élégance, le dévouement de ses joueurs sur le terrain et la passion de ses supporters pour le football ; de l’autre, les limites de la compréhension du sport chez certains supporters, personnalités médiatiques et politiciens. Si le trophée n’a pas été remporté, les leçons tirées sont bien plus précieuses qu’une victoire. Le Maroc a offert au monde l’image d’une nation civilisée, d’un peuple passionné et d’un public sportif éclairé – une image qui restera gravée dans les mémoires et qui pourrait même être plus importante que le trophée lui-même, car elle reflète la véritable valeur du sport : la joie, le respect mutuel et un sentiment partagé d’humanité et d’universalité.

La version originale de cet article a été publié en langue arabe sur le média panarabe Al Araby Al Jadid, sur ce lien. 

https://www.alaraby.co.uk/opinion/%D9%83%D8%A7%D9%86-%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%BA%D8%B1%D8%A8-%D8%A8%D9%8A%D9%86-%D8%B5%D9%86%D8%A7%D8%B9%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D9%81%D8%B1%D8%AD-%D9%88%D8%A7%D9%84%D8%AA%D8%AD%D8%AF%D9%91%D9%8A%D8%A7%D8%AA%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%A4%D9%84%D9%85%D8%A9?fbclid=IwY2xjawPeqv9leHRuA2FlbQIxMABicmlkETFyOTl1YmJMNTNTTmpLYzBHc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHjXxCeZHIkXhSiObW-4ppBBm1wD-qPKTZIqDEwhUHDfHUoOTODN8u3yMtOj3_aem_GTTZ1UfAb97FFeWCG1e7MA
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