L’affaire « père Antoine » : Briser l’omerta, panser les blessures
Grâce au courage et la persévérance de rares personnes, les abus sexuels commis par le père Antoine Exalmens ont pu s’arrêter, et l’affaire est entre les mains de la justice française et marocaine. À ENASS.ma, nous rendons hommage à ces très rares personnes et surtout aux six premières victimes qui ont eu le courage de…
Elles ont peur et elles ont honte. Elles ne devraient pas ! La honte doit changer de camp.
Après la parution de cette enquête, une des réactions choquantes que nous avons reçues était cette phrase subliminale : « Oui c’est vrai, j’ai eu vent de cette affaire » (!!!). Comment peut-on avoir eu « vent » de soupçons de pédocriminalité, et passer à une autre chose puis faire semblant de n’avoir rien entendu ? Cette affaire a éclaté il y a deux ans et elle demeure dans les coulisses du « champ migratoire » comme un « éléphant in the room ». A ENASS, nous avons fait le choix de crever l’abcès et de briser cette omerta, entretenue par plusieurs milieux qui sont à priori opposés, mais qui se sont ligués pour faire taire l’affaire et ne pas aller plus loin dans l’enquête.
Ce sont les agresseurs, les abuseurs, les complices, et les personnes qui ont gardé le silence face à un insoutenable drame, qui devraient avoir honte !
Les blessures des victimes sont incommensurables. Une enfance brisée sur les routes migratoires, une adolescence exploitée par un pédophile drapé dans les habits d’un homme de religion. Malgré ce drame, ces jeunes n’ont pas le droit au statut officiel de victime. Même une supposée victime d’abus sexuels, de traite des humains et d’abus de pouvoirs aura le droit à une protection, un suivi psychologique, un soutien matériel et la possibilité à un nouveau projet de vie. Deux parmi les six victimes continuent d’errer dans les rues de Casablanca et Rabat. Ces jeunes vivent de la charité des uns et des autres, de miettes jetées par le système de protection onusien. Il est temps de panser les blessures et d’assurer la protection qu’il se doit à ces personnes, être en quête de vérité sur cette affaire, afin de lutter contre l’impunité dont profitent souvent les pédocriminels étrangers (cas de l’espagnol D. Galvan, cas du Koweitien de Marrakech, etc.).
Il est temps de panser les blessures, d’assurer la protection qu’il se doit à ces personnes, et élucider la vérité sur cette affaire.
La dernière leçon à retenir de cette affaire, qui plus est la principale à notre avis serait : Le système de prise en charge, de protection, de suivi social et médical (psychologique et psychiatrique) qui est entièrement à revoir. Ce système, bien que le terme « système » ne s’applique pas aux quelques initiatives éparses, fragiles et temporaires existantes, est aujourd’hui en crise. Les symptômes violents de cette crise sont ces abus sexuels subis par des personnes mineures hébergés par un service social de l’église de Casablanca.
Le système de prise en charge, de protection, de suivi social et médical (psychologique et psychiatrique) est à revoir de fond en comble.
Les acteurs de la protection (onusien, associatif, public, etc.) doivent remettre à plat les dispositifs existants, clarifier les responsabilités, assurer un suivi encadré par la loi et non tributaire de la charité et la bienfaisance d’une structure religieuse, ou la volonté d’une association financée par un misérable fond européen. Ces acteurs – certains aux intentions louables – agissent à la limite de la loi. Une structure associative qui ouvre un hébergement d’urgence (en clair un appartement) se met elle-même en danger car cet hébergement de personnes vulnérables dans des locaux non adaptés à cette population extrêmement fragile, loin de la supervision des autorités sensées être chargées de la protection (Juge des mineurs, Cellule du Parquet chargée de la protection des femmes et enfants victimes de violences, Commission de lutte contre la traite, etc.).
L’urgence humanitaire prend le dessus sur la nécessité d’assurer une protection avec des processus clairs, définis et financés de manière durable et souveraine, loin du courtermisme des projets européens.Face à l’absence de ce vrai système de protection nationale des migrants, réfugiés et Exilés, avec une supervision publique, un autre système a pris le relais depuis de longues années. Ce système de charité et de bricolage fait éclater des scandales comme c’est le cas du « Système du père Antoine ». Mais jusqu’à quand laissera-t-on des jeunes et des femmes étrangers vulnérables entre les mains de potentiels prédateurs ?