Corruption et rente au Maroc : Modes de gestion d’un royaume
L’économiste et militant Azzedine Akesbi livre avec « Corruption et rente : pilier du système de la régulation et de gouvernance au Maroc » une somme sur le combat pour la lutte contre la corruption au Maroc. Un ouvrage qui dissèque les mécanismes profonds d’un pays où la corruption n’est pas une défaillance, mais un…
Le ton est donné dès les premières pages : ce livre est une « somme ». Préfacé par François Valérian, président de Transparency International, l’ouvrage est dédié à la mémoire de Sion Assidon figure emblématique et membre fondateur de Transparency Maroc.
Un combat d’une vie
Pour le préfacier, le travail d’Akesbi est indispensable car il ne se contente pas de recenser des cas précis, il « propose une analyse complète » des enjeux de la lutte contre ce fléau. L’auteur « se fait historien » retraçant « le long combat de la société civile marocaine », des premières réformes institutionnelles aux soulèvements du Mouvement du 20 février dans le sillage du Printemps arabe
Le diagnostic est sans appel : la corruption au Maroc, présente de manière « systémique » dans les marchés publics, l’octroi de permis ou la fiscalité, remplit une fonction précise.
Le diagnostic est sans appel : la corruption au Maroc, présente de manière « systémique » dans les marchés publics, l’octroi de permis ou la fiscalité, remplit une fonction précise. Dans des travaux scientifiques précédents, Akesbi décrit la corruption comme « endémique ». Le plus grand défi identifié est celui de la rente de corruption comme instrument de régulation politique et sociale. En clair, la corruption sert à maintenir l’équilibre des pouvoirs.
Dans des travaux scientifiques précédents, Akesbi décrit la corruption comme « endémique ».
Radiographie d’un système : Les cinq piliers de l’analyse
Le plus grand défi identifié est celui de la rente de corruption comme instrument de régulation politique et sociale.
L’ouvrage s’articule autour d’une hypothèse centrale : il existe des liens organiques entre le pouvoir (politique et économique) et la généralisation de la rente. La corruption et la rente participent à la consolidation du pouvoir politique, « on peut avancer que la rente économique est également un pilier du pouvoir politique ».
En clair, la corruption sert à maintenir l’équilibre des pouvoirs.
L’auteur développe une thèse audacieuse en trois axes : 1. La rente comme ciment : Elle consolide le pouvoir politique. 2. L’inefficacité chronique : Les politiques anticorruption sont souvent de façade. L’effectivité n’est jamais au rendez-vous car ces politiques se heurtent à des « murs d’intérêts » puissants. 3. L’autocritique militante : Dans une démarche réflexive courageuse, Akesbi interroge l’échec du travail associatif. Malgré les outils développés, les résultats sont décevants. Est-ce dû à un mauvais diagnostic ? À un manque de volonté politique ? Ou à une résignation des citoyens qui finiraient par s’adapter au système ?
Un parcours en cinq parties
Le livre guide le lecteur à travers une structure rigoureuse. La Partie 1 & 2 : Définitions, indicateurs et cartographie des acteurs (institutions et associations), avec un focus sur l’élan brisé du 20 février. Partie 3 & 4 : Analyse technique des outils (Instance Centrale de Prévention de la Corruption, devenue Instance Nationale de la Probité) et des stratégies mondiales face à la réalité nationale.
Partie 5 : Le cœur du livre. Akesbi y démontre comment la corruption sert de mode de régulation dans l’agriculture et l’économie. Il revisite la célèbre campagne d’assainissement de 1996 et s’appuie sur les travaux de politologues comme Rémy Leveau pour expliquer comment le système se défend.
En fin d’ouvrage, l’auteur n’oublie pas sa casquette de militant en offrant un guide pratique (formulaire d’aide juridique) pour aider les citoyens à déposer plainte, transformant ce livre d’analyse en un véritable outil d’éducation à la lutte contre la corruption.
Biographie de l’auteur
Azzedine Akesbi est un économiste marocain de renom, professeur universitaire et chercheur. Figure de proue de la lutte contre la corruption au Maroc, il est l’un des membres fondateurs et anciens dirigeants de l’association Transparency Maroc. Expert des questions de gouvernance du système éducatif marocain, il allie depuis plusieurs décennies la rigueur académique à l’engagement citoyen pour la transparence et l’État de droit.
Référence du livre : Azzedine Akesbi, Corruption et rente : Pilier du système de la régulation de la gouvernance au Maroc, Edition Afrique Orient (Casablanca), 2026. 426 pages.