Dessalement d’eau de mer au Maroc : Quel coût écologique ?
Au-delà des coûts économiques, le silence sur les conséquences environnementales du dessalement inquiète les experts. Le point sur ce volet majeur mais oublié.
Le dessalement de l’eau de mer permet de produire de l’eau potable, mais il présente un coût écologique important. D’abord, il consomme beaucoup d’énergie, principalement pour faire fonctionner les systèmes d’osmose inverse ou de distillation, ce qui entraîne des émissions de gaz à effet de serre si l’énergie provient de sources fossiles.
Le dessalement génère des rejets de saumure très concentrée en sel et en produits chimiques, qui sont rejetés en mer et peuvent perturber les écosystèmes marins.
Ensuite, il génère des rejets de saumure très concentrée en sel et en produits chimiques qui, rejetés en mer, peuvent perturber les écosystèmes marins. Le prélèvement d’eau de mer peut aussi aspirer et tuer de petits organismes marins. La construction et l’entretien des usines nécessitent également des matériaux et des ressources supplémentaires.
Hausse de la salinité près d’Agadir
De plus, ces installations peuvent modifier localement la température et la salinité de l’eau. Toutefois, le dessalement peut sécuriser l’approvisionnement en eau dans les régions arides. Son impact écologique dépend fortement de la source d’énergie utilisée ; l’utilisation d’énergies renouvelables peut réduire son empreinte carbone. Enfin, l’amélioration des technologies vise à limiter ces effets environnementaux.
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Le rejet de saumure, cette eau hyper-salée issue du processus, constitue un défi majeur pour les écosystèmes marins. À Safi, où la pêche locale est déjà fragilisée par la pollution industrielle historique, la question de l’impact à long terme sur la biodiversité marine se pose avec acuité. Selon des études nationales réalisées pour la station de Chtouka Aït Baha, « des impacts mesurés (légère augmentation de salinité/température et effets écotoxiques) » ont été observés. Mais « ils restent localisés près des points de rejets et diminuent rapidement à mesure qu’on s’éloigne en mer, grâce à la capacité de dilution de l’océan Atlantique », précisent ces études. Les experts restent pourtant prudents.
Des études, mais une précaution nécessaire
« Les porteurs de ces projets assurent avoir réalisé des études préalables, mais je reste fidèle au principe de précaution ».
Mohamed Taher Sraïri souligne que chaque station de dessalement déverse dans la mer des volumes importants de saumure et d’autres résidus. « Les porteurs de ces projets assurent avoir réalisé des études préalables, mais je reste fidèle au principe de précaution. Ces études sont utiles, mais elles ne remplacent pas une surveillance en continue ni des politiques cohérentes. L’exemple du Plan Maroc Vert le montre : de nombreuses nappes phréatiques ont été épuisées faute de planification adéquate. Des agriculteurs qui avaient investi des sommes considérables dans leurs projets se retrouvent aujourd’hui déçus, incapables d’en tirer profit. »
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Mehdi Lahlou nuance cette crainte en observant les effets réels du dessalement sur le terrain : « Personnellement, et pour l’instant, l’effet local du dessalement n’est pas très évident ni significatif. J’ai visité quelques petites centrales, et tout le sel rejeté est retourné à la mer. Le processus reste limité, à moins que des produits chimiques soient utilisés pour rendre l’eau potable. Pour de grosses centrales, comme celle de Casablanca prévue pour produire 600 millions de m³, des effets plus visibles pourraient apparaître. Mais mathématiquement, le sel rejeté provient de la mer, donc l’impact reste relatif. »
Il précise que dans des villes comme Casablanca, Rabat ou Agadir, où la pêche côtière est peu développée, l’effet sur les captures sera probablement faible. Les problèmes de baignade et de pollution côtière sont, selon lui, davantage liés aux rejets industriels et urbains non contrôlés. À Safi, toutefois, la situation est différente : la pollution historique a déjà réduit les captures de sardines, affectant la conserverie locale. Lahlou insiste sur« la nécessité d’études à grande échelle pour comprendre l’impact réel sur le milieu marin, rappelant que l’expérience des pays du Golfe montre que les pêcheries peuvent rester abondantes malgré un dessalement intensif, mais que seule une analyse à moyen et long terme permettrait de confirmer cette hypothèse ».