Pourquoi je suis contre la normalisation avec Israël

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La Palestine est dans le cœur des Marocains. Et cela, aucune signature, aucun accord, aucune justification géopolitique ne pourra l’effacer. Les raisons de mon refus de la normalisation avec l’entité sioniste. 

Le Maroc a officiellement normalisé ses relations avec Israël en décembre 2020, dans le cadre des Accords d’Abraham, sous le mandat du Parti de la Justice et du Développement (PJD), représentant le courant islamiste « réformateur ». Cette décision, annoncée par l’Etat marocain et signée par le chef du gouvernement de l’époque, Saâdeddine El Othmani, a été vécue comme une trahison par une large partie du peuple marocain. Non seulement parce qu’elle émanait d’un parti censé « défendre la cause palestinienne », mais surtout parce qu’elle allait à l’encontre de ce que ressent profondément la majorité des Marocains. 

Une solidarité populaire et nationale

Le soutien du peuple marocain à la Palestine n’est pas une posture circonstancielle. Il est inscrit dans notre mémoire collective.

Le soutien du peuple marocain à la Palestine n’est pas une posture circonstancielle. Il est inscrit dans notre mémoire collective. Depuis des décennies, nous avons vu des Marocains manifester, collecter des dons, prier pour la liberté d’Al-Qods. Des générations entières ont grandi avec l’image d’une Palestine martyrisée, et avec la certitude que sa cause est aussi la nôtre. 

Le 7 octobre 2023, lorsque les bombardements se sont intensifiés sur Gaza, c’est tout le Maroc qui a réagi. Une vague de solidarité populaire a déferlé dans le pays. À Rabat, à Casablanca, à Marrakech, à Tanger, des milliers de citoyens – islamistes, gauchistes, progressistes, apolitiques – se sont levés comme un seul homme pour dénoncer l’horreur. Cette solidarité ne connaît ni parti, ni idéologie. Elle est nationale, viscérale. 

Mais alors, pourquoi l’État, qui a choisi de normaliser ses relations avec Israël, a-t-il permis ces manifestations ? Comment peut-il tolérer cette voix populaire qui contredit frontalement ses choix diplomatiques ? N’est-ce pas là une forme d’ambiguïté politique assumée, voire une manœuvre pour éviter l’embrasement interne ? 

Sur la Palestine : Les contradictions de l’Etat

Les contradictions de l’État deviennent de plus en plus visibles. Il ne suffit pas de condamner verbalement les massacres pour convaincre.

La vérité, serait que les contradictions de l’État deviendraient de plus en plus visibles. Il ne suffirait pas de condamner verbalement les massacres pour convaincre. Il ne suffit pas non plus  que le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, appelle à un cessez-le-feu le 20 mars 2024. Car dans le même temps, des navires transportant des armes à destination d’Israël, opérés par le géant du transport maritime Maersk, ont été autorisés à transiter par le port de Tanger Med. Cela s’est produit sous les yeux d’un peuple qui manifeste chaque semaine contre la complicité directe ou indirecte avec l’agresseur. 

Ce ne sont pas seulement des faits politiques que nous dénonçons. Ce sont des vies. Ce sont des enfants enterrés sous les décombres, des mères qui hurlent leur douleur, des familles anéanties. À Gaza, le mot “génocide” n’est plus un mot vide de sens, c’est une réalité quotidienne. Et nous, Marocains, ne pouvons pas rester insensibles à cela. Car la justice ne se négocie pas, elle se défend. 

Il est vrai que certaines voix au Maroc disent encore “Taza avant Gaza”, prônant le repli national et la priorité à nos problèmes internes. Mais ces voix sont minoritaires. Le peuple marocain, dans son immense majorité, sait que l’injustice à l’étranger ne rend pas la justice chez nous moins urgente. On peut défendre la Palestine et exiger des droits pour les Marocains simultanément. Un droit n’en exclut pas un autre. 

Moi-même, j’ai payé le prix d’un simple débat en ligne sur cette question. J’ai été bloquée par une ancienne professeure, pour avoir exprimé mon indignation face à ce que vit le peuple palestinien. Comme si la solidarité était devenue un délit. Comme si s’opposer à la normalisation équivalait à trahir son pays. C’est l’inverse : c’est en défendant la justice qu’on honore le Maroc. 

Tant que le sang coule à Gaza, nous continuerons de nous lever. Par solidarité, par justice, par humanité. 

Alors je pose la question : où est donc passé cet État qui a signé les accords de normalisation ? Peut-on encore parler de diplomatie responsable, quand les choix politiques ne reflètent pas la volonté populaire ? Comment peut-on revendiquer une neutralité quand on facilite, même indirectement, le ravitaillement militaire d’un État en guerre contre des civils ? 

La Palestine est dans le cœur des Marocains. Et cela, aucune signature, aucun accord, aucune justification géopolitique ne pourra l’effacer. Le peuple a parlé. Et moi, comme des millions d’autres, je le dis haut et fort : je suis contre la normalisation avec Israël. Ce n’est pas en mon nom qu’elle a été signée. Tant que le sang coule à Gaza, nous continuerons de nous lever. Par solidarité, par justice, par humanité. 

| Par Salma El Harrak

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