À Ksar El Kébir, le Grand exode 

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Alors que le barrage Oued El Makhazine affiche un taux de remplissage record de 140 %, les autorités ont intensifié l’évacuation des 120 000 habitants de Ksar El Kébir. Entre incertitude et logistique d’urgence, la ville s’apprête à affronter un scénario de crue historique.

« L’évacuation de la ville a débuté jeudi dernier et se poursuit jusqu’à présent à un rythme croissant ». 

« L’évacuation de la ville a débuté jeudi dernier et se poursuit jusqu’à présent à un rythme croissant », explique Younes Haboussi, acteur syndical et associatif local. Selon lui, le déploiement a suivi une logique de dangerosité : « L’opération a d’abord concerné les quartiers bas et menacés, avant de s’étendre aux zones classées à haut risque. »

« L’opération a d’abord concerné les quartiers bas et menacés, avant de s’étendre aux zones classées à haut risque. »


Un exode massif sous haute tension


La situation a franchi un nouveau palier de gravité ce mardi 3 février 2026. Les eaux de l’Oued Loukkos ont atteint des quartiers jusqu’alors considérés comme sûrs, forçant les autorités à évacuer même les centres d’hébergement provisoires. Des bus ont été mobilisés en urgence pour transférer les sinistrés vers la ville de Fnideq.

Le climat sur place est lourd d’inquiétudes. Younes Haboussi souligne ce sentiment d’abandon informationnel : « Un climat d’attente règne actuellement sur la ville. La population se pose de nombreuses questions sur l’éventualité d’une rupture du barrage Oued El Makhazine, sans obtenir de réponses claires. » Il ajoute que l’urgence est telle que même les forces publiques commencent à évacuer, ce qui témoigne de « la dangerosité extrême de la situation ».

Manque de communication et logistique de crise

Malgré l’ampleur du désastre, la coordination semble manquer de transparence. Selon les témoignages recueillis, une fermeture totale de la ville est envisagée, incluant des coupures préventives d’électricité, d’eau et d’internet. 

Plusieurs acteurs de la société civile ont dénoncé l’absence de communication gouvernementale face à cette crise que traverse le Maroc. Les ministres ont en effet évité de rendre des comptes lors de la séance du lundi 2 février à la Chambre des représentants, refusant de commenter une motion d’information urgente présentée par le Groupe du Mouvement populaire (MP). Pendant ce temps, les autorités de la province de Larache se sont contentées de publier une simple “brève” concernant l’évacuation du campement qui avait été établi à Ksar El Kébir. « Pendant l’évacuation, il n’y a pas de plan clair concernant les destinations vers lesquelles la population est transportée », déplore Haboussi. Si les bus et les trains sont réquisitionnés, la solidarité citoyenne prend le relais : « L’évacuation se fait également via les voitures privées de bénévoles. Les habitants sont acheminés vers les villes du nord comme Tanger et Asilah, tandis que certaines familles se dirigent vers Fès et Meknès. »

Une ville fragile face aux éléments

Ksar El Kébir, qui comptait déjà environ 70 % de sa population évacuée lundi soir, s’apprête à devenir une “ville fantôme”. Cette catastrophe naturelle frappe une zone déjà vulnérable sur le plan socio-économique. Comme le rappelle Younes Haboussi : « Je tiens à rappeler que Ksar El Kébir fait partie des villes qui souffrent énormément de la fragilité et de la pauvreté. »

Alors que le niveau des eaux continue de monter, les yeux restent rivés sur le barrage dont le déversement inédit menace de submerger totalement ce carrefour historique du nord du Maroc.

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