Ouvrières de Sicomek : « Nous n’abandonnerons jamais »

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À Meknès, les ouvrières de l’ancienne usine Sicomek (ex-Sicom) poursuivent une lutte acharnée depuis plusieurs années. Après la fermeture brutale de leur entreprise en 2017, ces femmes subissent non seulement la privation d’emploi, mais aussi l’abandon total de leurs droits sociaux et humains. Récit de 365 jours en luttes.

Le 18 juillet 2025, un point de presse s’est tenu au siège de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Rabat, marquant un an de sit-in ouvert des ouvrières de Sicomek (ex-Sicom) à Meknès. Maladies graves, accidents, décès, conditions de vie précaires et harcèlement rythment leur quotidien au sein du sit-in permanent de ces femmes devant l’hôtel Rif. 

Récit de sept ans de luttes

À Meknès, les ouvrières de l’ancienne usine Sicomek luttent depuis plusieurs années pour faire valoir leurs droits. Le déclin de l’entreprise a commencé dès 2007 avec la création d’une entreprise temporaire sous le nom “SICOM”, suivie de la mise en chômage technique en 2010. En 2013, le terrain de l’usine est vendu, les équipements et le personnel sont transférés en 2015, puis en 2016, la société est cédée à une entreprise étrangère via un bail de cinq ans, avant une fermeture brutale et définitive en 2017. Depuis, ces femmes sont privées d’emploi, abandonnées sans indemnités ni protection sociale. « Cela fait maintenant un an que nous menons un sit-in permanent devant l’hôtel Rif. Ce dossier traîne depuis bien trop longtemps. Il concerne plus de 500 ouvrières et ouvriers, dont 90 % sont des femmes, brutalement jetées à la rue », déclare Mounia, l’une des ouvrières en lutte. 

Six ouvrières sont décédées de maladies chroniques liées aux conditions de travail, d’autres ont subi des amputations, des pertes de vision ou des paralysies.

Malgré les retenues régulières sur leurs salaires, les ouvrières n’ont jamais perçu leurs droits sociaux (CNSS) ni bénéficié de prestations de santé. Par ailleurs, l’entreprise accumule des dettes auprès d’institutions publiques et privées, sans que la situation soit clarifiée. Les conséquences sont dramatiques : six ouvrières sont déjà décédées de maladies chroniques liées aux conditions de travail, d’autres ont subi des amputations, des pertes de la vue ou des paralysies. Environ la moitié des travailleuses souffrent de maladies graves, dont plusieurs cas de cancer. Leurs familles sont également touchées : des enfants ont quitté l’école et certains souffrent de troubles psychologiques.

Leurs familles sont également touchées : des enfants ont quitté l’école et certains souffrent de troubles psychologiques.

Les ouvrières avaient mené trois années de sit-in et de protestations dans les rues de Meknès, sans qu’aucune solution ne soit apportée. « Face au silence, nous avons décidé d’installer un sit-in ouvert devant cet hôtel, qui appartient au même propriétaire que l’usine. », poursuit Mounia. 

Mounia revient également sur les années de souffrance vécues au sein de l’usine. Certaines ouvrières y ont commencé très jeunes, parfois mineures, dans des conditions de travail précaires, avec de longues journées éprouvantes.

« Il y a des ouvrières qui ont passé leur enfance, leur adolescence et toute leur vie dans cette usine. Nous y avons laissé notre santé, physique et mentale. Aujourd’hui, nous ne réclamons pas l’impossible, seulement nos droits ».

« Il y a des ouvrières qui ont passé leur enfance, leur adolescence et toute leur vie dans cette usine. Nous y avons laissé notre santé, physique et mentale. Aujourd’hui, nous ne réclamons pas l’impossible, seulement nos droits. Ce n’est pas le sort que nous méritons, être abandonnées ainsi, livrées à la rue », conclut-elle.

Depuis juillet 2024, plus de 500 ouvrières tiennent un sit-in permanent devant l’hôtel Rif à Meknès, en parallèle à un autre campement qui dure depuis plus de trois ans devant l’usine. Leur quotidien est marqué par les agressions : jets de pierres, d’eau, destructions de tentes, violences verbales et physiques. Malgré ces attaques et des conditions climatiques extrêmes, elles poursuivent leur mobilisation, organisant des marches et des rassemblements à Meknès.

Malgré des conditions climatiques difficiles, l’absence de ressources et les dommages physiques et psychologiques subis, les ouvrières maintiennent leur sit-in depuis plus d’un an. Pour elles, la bataille dépasse la simple revendication d’emploi : « c’est une lutte pour la dignité, la justice et le respect des droits fondamentaux ».

Elles appellent toutes les institutions et acteurs concernés à les « soutenir jusqu’à ce qu’elles obtiennent réparation et restitution de ce qui leur a été injustement retiré ».

Ramener la lutte vers Rabat 

À cette occasion, un Comité national de soutien a été créé, dans le but d’appuyer les travailleuses et de contribuer à une résolution juste d’un dossier social qui traîne depuis des années, sans traitement juridique ni réponse institutionnelle. 

Le Comité de soutien a été annoncé, dans le but d’appuyer les travailleuses et de contribuer à une résolution juste d’un dossier social qui traîne depuis des années.

Le Comité se compose de représentantes et représentants d’organisations syndicales, d’associations de défense des droits humains, de journalistes et d’acteurs politiques issus de plusieurs régions du Maroc. Une coordinatrice provisoire a été nommée pour préparer une première réunion de ce Comité de soutien qui espère mettre la lumière sur le plus long sit-in ouvrier au Maroc.  

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