GENZ212, Résister ou périr !
Dans la jeune vie du mouvement social marocain, « GENZ212 », la semaine passée a été marqué par des tentatives de manipulation, de détournement de l’attention, de division et une remobilisation sur le terrain. Edito.
Du point de vue de l’Etat et ses supplétifs, l’heure de grâce pour le mouvement est désormais passée. L’Etat veut passer à chose, et vite.
Du point de vue de l’Etat et ses supplétifs, l’heure de grâce pour le mouvement est désormais passée. L’Etat veut passer à autre chose, et vite. Il faut fermer la parenthèse, comme ce fut le cas lors de la première phase du 20 février 2011 (février à avril 2011). « La récréation est terminée », clament certains médias et leurs sous-traitants (influenceurs, pseudo-intellectuels, etc.). A l’unisson, ils disent aux jeunes : « L’heure est au travail ». L’Etat annonce ce qu’il appelle sans le dire « des réponses aux revendications du mouvement » (augmentation du budget de la santé et de l’éducation ; annonce de réhabilitation des CHU, etc.) Le tout dans l’urgence, ce qui confirme les revendications du mouvement.
Un degré de précipitation qui est en soi problématique, car il jette les bases à d’autres possibles malversations en raison du passage en force en matière de marchés publics et en règles de transparence. N’oubliez pas le cas d’école du Programme d’urgence dans l’éducation nationale (2009), qui s’est terminé par un rapport de la Cour des comptes, un procès et des condamnations par la Chambre des crimes financiers à Rabat. Rappelons ici que l’une des revendications majeures du mouvement est la lutte contre la corruption et le népotisme.
Vivement un débat large, animé par des intervenant-e-s de tous les horizons. Les Marocains en demande. Le Maroc en a pleinement besoin.
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La revendication principale du GENZ212 est d’étendre les capacités de débattre publiquement, librement mais longuement dans le détail autour de la gestion de la chose publique. Les rencontres nocturnes en ligne du mouvement servent cet objectif. Vivement un débat large, animé par des intervenant-e-s de tous les horizons. Les Marocains en demande. Le Maroc en a besoin. Enfin, pas tous les Marocains…
En réponse à la volonté de plusieurs forces conservatrices au sein de l’Etat, plusieurs milieux s’agitent pour miner le mouvement et le faire imploser. Ils mobilisent la méthode « 20 février ». C’est-à-dire faire ressortir les divisions idéologiques (islamistes/progressistes), identitaires (amazighité), régionalistes (l’Oriental Vs Le Centre), etc. Bref, ces artisans de la division soufflent sur les braises des malentendus, d’erreurs mineures pour les amplifier. Ils ont les médias et « les influenceurs sponsorisés » pour réaliser quelques stratégies crapuleuses et contraires à l’éthique. D’autres choisissent des attaques frontales, comme au début du mouvement.
Pour l’heure, le mouvement tient. Uni, il a pu resserrer ses rangs lors de sorties publiques le 18 octobre 2025 dans au moins huit villes marocains. La mobilisation a été faible, géographiquement et sur le plan du nombre de manifestants. Mais le mouvement existe bel et bien. Il est craint. Il est scruté par la société marocaine qui attend beaucoup de lui. Dans un temps record, il se doit de réinventer. Une des solutions : Peut-être allier l’agilité du digital avec une présence et des réunions physiques. Mais toutes les pistes doivent être envisagées.
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Saluons ici la réaction limpide et juste de GENZ212 sur le sacre des Lions de l’Atlas U20 lors de la Coupe du Monde FIFA.
Saluons ici la réaction limpide et juste de GENZ212 sur le sacre des Lions de l’Atlas U20 lors de la Coupe du Monde FIFA. Extrait : « Ce qui s’est passé ce matin confirme que lorsque les jeunes Marocains en ont l’occasion, ils font preuve de maturité exemplaire, de créativité par lesquelles ils atteignent les sommets. Ces jeunes ne sont pas un fardeau pour l’État, mais plutôt son énergie qui est gaspillée lorsque leurs ambitions sont contrariées par des restrictions plutôt qu’encouragées, et lorsque leurs rêves sont traités comme des crimes plutôt que comme des projets nationaux ».
Et d’ajouter : « En contrepartie, il y a encore parmi nous des jeunes détenus qui n’avaient pour seule arme que leurs idées et leur voix, des jeunes qui auraient pu être aujourd’hui en première ligne, pour construire, et non derrière les barreaux. Chez GenZ212, nous le disons clairement : ne construisez pas de murs entre la patrie et ses enfants. Libérez les détenus et donnez des chances aux jeunes au lieu de les emprisonner ».
Très juste. Le mouvement GENZ212 n’a d’autres choix que de se réinventer en permanence face à un temps politique accéléré, contre les manipulateurs et les enfumeurs d’ambiance de tous genres et de tous bords (même en leur sein), pour continuer à ouvrir le débat public franc, libre et diversifié. Le prolongement du mouvement est en soit un succès. Résister dans ce climat de tensions est une première victoire du mouvement. Une victoire fragile.