Santé, éducation, retraite : Des réformes contestées 

Agadir Santé attac

Elu sur un programme de « construction de l’Etat social », le gouvernement cale sur ces principales réformes : Education, santé et régime de protection sociale. Deux syndicalistes reviennent pour ENASS sur le contexte de cette rentrée sociale difficile pour l’Exécutif.

Ils sont au moins au nombre de trois : la réforme de la retraite, la réforme du secteur de la santé, et l’interminable réforme du secteur de l’éducation.

Une rentrée sociale « apaisée » s’annonçait pour le gouvernement. Son chef faisait un passage télévisé feutré et prudent. Les ministres géraient leurs départements en toute quiétude.  Mais les voilà rattrapés par la dure réalité de ce pays : Un hôpital public qui laisse mourir huit femmes dans des conditions déplorables. À Agadir, le 6 septembre, les citoyens manifestent. Le Gouvernement qui était si confiant, voici qu’il chancelle. Un jeune ministre inexpérimenté se trouve sur la sellette. L’ambiance change. Les dossiers chauds remontent à la surface : Ils sont au moins au nombre de trois : la réforme de la retraite, la réforme du secteur de la santé et l’interminable réforme du secteur de l’éducation.

Les citoyens manifestent. Le Gouvernement qui était si sûr de lui, voici qu’il vacille.

La Santé dans le coma : L’échec d’une nouvelle réforme ?

Entre discours de la réforme, réalités du terrain et la privatisation du secteur avec l’entrée de mastodontes financières, la santé n’est pas sortie de sa léthargie. 

 

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La réforme incessante du secteur de la santé, marquée par un changement complet de la structure organisationnelle du département, et la création d’une nouvelle agence (médicaments, sang, etc.) et le démantèlement du service public central, et sa régionalisation avec les Groupements territoriaux de santé (GTS) se déroule dans un climat de tensions sociales accrues. Malgré ces réformes « stratégiques », le secteur de la santé continue de souffrir de symptômes historiques : manque de ressources humaines et  rareté des moyens dans les zones enclavées. Deux cas récents indiquent l’ampleur de la crise du secteur, en cette période dite de « réformes ». La situation à Agadir et la situation moins médiatisée dans la province de Zagora. Récemment une femme perd la vie à l’hôpital provincial, faute d’une prise en charge sanitaire convenable. Une situation qui attise la colère dans la ville. L’Association marocaine des droits humains (AMDH) dans la ville a tenu un sit-in début septembre pour protester contre la dégradation des services de santé. La deuxième situation  se trouve également dans le sud du Maroc, précisément à Tiznit. Des acteurs sociaux de cette ville du Souss se mobilisent face à la dégradation des services proposés par l’hôpital provincial. C’est dans ce contexte que le personnel de santé monte au créneau, les premiers à se mobiliser pour cette rentrée sociale, sont les étudiants-infirmiers qui réclament des postes financiers supplémentaires dans le public. Entre discours de la réforme, réalités du terrain et la privatisation du secteur avec l’entrée de mastodontes financières, la santé n’est pas sortie de sa léthargie.

L’Education nationale : L’Ecole à deux vitesses, entre l’Excellence et la misère » ?

« La rentrée scolaire actuelle est marquée par la confusion, les difficultés et les retards dans l’accès d’un certain nombre d’élèves aux établissements d’enseignement ». 

 


La rentrée scolaire 2024-2025 a concerné, officiellement 8,11 millions d’élèves à tous les niveaux (préscolaire, primaire, collégial et qualifiant). Abdellah Ghmimet, secrétaire général de la Fédération nationale de l’éducation (FNE) (courant démocratique) fait une lecture sans concession sur la situation du secteur : « La rentrée scolaire actuelle est marquée par la confusion, les difficultés et les retards dans l’accès d’un certain nombre d’élèves aux établissements d’enseignement. L’enseignement public dans notre pays traverse une crise profonde, cela  depuis des décennies, et nous sommes aujourd’hui confrontés à la destruction systématique de l’école publique en raison des choix impopulaires et antidémocratiques de l’État. Malgré les slogans de « réforme », le secteur de l’éducation traverse une période difficile et préoccupante », résume-t-il. 

Une petite phrase de la directrice de l’Académie régionale de l’éducation et de la formation (AREF) de Tanger-Tétouan-AlHoceima, lancée lors d’un débat télévisé résume l’ambition réelle du secteur public. La responsable a dit, toute fière : « Un élève des Ecoles de l’excellence vaut 80 élèves des autres écoles publiques » !  Ce nouveau modèle, mis en place par Benmoussa, veut réformer le secteur à travers la création d’écoles modèles. Le projet est encore à sa phase pilote. Il passe à la vitesse supérieure cette année, de 626 écoles, le ministère fait une extension de ce projet pour concerner 2500 établissements. Le grand risque est d’abandonner le reste des écoles publiques, qui ne seront pas « labelisées » de « L’Excellence ». 

La surcharge des classes est pourtant prégnante : Elle concerne 4% des classes primaires, 20% au collège et 10% au lycée qui dépassent 40 élèves par classe.

« L’une des caractéristiques de la crise de l’éducation, est la persistance de la surpopulation dans les établissements, et l’aggravation des classes communes dans le monde rural », poursuit Ghmimet, SG de la FNE. D’ailleurs, le secteur a connu le recrutement 18 000 enseignants. La surcharge des classes est pourtant prégnante : Elle concerne 4% des classes primaires, 20% au collège et 10% au lycée dépassent 40 élèves par classe.Le syndicaliste dénonce le non-respect des engagements par le gouvernement : « les conditions de travail des enseignants sont difficiles. Il y a peu de stabilité professionnelle. Certains sont obligés de parcourir de longues distances, pour se rendre à leur établissement. La situation est aggravée par le non-respect par le gouvernement d’un grand nombre d’engagements pris entre 2011 et 2024 ».

En ce qui concerne cette rentrée, le ministère de l’Education nationale vise trois objectifs, modestes mais qui en  disent long sur le retard au niveau de l’école public : « L’amélioration des apprentissages fondamentaux à la fin du primaire (lecture, écriture et mathématiques) ; la lutte contre le décrochage ; et le développement de la vie scolaire (sport et culture). 

Une dernière mauvaise nouvelle pour cette rentrée, est le classement du Maroc à l’international qui continue à se déclasser. C’est le cas du Rapport de l’Indice de la Justice Mondiale 2024, publié le 3 septembre par l’Institut des Études Avancées en Sciences Sociales de l’Université Fudan à Shanghai.Le Maroc se classe 110ᵉ mondialement dans le domaine de l’éducation, sur un total de 182 pays évalués. 

Retraite : Réforme ou régression sociale ? 

À un an des élections générales, le gouvernement relance la réforme des régimes de retraite. Dossier épineux et complexe, l’Exécutif s’appuie sur l’accord social d’avril 2023 pour acter « sa réforme ». Le 17 juillet dernier de la Commission nationale chargée du suivi du dossier des retraites, s’est réunie avec la présidence du Chef du gouvernement, les membres concernés de son gouvernement (Finances et Emploi),ainsi que les représentants des centrales syndicales (UMT, CDT et UGTM) et les représentants du patronat (CGEM et COMADAR pour l’Agriculture). Le gouvernement vise à mettre « en place un accord autour des mécanismes de travail et de l’approche qui seront adoptés de manière consensuelle, en vue d’élaborer un cadre adéquat à ce dossier ». Dans ce sens, une nouvelle réunion de la commission était prévue le 18 septembre. Quatre points étaient à l’ordre du jour de cette rencontre. Le premier est la présentation sur la situation des différents régimes de retraite et sur les indicateurs relatifs à la situation démographique et financière. La réforme proposée par le gouvernement se résume en trois mesures. 

La première mesure et sans doute la plus controversée, celle-ci  concerne le relèvement progressif de l’âge légal de départ à la retraite jusqu’à 65 ans, pour les salariés du public comme ceux du privé. Cette option, déjà expérimentée partiellement depuis la réforme de 2016 pour la CMR, soulève de vives critiques syndicales, notamment dans les métiers pénibles ou précaires.

La deuxième mesure vise une augmentation des taux de cotisation, actuellement jugés « insuffisants » pour garantir l’équilibre financier des régimes. Si cette hausse permettait d’accroître les recettes à court terme, elle représenterait une charge supplémentaire pour les employeurs et les salariés, le tout dans un contexte économique tenduTroisième mesure qui serait  au même titre vivement critiquée par le  côté syndical, concernant le gel ou la réduction temporaire des revalorisations annuelles des pensions,  afin de contenir les dépenses. Là encore, les syndicats évoquent « une atteinte au pouvoir d’achat des retraités les plus modestes ». Le dernier communiqué de l’UMT confirme son opposition à ces mesures.  Enfin, le gouvernement propose une évolution vers un modèle bipolaire, regroupant à terme les régimes en deux grands pôles : un pôle public et un pôle privé. Le gouvernement défend sa « réforme » car elle permettrait d’atteindre « l’équilibre financier du régime des pensions civiles, ce qui lui a assuré des ressources financières supplémentaires, permettant ainsi de retarder la date d’épuisement de ses réserves financières de trois années, soit 2031 au lieu de 2028 ». Les négociations, qui ne sont qu’à leurs débuts, devraient permettre de donner plus de visibilité sur le sort de cette réforme.

Le droit du travail : Le gouvernement veut détricoter le Code ? 

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Pour Hamid Majdi, coordination de la Coalition Jonction qui est active dans le domaine de la défense des droits des travailleurs au Maroc d’autres dossiers sont à l’ordre du jour : « En plus du gouvernement qui se prépare à mettre en place un projet appelé « réforme des systèmes de retraite », afin de faire supporter le coût de cette réforme à la classe ouvrière. Ce gouvernement patronal n’évoque pas le pillage dont ont été victimes les caisses de retraite pendant des décennies », accuse-t-il. 

La question est l’entrée en vigueur de la loi sur la grève le 25 septembre prochain, inquiète aussi Jonction et ses membres. « C’est un acte dangereux Nous avons essayé, dans la mesure de nos moyens, de contrer cette attaque. Mais avec l’adoption de cette loi sur la grève qui rend ce droit constitutionnel pratiquement illégal et inapplicable sur le terrain ».

Pour Majdi, « les prochaines étapes consistent à réviser le code du travail, et à l’adapter à ce qu’il prétend être le « marché du travail », mais l’objectif principal est de porter atteinte à la liberté syndicale et à la stabilité de l’emploi », conclue-t-il. 

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