Femmes et emploi : Le travail un champ de luttes

2ème édition des assises du féminime mai 2025

Lors de la deuxième édition des Assises, les transformations majeures qui traversent la société marocaine ont été abordées, en soulignant le rôle clé des femmes dans ces dynamiques, notamment les plus jeunes. Discussion entre deux chercheurs en sociologie.

Elles sont les figures de femme en transition et d’émancipation, les jeunes femmes dans le rural s’illustre quand il s’agit des transformations sociales, de rapports à l’identité, des failles dans les politiques publiques ou des conditions précaires des travailleuses saisonnières, il en ressort une tension constante : celle de devoir se construire et s’affirmer dans un environnement en mutation, tout en affrontant des inégalités structurelles tenaces.

Jeunes générations en mutation

Samira Mizbar, socio-économiste met en lumière le bouleversement générationnel qui traverse le Maroc contemporain. Selon elle, la société ne peut plus être pensée avec les catégories anciennes : les jeunes, notamment les jeunes femmes, construisent leurs identités et revendications sur la base d’un accès massif à l’information mondiale et aux réseaux sociaux.

Cette nouvelle donne sociologique oblige les décideurs à repenser les politiques d’émancipation et d’inclusion économique, sans quoi elles risquent d’être inefficaces. Mizbar critique aussi la production statistique actuelle, qui masque les réalités complexes et invisibilise certaines catégories, tel « l’homme au foyer », ce qui fausse les diagnostics et empêche de répondre adéquatement aux besoins réels des populations.

Les données statistiques ne sont jamais neutres. Elles émanent d’un système de pensée, d’une hypothèse, d’un cadre d’interprétation.

Mizbar a rappelé que les données statistiques ne sont jamais neutres. Elles émanent d’un système de pensée, d’une hypothèse, d’un cadre d’interprétation. Derrière un chiffre, il y a toujours une représentation du monde, une manière de voir les rapports sociaux. Or, si ces représentations sont biaisées ou incomplètes, elles produisent des politiques inefficaces, voire contre-productives. Elle a notamment évoqué l’exemple de la baisse de la participation économique des femmes, passée de 29 % à 19 %, comme un chiffre qui devrait interpeller au-delà du constat : pourquoi une telle chute ? Quels obstacles structurels en sont l’origine ?

Derrière un chiffre, il y a toujours une représentation du monde, une manière de voir les rapports sociaux. 

Par ailleurs, elle souligne la nécessité d’aborder la violence sous toutes ses formes, y compris la violence économique et institutionnelle à l’image d’un frein majeur à l’autonomisation féminine. Elle évoque aussi des obstacles concrets, tels que l’absence d’infrastructures sanitaires adéquates dans les écoles et qui par voie de conséquence affectent la scolarisation des filles.

Pour Mizbar, une réforme profonde des outils d’analyse et une réelle écoute des vécus sont indispensables pour bâtir des politiques publiques pertinentes et durables.

Travailleuses saisonnières : La double souffrance

Chadia Arab, géographe et chercheuse, analyse la migration circulaire féminine entre Maroc et Espagne, un programme largement présenté comme un succès, mais dont les réalités sont bien plus nuancées.

Seules des femmes rurales, souvent issues des milieux les plus précaires, sont recrutées, dans un cadre très normé et stéréotypé, perçues comme plus dociles et adaptées à des tâches agricoles délicates comme la cueillette de la fraise»

Elle rappelle que « seules des femmes rurales, souvent issues des milieux les plus précaires, sont recrutées, dans un cadre très normé et stéréotypé, perçues comme plus dociles et adaptées à des tâches agricoles délicates comme la cueillette de la fraise ».

« Cette migration est aussi marquée par une grande précarité, des conditions de travail difficiles, une séparation familiale douloureuse, et une exposition régulière à des violences, notamment sexuelles, longtemps ignorées ».

Malgré des initiatives de formation et d’autonomisation, l’arrêt brutal du programme principal a laissé un grand nombre de travailleuses saisonnières sans protection ni accompagnement.

La migration doit être pensée au prisme de la justice sociale, raciale et des droits des femmes, ce qui implique de dépasser les approches purement économiques et technocratiques.

Pour Chadia Arab, la migration doit être pensée au prisme de la justice sociale, raciale et des droits des femmes, ce qui implique de dépasser les approches purement économiques et technocratiques.

Elle insiste également sur « le rôle crucial des médias et des mobilisations collectives pour révéler ces réalités et porter ces combats indispensables ».

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