L’artiste révolutionnaire en rébellion

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Dans le contexte de dernières manifestations au Maroc, les artistes ont largement contribué aux manifestations de GenZ. Les arrestations ont également touché de nombreux d’entre eux, dont l’un a été tué par les tirs de la gendarmerie à L’qliaa dans la région d’agadir.

| Salah Eddine Boulaich

Les artistes de la Génération Z 

Les artistes ont toujours été des acteurs importants dans les mouvements de protestation, notamment dans  celui du 20 février, qui reste le plus marquant et le dernier avant les événements récents. C’est justement dans le contexte des événements récents au Maroc, que la participation des artistes aux manifestations a été largement constatée, certains d’entre eux  sont encore poursuivis en liberté. De nombreux jeunes issus de différents domaines artistiques: cinéma, photographie, peinture, théâtre, et autres, y ont également pris part. C’est ce qui nous pousse à réfléchir à la participation des artistes à ce mouvement, comme dans d’autres mouvements, à partir de la perspective de Manuel Castells, qui affirme que:

 “The actual influence of the Internet on politics, and on the quality of democracy, has to be established by observation, not proclaimed as fate”(The network society a coross-cultural perspective, manuel castells, p.363)

Les artistes ont toujours exprimé leurs réserves vis-à-vis de leur participation politique tout au long de l’histoire.

En effet, ce mouvement est essentiellement le produit d’une organisation en réseau, promue à travers les réseaux sociaux, où la plateforme Discord est devenue l’espace principal de discussion et d’organisation. Le phénomène est alors apparu comme une nouvelle forme de démocratie s’imposant à la structure institutionnelle de la démocratie dans le pays, exerçant ainsi une certaine contrainte et une forme de violence sur la structure politique marocaine, partis, syndicats et institutions gouvernementales.
C’est ce qui conduira les autorités à réagir de manière irascible et violente. Cela reste toutefois une interprétation parmi d’autres que cet événement peut susciter.

À la première opportunité de faire entendre leur colère, ils se sont mobilisés en masse dans les rues.

Les artistes ont toujours exprimé leurs réserves vis-à-vis de leur participation politique tout au long de l’histoire. Aujourd’hui, ils manifestent le refus de s’engager politiquement en prenant leurs distances par rapport aux partis et en descendant dans la rue aux côtés d’autres pairs issus de domaines non artistiques. Dès la première occasion qui leur permet d’exprimer leur colère, ils se mobilisent massivement dans la rue.La participation des artistes n’a pas été marginale. En effet, ils ont contribué à la production de contenu numérique, et un grand nombre de photographes sont descendus dans la rue pour documenter les événements. Plusieurs d’entre eux ont été arrêtés, notamment à Casablanca et Rabat. Sans parler de l’étudiant en cinéma, Abdelssamad Oubella,un jeune de 25 ans, qui a trouvé la mort à Qliaa, atteint par une balle de la gendarmerie, alors qu’il filmait les événements dans sa ville natale. 

Pourquoi cette colère ?

Ces artistes sont également le produit d’une politique éducative qui forme un grand nombre de créateurs et leur délivre des diplômes sans pour autant penser à créer de réels débouchés professionnels. Cela les conduit à vivre dans la marginalisation, et bien souvent le chômage.
Je parle ici des artistes issus des couches populaires du champ artistique, et non de ceux qui proviennent de milieux aisés et occupent déjà des positions de pouvoir, leur permettant d’imposer leurs productions et de les faire circuler sur le marché.

C’est une forme de reproduction de la structure sociale elle-même : les inégalités se perpétuent dans le monde de l’art. Aujourd’hui, les artistes sont mieux organisés grâce aux réseaux sociaux et à Internet. La plupart d’entre eux exercent des professions indépendantes précaires en ligne, ou bénéficient de programmes proposés par des ONG et des associations.

Cette révolte paraît comme étant le résultat de ces accumulations et de ces déceptions, sauf qu’elle s’exprime de manière innovante et moderne, en accord avec l’esprit de la nouvelle génération.

Le mouvement exprime, à travers les nombreuses déclarations de ses participants et via les pages officielles par lesquelles il communique sur Facebook et Instagram et discord, qu’il ne défend aucune cause unique et ne parle pas au nom d’une idéologie ou d’un courant particulier.Alors que les débats de ces dernières années évoquent souvent le désintérêt des jeunes pour la politique, en raison de leur perte de confiance envers les institutions démocratiques, censées défendre leurs droits, cette révolte paraît comme étant le résultat de ces accumulations et de ces déceptions, sauf qu’elle s’exprime de manière innovante et moderne, en accord avec l’esprit de la nouvelle génération.

“Alternatively, an active citizenry may find in the Internet a medium of communication to bypass the filters of mass media and party machines, and to network itself, asserting its collective autonomy”(The network society a coross-cultural perspective, manuel castells, p.363).

 C’est un mouvement qui rassemble et inclut tous les courants politiques et idéologiques du pays,  de surcroit il revendique des demandes légitimement importantes pour tous. Cependant, la présence d’artistes dans les manifestations a particulièrement attiré l’attention. Mon approche centrée sur les artistes lors des manifs ne signifie  en aucun cas qu’ils dirigentle mouvement ou qu’il faille y voir une autre interprétation. J’ai simplement choisi d’observer les artistes dans ces protestations selon une perspective microsociologique, comme une tentative de comprendre leur situation.

N’est-ce pas là une nouvelle forme de démocratie brute, qui s’impose en dehors des institutions ?

Disclaimer : Les avis exprimés dans la rubrique « Tribune » ne représentent pas nécessairement les opinions du média ENASS.ma

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