L’affaire du prêtre Grosjean : La piste marocaine…
Yves Grosjean est un prêtre français. Il a été accusé en 2024 d’agressions sexuelles sur quatre mineurs, dont l’un était âgé de 12 ans en 2010. Ce prêtre a servi au Maroc de 2016 à 2024. Aurait-il eu des victimes au Maroc ? Le Parquet mène l’enquête.
Le procureur de la République en France a demandé la collaboration de son homologue marocain dans cette affaire.
L’affaire Yves Grosjean (68 ans) est une affaire de pédocriminalité mettant en cause ce prêtre de l’archidiocèse de Dijon, accusé en 2024 d’agressions sexuelles sur quatre mineurs, dont l’un était âgé de 12 ans en 2010.Un collectif, « La Parole accueillie », constituée après la mise en examen du prêtre et son incarcération en mai 2025, dit avoir recueillie les témoignages de 16 autres victimes présumées, toutes mineures dans les années 2000 et 2010 au moment des faits allégués, selon plusieurs médias français. Le procureur de la République en France a demandé la collaboration de son homologue marocain dans cette affaire. « Une commission rogatoire internationale a été lancée auprès des autorités marocaines », a indiqué le président de la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Dijon, Dominique Braul, rapporte le quotidien La Croix. Le Parquet au Maroc, devrait enquêter dans les prochaines semaines sur le séjour marocain de ce prêtre pédophile.
« Une commission rogatoire internationale a été lancée auprès des autorités marocaines ».
Un départ problématique du Maroc
« Ce n’est pas une affaire au Maroc. C’est une affaire qui s’est passée en 2010 en France », répond une sourceau sein de l’Eglise au Maroc à ENASS.ma. Il n’en demeure pas moins que ce prêtre qui a été rattrapé par son passé pédophilie a servi au Maroc durant sept longues années. Et ces propos lors du procès laissent entendre une relation ambigüe avec le jeune public au sein de l’église au Maroc.
« Grosjean s’occupait de jeunes lycéens et collégiens, toujours en équipe avec d’autres personnes et mais jamais seul ».
A lire aussi : Affaire de pédophilie : L’Église répond…
Le 1er octobre 2025, Grosjean déclare aux juges de la chambre de l’instruction de Dijon cequi ressemble à un aveu : « Les autorités ecclésiastiques marocaines trouvaient que mes relations avec les adolescents n’étaient pas normales, que j’étais trop proche d’eux, trop impliqué dans leurs vies. […] Mais je n’ai commis aucune agression au Maroc. Le diocèse m’a renvoyé pour que je suive une thérapie. Il savait qu’il y avait eu une enquête sur moi en 2016 »,propos cité par le média français Le bien public.
Contrairement au père Antoine, Grosjean n’avait pas la charge de l’accueil des migrants. Mais il était en contact avec le jeune public de l’Eglise. « Il s’occupait de jeunes lycéens et collégiens, toujours en équipe avec d’autres personnes mais jamais seul. Je sais qu’il a constitué un camp de vacances, il y emmenait des parents avec lui, il n’y était jamais seul. Dans ces cas-là, il y a une protection de facto », poursuit notre source, qui a côtoyé le père Grosjean de près durant des années. Selon une autre personne proche de l’Eglise, celle-ci confirme que des enfants de fidèles chrétiens ont été longuement questionnés sur la possibilité de pratiques « problématiques » de la part du père Grosjean, mais ces jeunes affirment « n’avoir jamais observé de comportements à caractère soupçonneux à l’encontre d’enfants, lors d’activités d’encadrement ». Seule une enquête approfondie peut confirmer ces dires.
Exfiltré vers le Maroc ?
« Il y a toujours des pervers. Et vous savez très bien que les pervers sont durs à découvrir ».
Malgré le ton rassurant, le prêtre rencontré par ENASS.ma reconnait l’existence de pratiques perverses mais difficiles à repérer : « Il y a toujours des pervers. Et vous savez très bien que les pervers, sont difficiles à repérer. Ce ne sont souvent pas les personnes que vous pensez qui le sont ». En attendant les résultats de la future enquête marocaine, « il n’y a eu aucune plainte portée contre lui au Maroc », précise notre source au sein de l’Eglise.
Le Collectif « Parole Accueillie », victimes du prêtre Grosjean, continue d’appeler les évêques de Dijon et de Rabat, pour faire toute la lumière sur cette affaire. Dans une lettre adressée à ces responsables de l’Eglise fin septembre 2025, le Collectif écrit : « Les silences de Mgrs Minnerath et Romero n’ont pas aidé à la manifestation de la vérité ».
Comme dans le cas de père Antoine, le prêtre dijonais a reconnu les faits, dans un échange de SMS avec l’une de ses victimes, il écrit : « Je le sais. Je suis en train de suivre une thérapie et je suis sorti de mon déni et je réalise qu’effectivement, je t’ai fait du mal. », Peut-on lire dans cet échange rapporté par le site de radio RTL en France.
Le quotidien L’Humanité avance que le prêtre Grosjean a été « exfiltré » au Maroc après la révélation de cas de pédocriminalité.
A lire aussi : ENQUÊTE : Abus sexuels sur des réfugiés mineurs à l’Eglise de Casablanca
Le quotidien L’Humanité avance que le prêtre Grosjean a été « exfiltré » au Maroc après la révélation de cas de pédocriminalité, en 2016. Notre source au sein de l’église dément : « C’est n’importe quoi, il est venu servir au Maroc », rétorque-t-il face à ces accusations. Mais lors du procès en France l’Avocat général et pendant l’audience du 1er octobre déclare, ce qui suit : « il y a des précédents. Trois personnes avaient déposé plainte en 2016, pour des faits similaires commis entre 1989 et 1992 [en France], mais il y eut prescription. D’ailleurs, on a l’impression que le père Grosjean a été exfiltré par l’Église au Maroc, à cause de ça, il devenait gênant. ».
L’avocat général de Dijon : « Le père Grosjean a été exfiltré par l’Église au Maroc, à cause de ça, il devenait gênant. »
Le Rapport Sauvé sur « l’expatriation africaine »
Le Rapport Sauvé, paru en 2021et réalisé par la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Église (CIASE) en France. Ce travail a été institué à la demande conjointe de la Conférence des évêques de France (CEF) et de la Conférence des Religieux et Religieuses de France (CORREF) en 2018.
Parmi les nombreuses conclusions de ce rapport de 2500 pages sur les abus sexuels sur mineurs et personnes vulnérables au sein de l’Église catholique en France, nous pouvons lire : «Il faut aussi relever que, lors de l’appel à témoignage, 41 personnes (soit2,9 % de l’échantillon) ont déclaré avoir subi une première agression sexuelle dans un ancien territoire d’outre-mer (Afrique du Nord ou Afrique subsaharienne) ou dans un pays autre que la France. Pour 31 d’entre elles, il s’agirait d’un autre pays d’Europe ». En d’autres termes, le rapport recense au moins dix cas en Afrique.
Dans le même document, on peut lire ce passage : « Il est intéressant de noter que le corpus d’entretiens menés par l’Inserm et ici analysé, comprend également des exemples d’activation d’une telle« emprise charitable » par la hiérarchie des agresseurs, pour les couvrir après la découverte des faits. C’est ainsi que deux personnes agressées font état d’expatriation en Afrique, précisément au sein d’œuvres de charité, du prêtre qui les a agressées ».
Le père Grosjean a été expatrié au Maroc en 2017, la même année que le père Antoine.
Le père Grosjean a été expatrié au Maroc en 2017, la même année que le père Antoine.
Pour rappel, Le rapport Sauvé est une enquête historique et sociologique de 2 500 pages sur les abus sexuels sur mineurs et personnes vulnérables, au sein de l’Église catholique en France depuis 1950. Il révèle l’ampleur massive du phénomène : la CIASE estime qu’au moins 216 000 victimes mineures, ont été agressées par des clercs (prêtres ou religieux) sur cette période. En incluant les agresseurs laïcs en mission d’Église, le nombre de victimes dépasse les 330 000. Le rapport met en lumière le caractère “systémique” des abus, favorisé par le silence et l’omerta institutionnels, et formule 45 recommandations pour la reconnaissance des victimes, la prévention et la réforme des structures de l’Église.