Séisme du Grand Atlas : « Le gouvernement est en train de mentir »
Deux ans après le séisme de 2023, la Coordination des victimes du séisme d’Al Haouz et la coalition civile pour la montagne, ont tenu un point de presse ce 8 septembre. Les deux structures contestent fortement les chiffres avancés par le gouvernement en matière de reconstruction. Les détails.
Le séisme du Grand Atlas continue à faire bouger « les foules médiatiques ». Ils étaient nombreux les médias qui ont fait le déplacement ce matin du 8 septembre à Rabat, pour assister à ce point de presse de la Coalition civile pour la montagne(CCM) et la Coordination des victimes du séisme d’Al Haouz (Coordination). Médias digitaux marocains, correspondants de médias étrangers basés à la capitale et quelques faux « médias » et vrais « indics » étaient sur place pour ce point de presse, devenu un rituel annuel depuis deux ans.
Au siège de la CDT Rabat, difficile de trouver une place assise dans la salle. Le point de presse était d’une organisation improvisée mais au contenu fort intéressant. La parole rare des victimes du séisme du 8 septembre 2023 se fait entendre à nouveau.
Appel pour une commission d’investigation royale
Le diagnostic du CCM comme de la Coordination est sans appel. « Le gouvernement est en train de mentir ».
Le diagnostic du CCM comme de la Coordination est sans appel. « Le gouvernement est en train de mentir », martèle Houcine Ait Ouaziz, membre de la coordination dans la province de Taroudant. « Nous appelons Sa Majesté le Roi Mohammed VI à envoyer une mission d’inspection pour vérifier la réalité des chiffres avancés par le gouvernement et les autorités locales », poursuit-il.
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« Nous aurions tant aimé que deux ans après le séisme de parler d’autres choses que les problématiques de la reconstruction et d’aller vers des enjeux du développement économique ».
Houcine Mashat, membre du secrétariat du CCM, ne cache pas ses regrets face à la situation des victimes et des zones sinistrées : « Nous aurions tant aimé que deux ans après le séisme de parler d’autres choses que les problématiques de la reconstruction et d’aller vers des enjeux du développement économique. Au lieu de parler de la dernière tente, nous sommes toujours en train de revendiquer des indemnisations justes en faveur des victimes », compare-t-il.
« Nous avons recensé trois feux dans des tentes dans ces régions. Le 19 janvier à la Commune d’Asni (1 mort) ; le 31 mars à la Commune d’Asni et le 5 avril 2025 à la Commune d’Amezmiz à Douar Tamzarit ».
Pour ce jeune activiste amazigh et membre du CCMP, l’année 2024 a été marqué par la poursuite du calvaire des victimes vivant sous les tentes. Cette vie sous les tentes a causé trois drames. « Nous avons recensé trois feux dans des tentes dans ces régions. Le 19 janvier à la Commune d’Asni (1 mort) ; le 31 mars à la Commune d’Asni et le 5 avril 2025 à la Commune d’Amezmiz à Douar Tamzarit », énumère cet activiste. Et de conclure : « La situation est loin d’être résolue contrairement au discours officiel rassurant. Pour cela, nous exigeons un discours de franchise et de la vérité. Il faut arrêter de mentir aux Marocains ».
Deux ans, deux bilans
Le bilan officiel annoncé en juillet dernier lors de la récente réunion de de la Commission interministérielle chargée du déploiement du programme de reconstruction et d’aménagement des zones sinistrées par le séisme d’Al Haouz affiche des chiffres « rassurants ».
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Selon le gouvernement, « 46.650 familles ont pu achever les travaux de construction et de réhabilitation de leurs habitations ». Les tentes ont totalement disparu de ces zones. « Le nombre des tentes est passé de 129.000 à 47 actuellement, qui devraient être totalement démantelées au mois de septembre », poursuit la même source. En somme, la reconstruction est « actée ».
« Le gouvernement ne nous dit pas où vivent les 11 000 familles restantes dont les logements n’ont pas été reconstruites ».
Sur le terrain et selon les données collectées par le CCM et la Coordination des victimes, c’est un tout autre son de cloche. « Les chiffres du gouvernement implosent par leurs contradictions. D’un côté, l’Exécutif nous dit que 46 000 familles ont achevé leurs habitations, c’est-à-dire qu’il y a encore 11 000 familles qui ne l’ont pas fait. Si on prend en compte le chiffre avancé par le même gouvernement ciblant 57 000 familles bénéficiaires, le gouvernement ne nous dit pas où vivent les 11 000 familles restantes ? Dans la rue ? il faut qu’on le sache… », s’interroge Montassir Itri, journaliste et activiste membre de la Coordination.
« La politique du gouvernement et surtout des autorités locales consiste en ce moment à détruire les tentes ».
La réponse est dans la politique de « La chasse au plastique bleu », qu’Itri nous résume ainsi : « La politique du gouvernement et surtout des autorités locales consiste en ce moment à détruire les tentes et exiger des locaux de remplacer leurs tentes en plastique par des tentes en osier ou autres matières naturelles qui soient discrètes ou même s’installer dans les maisons tombant en ruine », accuse-t-il.
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Cette technique a permis ainsi à la Préfecture d’Al Haouz d’avancer le 7 septembre dernier « la suppression de l’ensemble des tentes du territoire de la province dans les zones sinistrées ». Le taux de réalisation des habitations reconstruites est de « 91,3%, soit 24 000 habitations ». Selon la même source officielle « seules 3% des familles rencontrent des difficultés mais ils ont fini par démarrer la construction ». Face à ces chiffres, les activistes de cette région montent au créneau : « Les autorités avancent la fin des tentes or c’est faux. Beaucoup de gens vivent des conditions difficiles encore sous les tentes », décrit un des survivants du séisme, présent lors du séisme.
Pour Itri, le gouvernement et les autorités locales font une politique du chiffre : « L’obsession des autorités est de cacher et camoufler le plastique bleu des collines d’Al Haouz, d’Amezmiz et les autres régions sinistrées, qui est synonyme d’échec de la reconstruction. Je précise que c’est une politique imposée de fait, utilisant un discours assez ferme pour intimider les familles qui ne souhaiteraient pas quitter leurs tentes », décrit-il.
Les deux organisations regrettent que leurs appels et courriers adressés aux différentes institutions nationales sont restés sans réponse depuis deux ans. « Seul le Médiateur nous a répondu en nous disant que ce dossier ne relève pas de ses prérogatives. Mais toutes les autres institutions publiques ont botté en touche », précise Itri.
Face à ces constats de « l’impasse » du programme de la reconstruction des zones sinistrées par le séisme du Grand Atlas, le CCM vient d’adresser un nouveau mémorandum au Chef du gouvernement. Ces militants appellent à « rendre justice aux zones montagneuses comme un choix stratégique afin de garantir un développement équilibré entre les régions. Un développement qui exigerait une volonté gouvernementale forte, avec un cadre juridique clair et une politique publique adaptée et plan d’exécution avec des effets à courts et moyens termes ». En attendant une réponse ou pas du Chef du gouvernement, les sinistrés du séisme du Grand Atlas continueront la reconstruction au pas de charge, sous la pression des autorités pour terminer rapidement leurs habitations. A la pression du Makhzen s’ajoute celle de la météo, avec le risque de passer un troisième hiver sous les tentes.